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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2107084

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2107084

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2107084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Delattre, demande :

1°) la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les dépens, la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a commis une erreur dans la détermination du quotient familial en ne prenant pas en compte ses trois enfants ;

- l'administration n'est pas fondée à remettre en cause le caractère déductible des pensions alimentaires versées à sa fille et à ses parents ;

- ayant remboursé une partie du solde débiteur de son compte courant d'associé, il a droit à une réduction des impositions assises sur ces avances ;

- les pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas justifiées, l'existence d'un compte courant d'associé débiteur dans une société civile n'étant pas de nature à démontrer une intention d'éluder l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaur, première conseillère,

- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La MC Services, dont M. A est président et associé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à la suite de laquelle le service a rectifié les revenus déclarés par M. A et l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge partielle de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".

3. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé le 27 mars 2018 à M. A une proposition de rectification, qu'il a réceptionnée le 9 avril 2018 concernant l'impôt sur les revenus au titre de l'année 2015. D'autre part, les rehaussements en cause ont été notifiés à l'intéressé selon la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par suite, en l'absence de réponse du contribuable dans les trente jours suivant la réception de cette proposition, il appartient à M. A d'établir le caractère exagéré des impositions en cause.

En ce qui concerne le quotient familial :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article 193 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 196 B, le revenu imposable est pour le calcul de l'impôt sur le revenu, divisé en un certain nombre de parts, fixé conformément à l'article 194, d'après la situation et les charges de famille du contribuable ". Aux termes du I de l'article 194 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. Le nombre de parts à prendre en considération pour la division du revenu imposable prévue à l'article 193 est déterminé conformément aux dispositions suivantes : Célibataire, divorcé ou veuf sans enfant à charge = 1. () / Lorsque les époux font l'objet d'une imposition séparée en application du 4 de l'article 6, chacun d'eux est considéré comme un célibataire ayant à sa charge les enfants dont il assume à titre principal l'entretien. Dans cette situation, ainsi qu'en cas de divorce, de rupture du pacte civil de solidarité ou de toute séparation de fait de parents non mariés, l'enfant est considéré, jusqu'à preuve du contraire, comme étant à la charge du parent chez lequel il réside à titre principal. () ".

5. M. A demande une majoration de son quotient familial en se prévalant de ses trois enfants mais en se bornant à produire concernant l'aîné, un jugement du 14 mai 2013 établissant la résidence de l'enfant au domicile de sa mère et fixant à la somme de 300 euros par mois le montant de la pension alimentaire qu'il doit verser à la mère ; concernant le cadet, un acte de reconnaissance établi le 31 décembre 2011 à la mairie de Lille de l'enfant à naître d'une femme domiciliée au Congo et un acte de naissance de cet enfant, né le 31 décembre 2011 établi au Congo et concernant le benjamin, né postérieurement au fait générateur de l'imposition en litige, un acte de naissance. S'agissant de ce dernier, le requérant ne peut nullement s'en prévaloir, l'enfant à naître ne faisant pas partie du foyer fiscal. En outre, alors que la charge de la preuve lui incombe, en vertu de dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures précités ainsi qu'il a été dit au point 3, les pièces produites ne suffisent pas, à elles-seules, à démontrer qu'il assumerait à titre principal, l'entretien de l'un quelconque de ses enfants. Par suite, à supposer même qu'un quotient de 1,25 aurait été admis l'année suivante, l'administration a fait une exacte application des dispositions de l'article 194 du code général des impôts en ne prenant pas en considération les trois enfants de M. A pour déterminer le nombre de parts applicables à la situation de celui-ci.

En ce qui concerne les pensions alimentaires :

6. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé () sous déduction : / () / II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : / () / 2° () ; pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil à l'exception de celles versées aux ascendants quand il est fait application des dispositions prévues aux 1 et 2 de l'article 199 sexdecies () ".

7. En premier lieu, il n'est pas contesté, ainsi que le soutient l'administration fiscale dans son mémoire en défense, que la pension alimentaire versée à la mère de sa fille aînée a été déduite des revenus de M. A au titre de l'année 2015.

8. En second lieu, en vertu des dispositions du 2° du II de l'article 156 du code général des impôts, peuvent, notamment, être déduites du revenu net annuel, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu, les " pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211 () du code civil ". Aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent les aliments à leur père et mère et autres ascendants qui sont dans le besoin ". Enfin, l'article 208 du même code dispose que " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame et de la fortune de celui qui les doit ".

9. Il résulte de ces dispositions que, si les contribuables sont autorisés à déduire du montant total de leurs revenus, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu, les versements qu'ils font à leurs parents privés de ressources, il incombe à ceux qui ont pratiqué ou demandé à pratiquer une telle déduction de justifier, devant le juge de l'impôt, de l'importance des aliments dont le paiement a été rendu nécessaire par le défaut de ressources suffisantes de leurs ascendants. Ces conditions doivent être remplies alors même que cette pension est versée à l'étranger.

10. M. A demande la déduction des pensions alimentaires versées à ses parents résidant au Congo sans apporter aucun justificatif sur le défaut de ressources suffisantes de ses ascendants au cours de l'année en litige. C'est dès lors à bon droit que l'administration, en l'absence d'éléments permettant d'établir la nature de pension alimentaire de ces versements au sens des dispositions citées précédemment du 2° du II de l'article 156 du code général des impôts, a remis en cause la déduction, des revenus imposables de M. A, des sommes versées à ses parents.

En ce qui concerne les revenus distribués :

11. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". D'autre part, aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées (), à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret ; / () ".

12. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 27 mars 2018, que le service, lors des opérations de vérification de comptabilité de la société MC Services, a constaté que le compte courant d'associé ouvert dans les écritures de cette société au nom de M. A, présentait un solde débiteur de 98 624, 96 euros au 31 décembre 2015, de 59 244 euros au 31 décembre 2016 et 66 976,70 euros au 31 mai 2017. Le service a accepté cependant de considérer qu'à hauteur de la variation de ce solde entre le 31 décembre 2015 et le 31 mai 2017, M. A a procédé au remboursement partiel des sommes appréhendées et a limité, sans demande en ce sens de M. A, les sommes considérées comme effectivement mises à sa disposition au sens des dispositions précitées du a de l'article 111 du code général des impôts. Par suite, alors que les dispositions précitées du second paragraphe du a. de cet article 111, ainsi que celles des articles 49 bis et suivants de l'annexe III à ce code, prises pour leur application, n'ouvrent pas au contribuable la possibilité de demander la décharge ou la réduction des impositions assises sur les avances, prêts ou acomptes que lui a consentis une société, mais un droit à restitution de ces impositions en principal à proportion des remboursements de ces sommes à la société, à la condition que le contribuable ait procédé au préalable au paiement effectif des impositions procédant de la taxation de ces sommes, le moyen soutenu dans le paragraphe " Sur l'application de l'article 111 a du CGI ", qui n'est, en tout état de cause, pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

Sur les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

14. L'administration fiscale qui se prévaut du mandat de président de la société créancière des avances figurant sur le compte courant d'associé, de la nature, de l'importance relative des sommes en cause et de la continuité du manquement sur trois exercices, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de M. A de se soustraire à l'impôt, à supposer qu'il ait procédé au remboursement partiel des sommes appréhendées, et par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré de 40 % qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des dépens, nul dépens ni droits de plaidoirie n'ayant été engagé dans cette instance fiscale, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Célino, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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