mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107574 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DE METZ-PAZZIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2021, le 14 avril 2023 et le 7 juin 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Opelys, représentée par Me de Metz-Pazzis, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 68 du 26 juillet 2021 par lequel le Syndicat Mixte d'Adduction des Eaux de la Lys (SMAEL) a mis à sa charge la somme de 1 373 800 euros au titre de la récupération des sommes perçues en vue de l'enfouissement de cinq passages de canalisations en encorbellement ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer résultant dudit titre ;
3°) de mettre à la charge du SMAEL la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ce titre exécutoire est irrégulier dès lors qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- il est irrégulier dès lors qu'il a été signé par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;
- il est irrégulier dès lors que les bases de liquidation qui y figurent sont imprécises ;
- il est entaché d'incompétence négative, le président du SMAEL s'étant borné à lui notifier la décision prise par le comité syndical dans sa délibération du 10 décembre 2020 ;
- elle excipe, à l'encontre de ce titre de recettes, de l'illégalité de la délibération du 10 décembre 2020 du comité syndical ;
- le SMAEL n'est pas fondé à se prévaloir d'une créance à son encontre dès lors qu'aucun manquement contractuel ne peut lui être reproché ;
- les dispositions des articles L. 2224-11-3 et L. 2224-11-4 du code général des collectivités territoriales invoquées par le SMAEL pour fonder le titre exécutoire sont inopérantes en l'espèce ;
- les travaux d'enfouissement des cinq canalisations en encorbellement étant des travaux neufs et non des travaux de renouvellement aux termes du contrat de délégation de service public conclu le 26 mars 2015, les sommes litigieuses n'ont pas fait l'objet d'un provisionnement et le SMAEL n'est pas fondé à en demander le remboursement ;
- le SMAEL n'a subi aucun préjudice matériel ou immatériel pouvant justifier l'émission du titre de recettes litigieux ;
- en tout état de cause, le SMAEL applique de façon erronée les stipulations du contrat de délégation de service public conclu le 26 mars 2015 pour le calcul du montant réclamé ; le remboursement total réclamé par le titre exécutoire litigieux est disproportionné.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2021, le 10 mai 2023 et le 15 juin 2023, le SMAEL, représenté par Me Neveu, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Opelys de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la Direction régionale des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 juin 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 7 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- les observations de Me de Metz-Pazzis, représentant la société Opelys,
- et les observations de Me Meresse représentant le SMAEL.
Une note en délibéré, présentée par la société Opelys, a été enregistrée le 24 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par contrat du 26 mars 2015, le Syndicat Mixte d'Adduction des Eaux de la Lys (SMAEL) a délégué le service public de production d'eau potable dont il a la charge au groupement momentané d'entreprises composé des sociétés Eaux du Nord et Lyonnaise des Eaux France, pour une durée de cinq années à compter du 1er janvier 2016, soit jusqu'au 31 décembre 2020. Conformément aux clauses du contrat et pour son exécution, les sociétés Eaux du Nord et Lyonnaise des Eaux France ont créé une société par actions simplifiée dédiée nommée Opelys. Aux termes de l'exécution du contrat, le SMAEL a constaté que la société Opelys n'avait pas réalisé l'enfouissement de cinq passages en encorbellement de la canalisation reliant l'usine d'Aire-sur-la-Lys à la station de relèvement de Prémesques alors qu'il s'agissait de travaux prévus au contrat et a émis un titre de recettes n° 68 le 26 juillet 2021 afin d'obtenir le reversement des sommes perçues par la société Opelys pour la réalisation des travaux pour un montant total de 1 373 800 euros. Par la présente requête, la société Opelys demande l'annulation du titre exécutoire précité ainsi que la décharge de l'obligation de payer résultant dudit titre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
3. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
4. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
5. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, applicable au litige : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours./ Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () "
6. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
7. Il résulte des dispositions citées au point 5, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 6, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
8. Il est constant que le titre exécutoire du bordereau n° 68 du 26 juillet 2021 qui mentionne le nom, le prénom et la qualité de l'ordonnateur, M. Jean-Claude Disseaux, président du SMAEL, ne comporte pas sa signature. Le SMAEL produit un journal des titres faisant état de ce que le bordereau n° 68 a été signé de manière électronique. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de cette attestation produite en défense, que le bordereau n° 68 a été signé électroniquement par M. A B, directeur du SMAEL et que les nom, prénom et qualité de cette personne ne figurent pas sur le titre de recettes litigieux adressé à la société Opelys. Dans ces conditions, l'état récapitulatif de ce titre, produit devant le tribunal administratif, ne comporte pas les mentions requises par les dispositions précitées et la signature de l'ordonnateur. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales doit être accueilli.
9. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.
10. En l'espèce, si le titre de recettes n° 68 du 26 juillet 2021 ne comporte pas les bases de liquidation et ne renvoie à aucun document, le courrier d'accompagnement dudit titre fait référence à un courrier précédemment reçu du 26 février 2021 et il est suffisamment établi que ce courrier était joint à ces documents alors envoyés. Pour autant, le courrier du 26 février 2021 fait état d'une majoration de prix de 0, 012 euros par mètre cube destinée à financer les travaux d'enfouissement des canalisations, des volumes d'eau consommés par année, et en déduit des totaux sans pour autant que ces totaux correspondent aux sommes réclamées et sans que ce courrier n'explique les modalités de calcul réellement mises en œuvre. Par suite, le moyen tiré du manque de précision des bases de la liquidation doit également être accueilli.
11. Il résulte de ce qui précède que le titre de recettes n°68 émis le 26 juillet 2021 par le SMAEL doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, être annulé.
Sur les conclusions à fin de décharge :
12. Le présent jugement, qui prononce l'annulation du titre exécutoire pour des motifs de régularité en la forme, n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une éventuelle régularisation par l'administration, de prononcer la décharge des sommes demandées.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Opelys, qui n'est pas partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance.
14. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge du SMAEL une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Opelys et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre exécutoire n° 68 du 26 juillet 2021 par lequel le SMAEL a mis à la charge de la société Opelys la somme de 1 373 800 euros au titre de la récupération des sommes perçues en vue de l'enfouissement de cinq passages de canalisations en encorbellement est annulé.
Article 2 : Le SMAEL versera à la société Opelys une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Opelys et au Syndicat Mixte d'Adduction des Eaux de la Lys (SMAEL).
Copie en sera transmise pour information au directeur des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRELe greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026