mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2107575 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DE METZ-PAZZIS |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2021, le 14 avril 2023 et le 7 juin 2023 sous le numéro 2107575, la société par actions simplifiée (SAS) Opelys, représentée par Me de Metz-Pazzis, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 69 du 26 juillet 2021 par lequel le Syndicat Mixte d'Adduction des Eaux de la Lys (SMAEL) a mis à sa charge la somme de 1 439 014, 51 euros au titre de la récupération du solde du fonds de renouvellement constitué pour l'exécution du contrat de délégation du service public de production et d'amenée d'eau du 26 mars 2015 dont elle était titulaire ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 337 524, 51 euros ;
3°) de mettre à la charge du SMAEL la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ce titre exécutoire est irrégulier dès lors qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- il est irrégulier dès lors qu'il a été signé par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;
- il est irrégulier dès lors que les bases de liquidation qui y figurent sont imprécises ;
- il est entaché d'incompétence négative, le président du SMAEL s'étant borné à lui notifier la décision prise par le comité syndical dans sa délibération du 10 décembre 2020, sans que ce dernier ait eu la compétence de prendre ladite décision ;
- elle excipe, à l'encontre de ce titre de recettes, de l'illégalité de la délibération du 10 décembre 2020 du comité syndical ;
- elle doit être déchargée de l'obligation de payer 51 852 euros au titre des opérations de pose de la fibre optique dans l'usine et les bureaux du SMAEL et des travaux supplémentaires relatifs au transformateur des poteaux des forages dès lors que ces opérations avaient été expressément validées par le SMAEL entre 2016 et 2019 ;
- elle doit être déchargée de l'obligation de payer 62 317, 88 euros au titre des dépenses de main d'œuvre et de coûts indirects dès lors que le refus de prendre en compte ces coûts dans les dépenses imputées sur le compte de renouvellement est contraire aux dispositions du contrat de délégation et qu'elle est en mesure de justifier ces dépenses ;
- elle doit être déchargée de l'obligation de payer 7 097,39 euros au titre d'une opération de renouvellement non programmée concernant le brûleur de la chaudière n°2 dès lors que l'absence d'envoi des factures correspondantes ne procède que d'un oubli de sa part ;
- elle doit être déchargée de l'obligation de payer les dépenses de renouvellement des blocs lamellaires Actidyn et Actiflo 1 et 2 ainsi que du corps de pompe n° 6 de la station d'exhaure dès lors que le SMAEL n'apporte pas la démonstration que ces travaux auraient été rendus nécessaires par un défaut d'entretien de ces installations ;
- elle doit être déchargée de l'obligation de payer 19 858 euros au titre de l'opération de réparation de la fuite sur la canalisation DN500 à Beuvry dès lors que le coût de l'équipement en cause était supérieur à 5 000 euros hors taxes et ne pouvait, au sens du contrat de délégation, pas être classée en dépense d'entretien.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2021, le 10 mai 2023 et le 15 juin 2023, le SMAEL, représenté par Me Neveu, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Opelys de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la Direction régionale des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 juin 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 7 juin 2023.
II- Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2021, le 14 avril 2023 et le 7 juin 2023 sous le numéro 2107576, la SAS Opelys, représentée par Me de Metz-Pazzis, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 70 du 26 juillet 2021 par lequel le SMAEL a mis à sa charge la somme de 16 885, 30 euros à titre de pénalités ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 16 885, 30 euros ;
3°) de mettre à la charge du SMAEL la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ce titre exécutoire est irrégulier dès lors qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- il est irrégulier dès lors qu'il a été signé par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;
- il est irrégulier dès lors que les bases de liquidation qui y figurent sont imprécises ;
- il est entaché d'incompétence négative, le président du SMAEL s'étant borné à lui notifier la décision prise par le comité syndical dans sa délibération du 10 décembre 2020 ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, alors qu'elle n'a pas été mise en mesure de produire des observations, en méconnaissance des dispositions de l'article 80.2 de la convention ;
- elle excipe, à l'encontre de ce titre de recettes, de l'illégalité de la délibération du 10 décembre 2020 du comité syndical ;
- ce titre de recettes est caduc, le SMAEL n'étant, aux termes de l'article 80.3 du contrat de délégation, plus fondé à réclamer le paiement de pénalités cinq mois après lui avoir notifié sa décision ;
- dès lors qu'elle ne peut pas être tenue responsable d'un quelconque défaut d'entretien des blocs lamellaires Actidyn et Actiflo 1 et 2 ainsi que du corps de pompe n° 6 de la station d'exhaure, le SMAEL n'est pas fondé à appliquer la procédure de pénalité prévue à l'article 28.4 du contrat de délégation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 décembre 2021, le 10 mai 2023 et le 15 juin 2023, le SMAEL, représenté par Me Neveu, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Opelys de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la Direction régionale des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 29 juin 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 7 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- les observations de Me de Metz-Pazzis, représentant la SAS Opelys,
- et les observations de Me Meresse, représentant le SMAEL.
Considérant ce qui suit :
1. Par contrat du 26 mars 2015, le Syndicat Mixte d'Adduction des Eaux de la Lys (SMAEL) a délégué le service public de production d'eau potable dont il a la charge au groupement momentané d'entreprises composé des sociétés Eaux du Nord et Lyonnaise des Eaux France, pour une durée de cinq années à compter du 1er janvier 2016, soit jusqu'au 31 décembre 2020. Conformément aux clauses du contrat et pour son exécution, les sociétés Eaux du Nord et Lyonnaise des Eaux France ont créé une société par actions simplifiée dédiée nommée Opelys. En application de l'article 65.1 du contrat de délégation, la société Opelys a ouvert et tenu dans sa comptabilité un compte de réalisation des travaux de renouvellement durant l'exécution du contrat, dont le solde, s'il devait être créditeur, avait vocation aux termes de ce même article à être restitué au SMAEL. A la fin de l'exécution du contrat, la société Opelys a transmis au SMAEL un solde du compte de renouvellement créditeur de 1 101 490 euros. Toutefois le SMAEL, constatant un écart de 337 524, 51 euros entre le solde du compte de renouvellement devant lui être reversé tel que calculé par la société Opelys et celui qui ressortait de ses propres calculs, a émis un titre de recettes n°69 le 26 juillet 2021 d'un montant total de 1 439 014,51 euros. Par la requête n° 2107575, la société Opelys demande l'annulation du titre exécutoire précité ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme de 337 524,51 euros.
2. Par ailleurs, le SMAEL, estimant que l'origine de trois des opérations financées par le fond de renouvellement résidait dans un défaut d'entretien des ouvrages par le délégataire, a décidé, outre le fait d'en laisser la charge à la société Opelys, de pénalités correspondant à 10% du montant des travaux de renouvellement en cause. Ces pénalités ont fait l'objet d'un titre de recettes n°70 le 26 juillet 2021, dont la requérante demande l'annulation par la requête n°2107576 ainsi que la décharge de l'obligation de payer.
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 2107575 et n° 2107576 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
4. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
5. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
6. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
En ce qui concerne le bien-fondé du titre de recettes n° 69 du 26 juillet 2021 :
7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2342-4 du code général des collectivités territoriales : " Les produits des communes, des établissements publics communaux et intercommunaux et de tout organisme public résultant d'une entente entre communes ou entre communes et toute autre collectivité publique ou établissement public, qui ne sont pas assis et liquidés par les services fiscaux de l'Etat en exécution des lois et règlements en vigueur, sont recouvrés : / () soit en vertu de titres de recettes ou de rôles émis et rendus exécutoires () par l'ordonnateur en ce qui concerne les établissements publics. "
8. Il ressort des termes de la délibération du 10 décembre 2020 que le comité syndical du SMAEL a seulement autorisé par cette délibération le président du syndicat, sans plus de précisions, à déterminer les obligations contractuelles que la SAS Opelys n'a pas remplies ou insuffisamment remplies au terme du contrat de délégation dont elle était titulaire, à en chiffrer le préjudice, à établir l'état des dettes et des créances contractuelles et à procéder le cas échéant à l'émission de titres de recettes. Ce faisant, le comité syndical n'a constaté par lui-même aucune créance et n'a pas excédé sa compétence. Par suite, et alors que seul le président du SMAEL a déterminé la nature et le montant de la créance litigieuse et que le titre de recettes correspondant n'est pas fondé sur la délibération du 10 décembre 2020, la société Opelys ne peut exciper de l'illégalité de cette délibération à l'encontre du titre de recettes n° 69 du 26 juillet 2021 et le moyen doit être écarté.
9. En deuxième lieu, la société Opelys soutient que le SMAEL a implicitement validé l'ensemble des opérations de renouvellement en examinant annuellement le solde du compte de renouvellement figurant dans les rapports annuels d'exploitation. Il soutient ainsi que le coût des travaux supplémentaires réalisés en 2017 relatifs, d'une part, à la pose de la fibre optique dans l'usine et les bureaux du SMAEL pour un montant de 36 571 euros et, d'autre part, au transformateur des poteaux des forages pour un montant de 15 281 euros a été implicitement validé et ne peut pas être exclu du décompte des dépenses devant être couvertes par le compte de réalisation des travaux de renouvellement. Toutefois, la production de ce rapport étant une prérogative de l'exploitant, le SMAEL, si tant est qu'il ait eu les éléments nécessaires pour identifier la programmation de ces deux opérations, n'avait pas la possibilité de le faire évoluer, malgré les nombreuses interrogations que l'examen du rapport annuel d'exploitation pouvait soulever, particulièrement sur l'exercice 2017, et auxquelles il n'est pas rapporté la preuve que la société Opelys aurait apporté des éléments de réponse. Par suite, et alors qu'Opelys ne produit pas dans le cadre de la présente instance les éléments démontrant que le SMAEL aurait, comme le prévoit l'article 29 du contrat de délégation, expressément validé ces travaux, la requérante ne peut se prévaloir du seul examen annuel des rapports d'exploitation comme moyen de validation rétroactive de ces deux opérations. Par suite, il n'est pas fondé à être déchargé du paiement de la somme de 51 852 euros correspondant à ces travaux de renouvellement.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 28.3 du contrat de délégation : " Le renouvellement d'un équipement comprend, aux frais entiers du Délégataire, tous les frais afférents à l'opération () / Ce montant est calculé en respectant la proportion maximum de charges semi directes et indirectes imputées à chaque opération () ". Aux termes du paragraphe 1.2 de l'annexe F5 du contrat de délégation : " " pour les projets d'investissement et de renouvellement des coûts de conduite d'opération sont intégrés. Cela comprend : / des dépenses de maîtrise d'œuvre, / la conduite des opérations, / la gestion patrimoniale des ouvrages. / Ces dépenses sont constituées de main d'œuvre ou de sous-traitance ainsi que des frais de véhicules, d'informatique, de magasin et de fournitures diverses. "
11. Il ressort des stipulations précitées que le SMAEL ne pouvait, comme il l'a fait, exclure les dépenses intégrées de main d'œuvre et les coûts indirects engagés par Opelys dans le cadre des travaux de renouvellement au motif qu'aucune facture ne lui avait été transmise. La société Opelys ayant transmis, dans le cadre de la présente instance, les éléments de comptabilité analytique permettant d'identifier ces coûts et devant être considérée comme justifiant suffisamment de ces sommes, il convient de la décharger du paiement de 62 317, 88 euros à ce titre.
12. En quatrième lieu, la production des éléments justificatifs relatifs à l'opération de renouvellement non programmée du brûleur de la chaudière n°2, qui n'avaient pas été transmis préalablement par la société Opelys, n'appelant aucune observation du SMAEL, il convient de décharger la société requérante du paiement de la somme de 7 097, 39 euros, correspondant au coût de cette opération.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 28.4 du contrat de délégation : " Dans le cas où le SMAEL démontre que des travaux de renouvellement ont été rendus nécessaires ou aggravés, en raison d'une dégradation constatée par rapport à l'état des installations en début de contrat, soit par une insuffisance de l'entretien et des réparations à la charge du délégataire, soit par un défaut de surveillance exercée sur les installations, le délégataire réalisera à ses frais ces travaux sans les imputer aux comptes de renouvellement définis à l'article 65.1. Ces travaux ne pourront pas faire partie de la programmation des travaux au sens de l'article 29.1. "
14. D'une part, les blocs lamellaires Actydin et Actiflo 1 et 2 de l'usine d'Aire-sur-la-Lys, servant à désembourber les eaux de la Lys, ont dû être remplacés en 2020 de manière anticipée, du fait d'un affaissement d'une partie des lamelles sous l'effet du poids des boues qui s'y étaient accumulées ainsi que de la déformation de certaines lamelles par le nettoyage au jet d'eau pressurisé. Si le SMAEL fait valoir que ce remplacement est dû à un défaut d'entretien du délégataire, il ressort des pièces du dossier que les zones situées au sommet de l'ouvrage, sous les goulottes de circulation, au bord des bassins et le long des murs, étaient difficilement accessibles ce qui rendait leur nettoyage particulièrement complexe. La conception même de l'ouvrage dans ces trois zones a eu pour conséquence l'accumulation des boues sans que le délégataire puisse procéder au contrôle visuel de l'état de ces blocs, partiellement ou complètement masqués. Par ailleurs, si le SMAEL fait valoir que le calendrier de nettoyage des blocs lamellaires était inadapté, il ressort des éléments transmis par la société Opelys que le délégataire a, à l'exception des mois de septembre et octobre 2018, procédé au nettoyage des lamelles une fois par mois, comme préconisé par le constructeur de l'ouvrage, ou plusieurs fois dans le mois en cas de crue. Plus particulièrement la société Opelys a procédé à sept nettoyages des blocs en quatre mois entre novembre 2019 et février 2020, période de crue et de forte turbidité, sans que le SMAEL, averti du planning de nettoyage, n'ait préconisé des nettoyages plus fréquents qui auraient nécessité à chaque fois un arrêt de l'installation. Enfin si les études AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance de leurs Effets et de leur Criticité) et ACA (évaluation de l'état des actifs) réalisées par la société Opelys en 2019 constatent que le nettoyage de ces zones avec un jet d'eau pressurisé peut générer des déformations, elles n'interdisent cependant pas ce mode de nettoyage, et ne préconisent qu'une sensibilisation des équipes pour accroître leur vigilance dans le traitement de ces équipements particulièrement fragiles. Par conséquent, au vu des caractéristiques de l'ouvrage en cause et des éléments fournis par la société Opelys pour justifier de l'entretien des installations, il ne ressort pas des pièces du dossier que la dégradation rapide des blocs lamellaires litigieux serait due à une insuffisance d'entretien par le délégataire. Par suite, la société Opelys doit être déchargée de payer la somme de 153 417, 96 euros correspondant au renouvellement des blocs lamellaires Actydin et Actiflo 1 et 2.
15. D'autre part, la société Opelys a indiqué au SMAEL, le 16 décembre 2019, que le corps de la pompe n°6 de la station d'exhaure devait être remplacé en raison d'une dégradation de l'état du corps de pompe liée à la modification du point d'injection de chlorure ferrique. Le SMAEL a demandé à la société Opelys, par des courriers en date du 31 décembre 2019, du 14 janvier 2020 et du 6 mars 2020, de justifier des causes du remplacement, sans qu'une réponse précise ne soit apportée à ces interrogations. Si la société Opelys fournit, à titre de justification, dans le cadre de la présente instance, une expertise de la pompe en date du 29 novembre 2019, cette dernière apparaît contradictoire avec les éléments communiqués le 16 décembre 2019 alors qu'elle n'aborde pas la question du chlorure ferrique et qu'elle conclut seulement au besoin de remplacement des manchons de liaisons et du fourreau de roulement pour un montant inférieur au montant finalement engagé pour les réparations. Ainsi, par la seule production de cette pièce, le délégataire n'apporte pas les éléments suffisants pour justifier des travaux de renouvellement engagés ni ne démontre qu'il aurait suffisamment entretenu cet équipement. Par suite, il n'est pas fondé à demander à être déchargé de la somme de 15 435 euros correspondante.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article 26.1 du contrat de délégation " () En tout état de cause, tous travaux, y compris de renouvellement, valorisés à moins de 5 000 € HT par montant d'équipement (coût du matériel) (valeur au 1er janvier 2016), sont classés en entretien, et ne peuvent donc être comptabilisés au titre de renouvellement () "
17. Si la société Opelys soutient dans sa requête que, contrairement à ce qui a été retenu par le SMAEL, le coût de l'équipement nécessaire à la réparation de la fuite sur la canalisation DN500 à Beuvry était supérieur à 5 000 euros hors taxes et que cette opération ne pouvait, au sens du contrat de délégation, être classée en dépense d'entretien, elle n'apporte cependant aucun élément permettant d'estimer le coût réel de l'équipement ni aucun élément de nature à contredire l'analyse du SMAEL. Par suite, elle n'est pas fondée à demander à être déchargée de la somme de 19 858 euros correspondante.
18. Il résulte de ce qui précède que, concernant le titre de recette n° 69 du 26 juillet 2021, la société Opelys est seulement fondée à être déchargée de payer la somme de 222 833,23 euros.
En ce qui concerne le bien-fondé du titre de recettes n° 70 du 26 juillet 2021 :
19. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la délibération du 10 décembre 2020 du comité syndical à l'encontre du titre de recettes n°70 du 26 juillet 2021 doit être écarté.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article 80.2 du contrat de délégation : " Sans préjudice des autres sanctions prévues par le présent contrat, la méconnaissance par le délégataire de ses obligations contractuelles donne lieu à l'application des pénalités prévues à l'annexe E1 (). " et aux termes de l'article 80.3 du contrat de délégation : " Dès le déclenchement de la pénalité, le SMAEL émet un titre de recette à destination du délégataire qui est payable dans les trente jours calendaires suivant la date d'émission dudit titre. "
21. Dès lors que le délai de trente jours calendaires figurant à l'article 80.3 du contrat de délégation renvoie exclusivement au délai attribué au délégataire pour s'acquitter du titre de recettes qui lui est adressé par le SMAEL, la société Opelys n'est pas fondée à soutenir que l'envoi d'un titre de recettes cinq mois après le courrier du 26 juillet 2021 lui notifiant les pénalités serait tardif et rendrait la procédure caduque. Par suite, le moyen doit être écarté.
22. En troisième lieu, aux termes de l'article 28.4 du contrat de délégation déjà cité au point 11: " () Par ailleurs, le délégataire versera au SMAEL une pénalité prévue à l'article 80 du présent contrat. "
23. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 14. que le SMAEL n'est pas fondé à réclamer une pénalité au titre de l'opération de renouvellement des blocs lamellaires Actidyn et Actiflo 1 et 2 de l'usine d'Aire-sur-la Lys, qui n'ont pas été rendus nécessaires ou aggravés par une insuffisance de l'entretien par le délégataire. Par suite, la société Opelys doit être déchargée de payer la somme de 15 341,80 euros correspondante.
24. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 15. que le SMAEL est fondé à considérer que l'opération de renouvellement du corps de pompe n°6 de la station d'exhaure a été rendu nécessaire ou aggravé par le manque d'entretien de la société Opelys. Par suite, cette dernière ne peut pas être déchargée de la somme de 1 543,50 euros correspondante.
25. Il résulte de ce qui précède que, concernant le titre de recette n° 70 du 26 juillet 2021, la société Opelys est seulement fondée à être déchargée de payer la somme de 15 341,80 euros.
En ce qui concerne la régularité des titres de recettes n° 69 et n°70 du 26 juillet 2021 :
26. Aux termes, d'une part, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, applicable au litige : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours./ Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () "
27. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
28. Il résulte des dispositions citées au point 26, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 27, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
29. Il est constant que les titres exécutoires des bordereaux n° 69 et n° 70 du 26 juillet 2021 qui mentionnent le nom, le prénom et la qualité de l'ordonnateur, M. Jean-Claude Disseaux, président du SMAEL, ne comportent pas sa signature. Le SMAEL produit le journal des titres faisant état de ce que les bordereaux n° 69 et n° 70 ont été signés de manière électronique. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de celte attestation produite en défense, que les deux bordereaux ont été signés électroniquement par M. A B, directeur du SMAEL et que les nom, prénom et qualité de cette personne ne figurent pas sur les titres de recettes litigieux adressés à la société Opelys. Dans ces conditions, les états récapitulatifs des titres, produits devant le tribunal administratif, ne comportent pas les mentions requises par les dispositions précitées et la signature de l'ordonnateur. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1617-5 du code général des collectivités territoriales doit être accueilli.
30. Il résulte ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de légalité externe des deux requêtes, que les titres exécutoires n° 69 et 70 du 26 juillet 2021 doivent être annulés en raison de leur irrégularité.
Sur les frais d'instance :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Opelys, qui n'est pas partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance.
32. Il y a par ailleurs lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge du SMAEL une somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par la société Opelys et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres exécutoires n° 69 et n°70 du 26 juillet 2021 sont annulés.
Article 2 : La société Opelys est déchargée de l'obligation de payer la somme de 222 833, 23 euros au titre du titre exécutoire n°69 du 26 juillet 2021.
Article 3 : La société Opelys est déchargée de l'obligation de payer la somme de 15 341, 80 euros au titre du titre exécutoire n°70 du 26 juillet 2021.
Article 4 : Le SMAEL versera à la société Opelys une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Opelys et au Syndicat Mixte d'Adduction des Eaux de la Lys (SMAEL).
Copie en sera transmise pour information au directeur des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRELe greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2, N° 2107576
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026