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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2108571

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2108571

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2108571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSEBBANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Sebbane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat au versement au conseil de Mme B de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la procédure relative à la consultation des instances médicales est viciée dès lors qu'il n'est pas établi que les médecins aient délibéré collégialement et aient reçu délégation de signature à cette fin ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 6 7° de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est contraire à l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire, enregistré le 15 février 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 septembre 2021.

Par une ordonnance du 4 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante algérienne, née le 4 mai 1945, est entrée en France pour la dernière fois le 1er janvier 2020 pour rendre visite à sa fille de nationalité française. Le 16 janvier 2020, elle a été admise aux urgences à la suite de la découverte d'un syndrome occlusif. Le 11 novembre 2020, elle a sollicité un titre de séjour pour raisons de santé, pour les liens privés et familiaux qui l'unissent à la France et pour motif exceptionnel. Par l'arrêté attaqué du 13 juillet 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Si ces stipulations régissent intégralement les conditions de fond pour l'obtention par un ressortissant algérien d'un titre de séjour au regard de son état de santé, elles ne font pas obstacle à l'application des dispositions de droit interne régissant la procédure.

3. Ainsi, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Il ressort des pièces produites par le préfet du Nord que l'avis émis le 8 avril 2021 a fait l'objet d'une délibération collégiale par les médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur l'état de santé de Mme B. En outre, les docteurs Quille, Amoussou et Ricatte ayant siégé au sein de ce collège ont été nommés par décision du 28 janvier 2021 du directeur général de l'OFII. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. En l'espèce, le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans l'avis précité, que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'un cancer colorectal. Elle a bénéficié d'une intervention chirurgicale le 17 janvier 2020, puis de plusieurs cures de chimiothérapie pour diminuer le risque de récidive. Son état a été considéré comme étant stabilisé au 30 juin 2020 par l'oncologue qui la suit. Il ressort de la prescription du 30 septembre 2020 que la surveillance du cancer nécessite la réalisation d'échographies abdominales, et de scanners abdomino-pelvien et thoracique au cours des mois suivants. Comme il a été dit au point 6, le préfet du Nord, qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui précise qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, Mme B peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, n'a pas à établir la preuve de la disponibilité des traitements en Algérie. Pour apporter cette preuve, la requérante produit des articles de presse sur les difficultés rencontrées par des Algériens dans le traitement du cancer. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément quant à l'éventuelle impossibilité de réaliser des échographies et des scanners dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait contraire aux stipulations précitées de l'article 6 7° de l'accord franco-algérien.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. S'il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, le préfet peut toujours délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en appréciant, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Toutefois, les circonstances selon lesquelles les sept enfants de A B résident en France et seraient en mesure de lui apporter un soutien moral et financier pour l'aider à supporter le suivi de sa pathologie ne constituent pas un motif d'admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande présentée à ce titre par la requérante. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Mme B expose que ses sept enfants vivent en France et que six d'entre eux détiennent la nationalité française. Toutefois, la requérante, âgée de 74 ans, ne vit habituellement sur le territoire national que depuis un an et demi et n'est pas isolée en Algérie, où vit son époux. Ainsi, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de séjour ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, comme il a été dit au point 7, l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle pourrait bénéficier de la protection prévue par l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, et qu'elle ne pourrait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet. Par voie de conséquences les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet du Nord et à Me Sebbane.

Délibéré après l'audience du 11 juillet 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Marjanovic, président,

- M. Vandenberghe, premier conseiller,

- M. Caustier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. DLe président,

Signé

V. MARJANOVICLa greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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