mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2108659 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | juge unique (6) |
| Avocat requérant | CABINET SELURL CHIFFERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, Mme C D F épouse A, représentée par Me Robert, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil-sur-Mer (CHAM) à lui verser la somme de 7 012 euros en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis lors de sa prise en charge au sein de cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du CHAM, outre les dépens, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CHAM est engagée en raison d'un défaut de diagnostic ayant entraîné un retard de prise en charge par l'équipe médicale de la fracture dont elle a souffert ;
- il en est résulté des préjudices à hauteur de 7 012 euros, qui se décompose comme suit :
* Déficit fonctionnel temporaire : 220 euros ;
* Indemnisation par tierce personne : 792 euros ;
* Souffrances endurées, qui inclut le préjudice de la douleur et le préjudice moral : 4 500 euros ;
* " Perte de chance " : 1 500 euros.
Par des mémoires, enregistrés les 8 septembre 2022 et 23 mars 2023, le CHAM, représenté par Me Chiffert, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnité de Mme A au montant de 1 720 euros ;
3°) à la réduction à de plus juste proportions de la somme demandée par la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux ;
- à titre subsidiaire, il ne conteste pas sa responsabilité ayant pour origine un défaut de diagnostic de la fracture articulaire assortie d'une subluxation ayant entraîné un retard de prise en charge chirurgicale ;
- seuls les préjudices liés au retard de la prise en charge de Mme A seront indemnisés, à savoir le déficit fonctionnel temporaire et les souffrances endurées ;
- l'indemnisation du préjudice moral, de la perte de chance et du besoin d'assistance par une tierce personne sera rejetée ;
- en l'absence de versement dans la présente instance de tout document justifiant le versement d'une indemnité, il n'est pas possible de liquider les préjudices dont elle demande l'indemnisation.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 23 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 avril 2023.
Un mémoire, enregistré le 24 avril 2023, a été présenté pour le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Vu :
- l'ordonnance n° 1801951 du 4 juillet 2018 par laquelle le président du tribunal administratif de Lille a ordonné une expertise médicale et désigné le docteur E, en qualité d'expert ;
- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 20 décembre 2018 ;
- l'ordonnance n° 1801951 du 8 janvier 2019, par laquelle le président du tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur E à 1 200 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné Mme Bruneau, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Aubertel substituant Me Chiffert, représentant le CHAM.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 mars 2015, Mme C A, née le 16 juillet 1950, a été victime d'un accident de la voie publique après avoir été renversée par un chien. Elle a été admise au service des urgences du CHAM. Il lui a été diagnostiqué une fracture de la troisième phalange du 4ème doigt de la main gauche sans désalignement. Le scanner, réalisé le 3 mars 2015, a permis de confirmer une fracture ayant pour base la phalange distale 4ème rayon gauche et la tête de phalange distale 3ème rayon. Mme A s'est alors vue poser une attelle réunissant le majeur et l'annulaire gauche, et ce pour une durée de deux semaines. Lors de l'ablation de celle-ci le 20 mars suivant à l'institut Calot, situé à Berk, il est constaté un œdème et une fracture articulaire complexe du 4ème doigt. Le scanner, effectué le 23 mars 2015, a permis de confirmer une fracture-luxation articulaire de la base de P1 du 4ème rayon et une fracture articulaire comminutive de la base P2 du 3ème rayon. Mme A a été transférée au centre hospitalier universitaire d'Amiens, du 25 au 27 mars 2015 afin de bénéficier d'une ostéosynthèse par vis sur le 3ème rayon avec mise en place d'un fixateur en distraction. L'intéressée a été à nouveau admise, du 1er au 3 avril 2015, au sein de l'établissement de santé d'Amiens en raison d'une reprise chirurgicale consistant en la réaxation du fixateur externe. Le fixateur externe a été retiré, le 12 mai 2015, lors d'une intervention chirurgicale, en ambulatoire, à SOS Mains situé à Bayonne. Le 6 juillet 2016, l'ablation définitive du matériel a été réalisée.
2. Par une requête, enregistrée le 6 mars 2018, Mme A a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins d'expertise. Par une ordonnance du 4 juillet 2018, le président du tribunal a ordonné une expertise médicale et a désigné le docteur E, en qualité d'expert. Le rapport a été remis au greffe du tribunal le 20 décembre 2018. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation du CHAM à l'indemniser des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHAM :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. ". Aux termes de l'article L. 1142-1 de ce code : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions expertales du docteur E, que le diagnostic et la prise en charge de la fracture de la troisième phalange du 4ème doigt de la main gauche a été conforme aux règles de l'art. L'indication d'une immobilisation réunissant le majeur et l'annulaire a également été conforme. Il résulte cependant du rapport d'expertise que lors de l'admission de Mme A au service des urgences du CHAM le 2 mars 2015, l'équipe médicale qui l'a examinée aurait dû évoquer, en raison de la fracture articulaire comminutive de la base P2 du 3ème rayon avec une subluxation, une intervention chirurgicale et non la seule immobilisation des doigts. Par suite, le CHAM, qui ne conteste pas avoir commis une faute à ce titre, n'a pas diagnostiqué la fracture articulaire comminutive, ce qui a entrainé une erreur de diagnostic puis un retard dans la prise en charge de cette pathologie, laquelle n'a été identifiée qu'à la suite de l'ablation de l'attelle le 20 mars 2015 et confirmée par la réalisation d'un scanner le 23 mars suivant.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
5. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
6. Si Mme A se prévaut du besoin de l'assistance par tierce personne temporaire pour un montant de 792 euros, elle n'établit pas le lien entre les séquelles dont elle souffre et ce chef de préjudice, lequel n'a pas été retenu par l'expert désigné par le tribunal administratif de Lille. Dès lors, les conclusions présentées par Mme A tendant à l'indemnisation d'un tel préjudice doivent être rejetées.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise diligenté par le tribunal, que la faute dont a été victime Mme A a eu pour effet de perturber son activité quotidienne jusqu'au 6 juillet 2016, date de la consolidation de son état de santé. A ce titre, l'intéressée a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à un taux de 25 % pendant une période de 22 jours, soit du 2 au 24 mars 2015. Par suite, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros et compte tenu que les séquelles de Mme A ne sont imputables qu'à hauteur de 50 % au retard de prise en charge, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 41,25 euros ((22 x 15 x 0,25) / 2).
8. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que Mme A a enduré des souffrances, physiques et morales, consécutives à la faute commise par le CHAM. L'expert a évalué à 0,5 sur une échelle de 7 ses souffrances. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
9. En dernier lieu, si Mme A fait également valoir qu'elle a subi un préjudice " moral ", les souffrances physiques, morales et psychiques ressenties avant la consolidation est indemnisée, selon la nomenclature dite " Dintilhac " par le poste des souffrances endurées, déjà indemnisé. Il s'ensuit que l'indemnisation sollicitée au titre du préjudice moral, entendue comme la souffrance psychique liée au retard de la prise en charge ne peut qu'être rejetée.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à solliciter une indemnité de 1 541,25 euros. Il résulte toutefois de l'instruction que l'intéressée a engagé par le biais de son assureur au titre de sa protection juridique, la Maif, une démarche d'indemnisation par l'assureur du propriétaire du chien à l'origine de sa chute, l'AMP. L'expertise amiable diligentée par ce dernier s'est tenue, en présence de Mme A, le 24 novembre 2016 à Boulogne sur Mer. Or, en dépit des écritures en défense et de la mesure d'instruction adressée à son conseil dans l'application Télérecours, le 23 mars 2023, Mme A n'établit pas n'avoir perçu aucune indemnisation au titre de l'ensemble des préjudices qu'elle a subis. Dès lors, pour éviter une double indemnisation de ces préjudices, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la requérante tendant à l'indemnisation de son déficit fonctionnel temporaire et des souffrances qu'elle a endurées.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le CHAM, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
13. Par une ordonnance n° 1801951 du 8 janvier 2019, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a liquidé et taxé le montant des frais de l'expertise du docteur E à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises. Il y a lieu, dans les circonstances très particulières de l'espèce, de les mettre à la charge définitive du CHAM.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Montreuil sur Mer, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les frais de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil sur Mer.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil sur Mer, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée pour information au docteur E, expert.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. B
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026