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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2109107

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2109107

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2109107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2021 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer une autorisation de travail, accompagnant son autorisation de séjour valable du 27 avril 2021 au 31 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'assortir son autorisation de séjour actuelle d'une autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de ce même article.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B par une décision du 20 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 2 août 1984 à Conakry (Guinée), est de nationalité guinéenne et vit à Tourcoing. Par un arrêté du 20 août 2018, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité de réfugié, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 1808286 du 24 octobre 2018, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de la situation de la requérante. Le 21 octobre 2020, Mme B, mère de quatre enfants, nés respectivement en 2017, 2018 et 2020, qui présentent un trouble neuro-développemental constitutifs d'un handicap et nécessitant une prise en charge pluridisciplinaire dans un centre d'action médico-sociale précoce, a été convoquée en préfecture afin de déposer une demande de titre de séjour " parent accompagnant d'enfant mineur malade ". Le 27 avril 2021, le préfet du Nord a délivré à Mme B une autorisation provisoire de séjour en France valable du 27 avril 2021 au 31 août 2021, le document précisant que l'intéressée n'était pas autorisée à occuper un emploi pendant la durée de validité de ce titre. Par la requête dont le tribunal est saisi, Mme B demande l'annulation de la décision du 27 avril 2021 lui refusant l'autorisation de travailler pendant la durée de ce titre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / L'autorisation provisoire de séjour mentionnée au premier alinéa, qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 311-12 du code précité que l'autorisation de séjour délivrée à Mme B, en sa qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade, ouvrait droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision contestée, qui lui refuse l'exercice d'une activité professionnelle pendant la durée de validité de son autorisation de séjour, est entachée d'erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen également soulevé par la requérante, que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

6. Si la requérante demande au tribunal d'enjoindre au préfet du Nord d'assortir son autorisation de séjour actuelle d'une autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit fait droit à cette demande alors, en tout état de cause, que la seule autorisation de séjour jointe au dossier n'est plus valide et qu'aucune pièce ne justifie de la situation administrative actuelle de Mme B. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser au conseil de la requérante sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 27 avril 2021, par laquelle le préfet du Nord a refusé d'octroyer à Mme B une autorisation de travail pendant la durée de validité de son autorisation de séjour, du 27 avril 2021 au 31 août 2021, est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Cabaret la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de sa part au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet du Nord et à Me Cabaret.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023

Le président-rapporteur,

Signé

X. AL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

Signé

A. DOUVRY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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