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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2110131

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2110131

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2110131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLOKAMBA OMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 décembre 2021 et le 4 janvier 2022, M. B D, représenté par Me Cardon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen (SIS) et dans le fichier des personnes recherchées (FPR) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu, notamment, par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie des compétences nécessaires pour exercer les fonctions de boulanger ;

- le préfet aurait dû saisir le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) afin de déterminer si son activité professionnelle répondait à des besoins locaux particuliers ;

- le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour comme tendant à l'octroi d'un titre de séjour en qualité de commerçant alors qu'il a produit à l'appui de sa demande de titre des éléments relatifs à sa qualité de commerçant ;

- en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour au motif qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour, le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 435-1 et R. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu, notamment, par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu, notamment, par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu, notamment, par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est reconnu, notamment, par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas sollicité la production de pièces complémentaires, en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 9 février 2022, le clôture de l'instruction a été fixée au 11 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 11 mars 1978 à Gabes (Tunisie), est entré en France au cours de l'année 2016 sous couvert d'un visa de court-séjour délivré par les autorités allemandes et valable du 7 au 16 avril 2016. Il a sollicité, le 9 juillet 2019, la délivrance d'un titre de séjour pour motifs professionnels. Le 26 décembre 2021, il a été interpellé à son domicile à Gonfreville l'Orcher (76) pour des faits de violence sur sa compagne. Par un arrêté du 27 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité le 9 juillet 2019, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français. M. D a été placé en centre de rétention le même jour. Il demande l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 27 décembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 5 janvier 2022 (n° 2110131), le magistrat désigné par le tribunal administratif de Lille a statué sur les conclusions de M. D tendant à l'annulation des décisions du préfet de la Seine-Maritime du 27 décembre 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français. Il a annulé les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français, rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination et renvoyé à la formation collégiale compétente pour en connaître les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 27 décembre 2021 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour et à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation. Il suit de là que le présent litige ne porte plus que sur les conclusions de M. D tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier ou que ces derniers, bien que versés au dossier, ne sont pas lisibles comme au cas d'espèce. Par arrêté n° 20-76 du 13 octobre 2020, publié au recueil des actes administratifs du département le même jour, le préfet de la Seine Maritime a donné délégation à Mme Anne Mayaud, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le préfet de la Seine-Maritime énonce avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

6. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser, à l'administration, les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré ou renouvelé un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir, auprès de l'administration, toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, dès lors que M. D pouvait présenter des observations pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

8. En l'espèce, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet aurait opposé au requérant, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, le caractère incomplet de sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant et doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;/ 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

10. Contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions précitées des articles L. 435-1 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font aucune obligation au préfet de saisir la commission du titre de séjour lorsqu'il envisagerait de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à tout étranger qui en remplirait les conditions de délivrance. Ces articles prévoient seulement la consultation obligatoire de cette commission dans le cas où un étranger, qui solliciterait son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, résiderait habituellement depuis plus de 10 ans sur le territoire français, ce qui n'est pas le cas de M. D dont il est constant qu'il est entré en France au cours de l'année 2016. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir consulté pour avis la commission du titre du séjour.

11. En sixième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé. En particulier, et contrairement à ce que soutient M. D, le préfet n'avait aucune obligation de saisir la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) afin de déterminer si l'activité professionnelle du requérant répondait à des besoins locaux particuliers et ce d'autant plus que le refus de titre de séjour " salarié " qui a été opposé à ce dernier est suffisamment justifié par l'absence de visa de long séjour. En outre, il ressort des pièces du dossier que, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, le 9 juillet 2019, M. D a fourni une autorisation de travail complétée par le gérant de la société " le fournil de Gournay ", une promesse d'embauche datée du 16 mai 2019 pour travailler dans cette structure en qualité de pâtissier, un extrait K-bis de cette société sur lequel son nom n'apparaît pas et son diplôme. Eu égard à ces éléments, il ne peut être reproché au préfet de n'avoir pas examiné son droit au séjour en qualité de commerçant ou d'entrepreneur mais d'avoir seulement envisagé sa demande comme tendant à l'octroi d'un titre de séjour salarié. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. D doit être écarté.

12. En septième lieu, si le préfet, qui disposait, ainsi qu'il vient d'être énoncé, de la copie du diplôme de boulanger-pâtissier obtenu par M. D le 30 juillet 2013 en Tunisie, ne pouvait, sans erreur de fait, opposer au requérant l'absence de compétences adéquates pour exercer le poste envisagé, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu cet élément. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 du même accord stipule que " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

14. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire français, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Enfin, les stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ne font pas obstacle à l'application, aux ressortissants tunisiens, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

15. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Maritime a examiné la demande de titre de séjour de M. D au regard de l'article 3 de la convention franco-tunisienne précitée et au regard de l'article L. 435-1 en tant qu'il permet la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Seine-Maritime ne lui a opposé l'absence de visa de long-séjour que pour rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, les stipulations de cet article, combinées aux stipulations de l'article 11 du même article et aux dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisant de la possession d'un tel visa une condition nécessaire à l'obtention d'un tel titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions combinées des articles L. 435-1 et R. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant l'absence de visa de long séjour pour refuser son admission exceptionnelle au séjour est inopérant et ne peut qu'être écarté.

16. Par ailleurs, il est constant, ainsi qu'il vient d'être énoncé, que M. D est entré en France sous couvert d'un visa de court-séjour délivré par les autorités allemandes expirant le 16 avril 2016 et qu'il ne possède aucun visa de long séjour. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il disposerait d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Ainsi, contrairement à ce qu'il soutient, il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien précité. En outre, si les éléments versés au débat attestent de ce qu'il est associé à part égalitaire dans la société " au fournil de Gournay ", immatriculée au registre du commerce et des sociétés du Havre depuis le 25 avril 2019, et propriétaire du fonds de commerce à égalité avec son associé, il ressort des pièces du dossier, en particulier des déclarations du requérant lors de son audition par les services de police le 27 décembre 2021, qu'il ne se verse plus de salaire depuis avril 2021 de sorte que cette activité ne lui permet pas de subvenir à ses besoins. En outre, en dehors de cette insertion professionnelle, le requérant, en France depuis 2016, n'atteste pas de liens privés ou familiaux intenses sur le territoire français. S'il vit en couple avec une ressortissante française avec laquelle il se serait marié religieusement en juillet 2021, il ne réside avec cette dernière que depuis le mois d'août de la même année, de sorte que la communauté de vie est particulièrement récente à la date de la décision attaquée. Surtout, l'interpellation du requérant à son domicile le 27 décembre 2021 à la suite d'une violente dispute avec sa compagne et son placement en garde-à-vue pour violences sur cette dernière témoignent de la fragilité de cette relation. M. D a par ailleurs vécu la majeure partie de son existence en Tunisie où réside, ainsi qu'il a indiqué lors de son audition, l'ensemble de ses proches. Dans ces conditions, aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel ne justifie la délivrance d'un titre de séjour au requérant portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait, en refusant d'octroyer au requérant un titre de séjour, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

18. Eu égard à la situation personnelle de M. D telle qu'elle a été énoncée au point 16, et quand bien même son interpellation par les services de police et son placement en garde-à-vue pour des violences supposées sur sa compagne, laquelle n'a pas donné lieu à l'ouverture de poursuites judiciaires, ne permet pas de le regarder comme constituant une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 décembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Varenne, première conseillère,

- Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.

La rapporteure,

signé

M. VARENNE Le président,

signé

J.M. A

La greffière,

signé

C. VIEILLARD

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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