mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2200066 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 janvier et 11 février 2022 sous le n° 2200066, M. A F, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoirs les décisions des 2 juillet et 8 décembre 2021 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'enregistrer sa demande de certificat de résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enregistrer sa demande de certificat de résidence et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ou, à titre très subsidiaire, de l'admettre provisoirement au séjour avec une autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Rivière, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions en litige sont illégales en ce qu'elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elles ne comprennent ni le nom, ni le prénom, ni la qualité de l'agent chargé d'instruire sa demande ;
- elles sont insuffisamment motivées dès lors qu'il n'est pas en mesure de connaître les documents manquant à son dossier ;
- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet du Pas-de-Calais ne lui a pas indiqué au préalable les pièces manquant à son dossier ni fixé de délai pour la communication de ces pièces, en méconnaissance des dispositions des articles L. 114-5 et R. 112-11-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elles méconnaissent l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent l'article R. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er février et 27 juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais doit être regardé comme concluant, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de ses décisions refusant d'enregistrer les demandes de certificat de résidence présentées par M. F dès lors que la demande de ce dernier de délivrance d'un certificat de résidence a été enregistrée sous le n° 7107694.
Par une ordonnance du 24 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mars 2022.
M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 octobre, 28 novembre et 22 décembre 2022 sous le n° 2207602, M. A F, représenté par Me Rivière, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de procéder à un réexamen de sa demande de certificat de résidence et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Rivière, de la somme de 1 500 euros au titre des aricles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il fait valoir que :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de certificat de résidence ;
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la légalité de la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023.
M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2022.
III. Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022 sous le n° 2209791, M. F, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence, sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour une durée de six mois, renouvelable une fois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de mettre fin aux mesures de surveillances prises à son encontre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Rivière, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- il méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que M. F est incarcéré depuis le 18 février 2023 pour une durée de dix mois, assortie d'un sursis de cinq mois.
Par une ordonnance du 27 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mars 2023.
M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 octobre 2022.
Vu les autres pièces de ces trois dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Lutran substituant Me Rivière, représentant M. F, et celles de M. C, représentant le préfet du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant algérien né le 23 juin 2003 à Annaba (Algérie), est entré en France, selon ses déclarations, pour la dernière fois le 31 octobre 2019. Il a fait l'objet, le 20 mai 2020, d'une ordonnance du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Lille de placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance et pris en charge en qualité de mineur isolé à compter du 28 mai 2020 et ce jusqu'à sa majorité. Il a bénéficié du dispositif d'accueil provisoire des jeunes majeurs du 1er octobre 2022 au 31 mars 2023. Il a présenté le 28 mai 2021 une demande de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", que le préfet du Pas-de-Calais a déclaré irrecevable par une décision du 2 juillet suivant au motif de l'incomplétude de la demande. L'intéressé a, une deuxième fois, le 13 août 2021, sollicité auprès de la même autorité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ou " étudiant " ou " vie privée et familiale " ainsi que l'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 8 décembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais a de nouveau rejeté sa demande comme étant irrecevable. Sa demande de délivrance d'un certificat de résidence a été enregistrée par le préfet du Pas-de-Calais le 10 juin 2022. Par un arrêté du 29 août 2022, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 8 octobre 2022, le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par la requête n° 2200066, M. F demande l'annulation des décisions des 2 juillet et 8 novembre 2021 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'enregistrer sa demande de certificat de résidence. Par la requête n° 2207602, le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022. Par la requête n° 2209791, M. F demande l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2200066, 2207602 et 2209791 présentées par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n°2200066 :
3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais a enregistré, le 10 juin 2022, la demande de certificat de résidence de M. F. Dans ces conditions, les conclusions de la requête n° 2200066 de M. F en annulation des décisions par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'enregistrer cette demande et celles à fin d'injonction sont devenues dans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 août 2022 (requête n° 2207602) :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté en litige :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-10-84, publié le 10 août 2022 au recueil n° 97 des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. E B, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, exposent les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
6. En troisième lieu, aux termes du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5. au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Si M. F se prévaut de cinq années de présence continue sur le territoire français à la date de la décision en litige, il ressort des pièces du dossier et des propres écritures du requérant, notamment des tampons inscrits sur son passeport et du procès-verbal d'audition du requérant le 3 octobre 2022, que l'intéressé est retourné en Algérie du 28 juin 2018 au 24 août 2018 et du 18 décembre 2018 au 30 octobre 2019. Il est constant que M. F a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé à compter du 28 mai 2020. S'il se prévaut de la présence sur le territoire national d'un oncle, d'une tante et de sa grand-mère, en situation régulière, il n'établit pas de liens d'une particulière intensité entre eux. Il n'apporte par ailleurs aucun élément précis et particulier sur les liens de toute nature, d'ordre amical ou social, qu'il aurait noués en France. Bien que le rapport éducatif de l'association Les apprentis d'Auteuil du 22 septembre 2021 évoque son comportement respectueux et son travail assidu, M. F ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. En outre, si le requérant soutient que sa mère et sa sœur résidant définitivement en Turquie et n'ayant plus de lien avec son père, il serait isolé en Algérie, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions figurant sur les récépissés de demandes de permis de court séjour, produits en langue turque, par le requérant, que sa mère et sa sœur résident depuis le 3 septembre 2022 en Turquie de manière temporaire dans l'attente de l'obtention d'un permis de séjour de courte durée. A la date de la décision en litige, elles n'ont pas vocation à résider définitivement en Turquie, pays dans lequel elles sont entrées sous couvert d'un visa de tourisme. Il s'ensuit que le préfet du Pas-de-Calais n'a méconnu ni le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède et il ressort des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'a, en prenant la décision en litige, pas commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. F. Ce moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F avant de prendre la décision en litige.
10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, faute d'illégalité entachant la décision de refus de certificat de résidence, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français ne peut, par suite, qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
13. Si le requérant soutient être arrivé en France à l'âge de douze ans, il ressort des pièces du dossier que s'il est entré régulièrement sur le territoire le 3 novembre 2015, M. F n'a cependant pas résidé depuis cette date de manière continue en France. Ainsi qu'il a été dit plus haut, il est retourné plusieurs mois en Algérie en 2018 et 2019, et ce au-delà de la période estivale, et il n'est pas contesté qu'il a résidé trois mois en Espagne à compter du 30 octobre 2019. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposé plus haut, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation de M. F doivent être écartés.
15. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de la décision octroyant un délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, faute d'illégalité entachant la décision de refus de certificat de résidence, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français ne peut, par suite, qu'être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
18. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des termes mêmes de la décision en litige, que M. F a fait état auprès du préfet de circonstances particulières tenant à sa situation personnelle, propres à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé à titre exceptionnel pour quitter volontairement le territoire français, ni qu'il ait sollicité l'octroi d'un tel délai dérogatoire. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration, avant l'édiction de la mesure d'éloignement, des éléments utiles qui auraient été de nature à justifier qu'un délai dérogatoire supérieur à trente jours lui soit accordé. Dans ces conditions, le préfet, en ne recherchant pas s'il y avait lieu de lui accorder un délai supérieur à trente jours compte tenu de sa situation personnelle, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui octroyant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
20. En premier lieu, faute d'illégalité entachant la décision de refus de certificat de résidence, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français ne peut, par suite, qu'être écarté.
21. En deuxième lieu, la décision en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, expose les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut dès lors qu'être écarté.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
23. En l'espèce, M. F soutient qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Algérie. En se bornant à justifier ses craintes par son refus d'effectuer son service militaire dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément sur les craintes qu'il allègue. Il n'établit pas être personnellement et actuellement exposé au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
24. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant fixation du pays de destination.
25. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance présentées par son avocat dans la requête n° 2207602.
Sur la requête n° 2209791 :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
26. Contrairement à ce que soutient le préfet du Pas-de-Calais, la circonstance que le requérant a été incarcéré, en cours d'instance, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, dès lors que cet arrêté a produit des effets juridiques. Par suite, l'exception de non-lieu doit être écartée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2022 :
27. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence du fait de l'illégalité de l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a fait obligation à M. F de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, doit être écarté.
28. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui cite l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce les considérations de fait sur lesquelles il se fonde, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.
29. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / () ". Il ressort des pièces du dossier que le 4 octobre 2022, les services préfectoraux ont informé le requérant de ce que le préfet du Pas-de-Calais envisageait de l'assigner à résidence et l'ont invité à faire connaître ses éventuelles observations, que le requérant n'a pas souhaité formuler. Dès lors, l'arrêté en litige, notifié à l'étranger le 4 octobre 2022 entre 14 h 35 et 14 h 45, a été prise conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
30. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;; () ".
31. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a déclaré lors de son audition le 3 octobre 2022 ne pas vouloir exécuter la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Il ressort également des pièces du dossier que pour assigner à résidence M. F, ressortissant algérien ayant fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 29 août 2022, le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur la nécessité d'organiser matériellement son départ. Le requérant n'établit par ailleurs pas qu'il n'existerait pas de perspective raisonnable d'exécution de son obligation et notamment n'établit pas que les démarches engagées par la préfecture du Pas-de-Calais en vue de la délivrance d'un laisser passer consulaire auraient fait l'objet d'un refus de la part des autorités de son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'absence d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
32. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés plus haut, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
33. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions relatives aux frais liés au litige présentées par son avocat dans sa requête n°2209791.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2200066 de M. F tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'enregistrer sa demande de certificat de résidence.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté dans l'instance n° 2200066.
Article 3 : Les requêtes n° 2207602 et n° 2209791 de M. F sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Rivière.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2200066, 2207602, 2209791
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026