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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203170

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203170

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantREZAIGUIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 28 avril 2022 sous le numéro 2203170, Mme B D, représentée par Me Rezaiguia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais lui a notifié un indu d'allocation journalière de présence parentale, d'allocation de logement familiale, d'allocation de logement sociale, d'allocations familiales, de complément familial, d'allocation de rentrée scolaire, de prime d'activité et de revenu de solidarité active pour les mois de février 2019 à avril 2021 d'un montant total de 17 790,14 euros, en tant qu'elle porte sur un trop perçu de prime d'activité, et a retenu une qualification de fraude aux prestations sociales ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais de restituer les sommes récupérées au titre de ces indus, notamment dans le cadre des retenues effectuées ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais de la rétablir dans ses droits " PPA " à compter du jour où son versement a cessé ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais le versement à Me Rezaiguia, avocat de Mme D, de la somme de 1000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où, d'une part, le délai de deux mois prévu par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale n'a pas été respecté entre la notification de l'indu et son recouvrement et, d'autre part, la procédure de recouvrement n'a pas été conduite contradictoirement, Mme D n'ayant pas été mise en mesure de solliciter une copie des documents obtenus par la caisse d'allocations familiales ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence de relation stable et continue établie ainsi qu'en l'absence de communauté d'intérêts affectifs et matériels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 28 février 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022 sous le numéro 2204031, Mme B D, représentée par Me Rezaiguia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a rejeté sa demande d'annulation de l'indu d'allocation personnalisée au logement, de remboursement rétroactif des retenues exercées et de rétablissement de ses droits ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais de restituer les sommes récupérées au titre de cet indu, notamment dans le cadre des retenues effectuées ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais de la rétablir dans ses droits à l'allocation personnalisée au logement à compter du jour où son versement a cessé ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais le versement à Me Rezaiguia, avocat de Mme D, de la somme de 1000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où, d'une part, le délai de deux mois prévu par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale n'a pas été respecté entre la notification de l'indu et son recouvrement et, d'autre part, la procédure de recouvrement n'a pas été conduite contradictoirement, Mme D n'ayant pas été mise en mesure de solliciter une copie des documents obtenus par la caisse d'allocations familiales ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence de relation stable et continue établie ainsi qu'en l'absence de communauté d'intérêts affectifs et matériels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.

Vu les autres pièces de ces deux dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel des affaires à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°2203170 et n°2204031, présentées par Mme D, concernent la situation d'un même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par une décision du 8 septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a notifié à Mme D un indu d'allocation journalière de présence parentale, d'allocation de logement familiale, d'allocation de logement sociale, d'allocations familiales, de complément familial, d'allocation de rentrée scolaire, de prime d'activité et de revenu de solidarité active pour les mois de février 2019 à avril 2021 d'un montant total de 17 790,14 euros et a retenu une qualification de fraude aux prestations sociales. Par un courrier du 11 octobre 2021, reçu le lendemain par la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais, Mme D a formé, par l'intermédiaire de son conseil, un recours administratif à l'encontre de cette décision. Par la requête enregistrée sous le numéro 2203170, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision du 8 septembre 2021 en tant qu'elle porte sur l'indu de prime d'activité. Par la requête enregistrée sous le numéro 2204031, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du recours administratif qu'elle a formé en tant qu'il concerne l'allocation personnalisée au logement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; / () ". L'article L. 114-21 du même code dispose : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

4. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête précité, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la requérante a bien été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues dans le cadre de la mise en œuvre du droit dévolu à la caisse par la consultation de ses relevés bancaires, l'interrogation des fournisseurs d'énergie et des services fiscaux. S'il n'est en revanche pas établi que Mme D a été informée de son droit d'obtenir la communication, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, d'une copie des documents obtenus par la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais, eu égard à la teneur des renseignements, nécessairement connus de l'intéressée, celle-ci n'a pas été privée, du seul fait de l'absence d'information sur ce droit, de la garantie instituée par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité des décisions en litige faute d'information sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable à la cause : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. / () / Les dispositions des quatrième à dernier alinéas de l'article L. 133-4-1 sont applicables au recouvrement des indus mentionnés au présent article ".

7. D'autre part, l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable à la cause, dispose : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. / () / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de prime d'activité par retenues sur les montants à échoir. A défaut, l'organisme mentionné au même premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre des prestations familiales et des prestations, autres que l'allocation de logement, mentionnées, respectivement, aux articles L. 168-8 et L. 511-1 ainsi qu'au titre II du livre VIII du présent code, au titre de l'aide personnalisée au logement et des allocations de logement régies par le livre VIII du code de la construction et de l'habitation, ainsi qu'au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. / () / Les dispositions des quatrième à dernier alinéas de l'article L. 133-4-1 sont applicables au recouvrement des indus mentionnés au présent article ".

8. Enfin, les quatrième et cinquième alinéas de l'article L. 133-4-1 de ce code, dans sa rédaction applicable à la cause, disposent : " Préalablement à l'exercice du recours mentionné à l'article L. 142-4, l'assuré peut, dans un délai déterminé à compter de la notification de l'indu, par des observations écrites ou orales, demander la rectification des informations le concernant, lorsque ces informations ont une incidence sur le montant de cet indu. L'assuré justifie de sa demande par tous moyens en sa possession. / Sans préjudice de la possibilité pour l'assuré d'exercer le recours mentionné à l'article L. 142-4, l'indu est mis en recouvrement au plus tôt, dans les conditions prévues par le présent article : / 1° Soit à l'expiration du délai mentionné au quatrième alinéa lorsque l'assuré n'a pas exercé, à cette date, le droit de rectification mentionné à ce même alinéa. Sans préjudice des dispositions du présent alinéa, la demande de rectification présentée postérieurement au délai mentionné au quatrième alinéa est réputée être exercée dans les conditions du recours préalable mentionné à l'article L. 142-4 ; / 2° Soit, en cas d'exercice de ce droit de rectification () ". Aux termes de l'article R. 133-9-2 de ce code, dans sa rédaction applicable à la cause : " I. L'action en recouvrement de prestations indues prévue à l'article L. 133-4-1 s'ouvre par l'envoi à l'assuré par le directeur de l'organisme créancier, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que l'assuré a perçu des prestations indues. Cette notification : / 1° Précise la nature et la date du ou des versements en cause, le montant des sommes réclamées et le motif justifiant la récupération de l'indu ; / 2° Indique : / a) Les modalités selon lesquelles l'assuré peut, dans un délai de vingt jours à compter de la réception de cette notification et préalablement à l'exercice du recours mentionné à l'article L. 142-4, demander la rectification des informations ayant une incidence sur le montant de l'indu ; / b) La possibilité pour l'organisme, lorsque l'assuré ne fait pas usage du a, de récupérer à compter de l'expiration du même délai de vingt jours les sommes indûment versées par retenues sur les prestations à venir, sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement, dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement ; / c) La possibilité pour l'organisme, à l'expiration du délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet mentionné au 1° du II, de procéder à la récupération des sommes après expiration du délai mentionné au 2° du II sauf si l'assuré, dans ce même délai, rembourse ces sommes ou accepte le principe d'un échéancier de paiement dont la durée peut être fixée ultérieurement sans pouvoir excéder douze mois. A défaut de conclusion d'un échéancier dans un délai d'un mois suivant cette acceptation, les sommes sont mises en recouvrement immédiatement ; / () / II.- Pour l'application du huitième alinéa de l'article L. 133-4-1 : / 1° Le délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet de la demande de rectification mentionnée au a du 2° du I est fixé à un mois ; /

2° Le délai à l'issue duquel la mise en recouvrement peut être effectuée est fixé à deux mois suivant l'expiration du délai au terme duquel naît une décision implicite de rejet. () ".

9. En l'espèce, si Mme D soutient que des retenues ont été effectuées sur ses prestations avant la notification de la décision du 8 septembre 2021, circonstance sans incidence sur le bien-fondé de cette décision, par les pièces qu'elle produit, elle n'établit en tout état de cause pas que ces retenues se rapporteraient aux indus mentionnés dans la décision du 8 septembre 2021. Par suite, ce moyen commun aux deux instances doit être écarté.

10. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 823-1 code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer (). ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci ".

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". L'article L. 842-3 du même code précise que : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article R. 842-3 de ce code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; et 3° Des enfants et personnes à charge () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement de la prime d'activité et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.

12. Pour mettre à la charge de Mme D les indus de prime d'activité et d'allocation personnalisée au logement en litige, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a considéré que la requérante n'avait pas déclaré une reprise de vie commune intervenue à compter du 1er février 2019. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de contrôle du 19 mars 2021, faisant foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme D a déclaré être séparée du père de ses trois enfants, M. A E C, depuis le 10 février 2014, mais que, depuis le 1er février 2019, elle loue une maison située au 876 B boulevard des frères Leterme à Hénin-Beaumont appartenant à M. A E C, lequel déclare résider au 876 boulevard des frères Leterme dans la même commune, adresse correspondant à un logement en cours de construction, ne disposant par ailleurs d'aucun compteur d'eau, d'électricité ou de gaz, de sorte qu'il ne peut être habité. Il résulte en outre de l'instruction, et en particulier du rapport de contrôle précité, que Mme D n'a pas été en mesure d'établir le paiement régulier d'un loyer, tandis que les opérations de leurs comptes bancaires font apparaître depuis plusieurs années à la date du contrôle tant des virements de Mme D vers les comptes bancaires de M. E C, que des virements de ce dernier vers les comptes de la requérante, de sorte que ceux-ci, connus de l'administration fiscale comme redevables ensemble de la taxe foncière et qui ont conservé un compte joint à la banque BCP, doivent être regardés comme mettant en commun leurs ressources et charges dans le cadre d'une relation continue depuis le 1er février 2019 et présentant un caractère de stabilité. Il résulte de ce qui précède qu'en retenant que Mme D et M. E C vivaient de manière habituelle en concubinage depuis le 1er février 2019, la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les dispositions citées aux points 10 et 11.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 8 septembre 2021, en tant qu'elle met à sa charge un indu de prime d'activité, ni l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a rejeté sa demande d'annulation de l'indu d'allocation personnalisée au logement, de remboursement rétroactif des retenues exercées et de rétablissement de ses droits.

Il s'ensuit que les requêtes n°2203170 et 2204031 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonctions et d'application au profit de son conseil de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais et au département du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2203170 - 2204031

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