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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203571

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203571

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203571
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantDE BERNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. D B, représenté par Me Tachon, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille à lui verser la somme de 39 790,21 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'ordonnance de référé ou à défaut depuis le 2 mars 2022, ainsi que la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de sa prise en charge par cet établissement de santé ;

2°) de mettre à la charge du CHRU de Lille la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- le CHRU de Lille a commis une faute double, du fait d'un manquement dans la réalisation technique de l'intervention du 15 octobre 2019 ainsi que du retard de 24 heures pour la prise en charge du faux anévrysme huméral ;

- le CHRU de Lille doit être condamné à indemniser l'intégralité du préjudice subi en application du référentiel Mornet ;

- les préjudices subis par M. B doivent être évalués à la somme de 39 790,21 euros, décomposés comme suit :

o 524,58 euros au titre des frais divers ;

o 2023,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

o 5 000 euros au titre des souffrances endurées ;

o 10 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

o 6 491,68 euros au titre de l'assistance passée et à venir par tierce personne ;

o 15 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

o 750 euros au titre du préjudice esthétique ;

- les frais d'expertise, liquidés pour un montant total de 3 940 euros, doivent être mis à la charge du CHRU de Lille.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 23 mars 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Lille, représenté par Me Vandenbussche, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet des demandes de M. B, ainsi que celles présentées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation des demandes indemnitaires formulées par le requérant à la somme globale de 24 257,80 euros, à la réduction à de plus justes proportions de la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au rejet du surplus des demandes formulées par M. B.

Il soutient que :

- le CHRU n'a pas commis de faute ;

- les préjudices subis par M. B doivent être limités comme suit :

o 524,58 euros au titre des frais divers ;

o 1 052,35 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

o 2 180 euros au titre des souffrances endurées ;

o 8 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

o 5 885,88 euros au titre de l'assistance passée et à venir par tierce personne ;

o 2 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

o 475 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- la demande présentée au titre des frais d'expertise n'est pas contestée.

Par des mémoires, enregistrés le 13 juillet 2022 et le 31 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, qui exerce l'activité de recours contre tiers pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Opale, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le CHRU de Lille à lui verser la somme de 14 912,71 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour son assuré, M. B, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son mémoire le 13 juillet 2022, ainsi que la capitalisation des intérêts ;

2°) de condamner le CHRU de Lille à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Lille la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le CHRU de Lille a commis plusieurs fautes en prodiguant des soins à M. B ainsi que le relève le rapport d'expertise : un déficit d'information préalable au patient, un manquement aux règles de l'art dans l'exécution de l'acte chirurgical ainsi qu'un retard de la reprise chirurgicale ;

- les dépenses de santé prises en charge par la caisse s'élèvent à la somme de 14 912,71 euros, qui se décompose comme suit :

o 12 456,73 euros au titre des frais hospitaliers ;

o 1 751,94 euros au titre des frais médicaux ;

o 121,56 euros au titre des frais pharmaceutiques ;

o 619,48 euros au titre des frais de transport ;

dont il convient de déduire 37 euros au titre des franchises.

Vu :

- l'ordonnance n° 2004692 du 26 octobre 2020 ordonnant une expertise ;

- l'ordonnance n° 2004692 du 9 novembre 2020 désignant un sapiteur ;

- le rapport d'expertise remis au greffe du tribunal le 22 avril 2021 ;

- l'ordonnance de taxation du 10 mai 2021 ;

- l'ordonnance de taxation du 3 juin 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotte,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lalieu, substituant Me Vandenbussche, représentant le centre hospitalier régional universitaire de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 6 septembre 1939, a bénéficié, en avril 2015, au centre hospitalier régional universitaire de Lille d'une endoprothèse bifurquée pour remédier à un anévrysme de l'aorte abdominale sous-rénale. Malgré le succès de cette opération, il a été constaté, lors des examens de suivi, que l'anévrysme a continué à progresser, nécessitant une nouvelle intervention. Il a donc été hospitalisé à nouveau au centre hospitalier régional universitaire de Lille le 14 octobre 2019. Le 15 octobre, il a été opéré pour la mise en place d'une endoprothèse iliaque branchée " Z bis " gauche avec une embolisation de deux branches hypogastriques, intervention réalisée après ponction fémorale bilatérale et humérale gauche. Le 16 octobre 2019, il a ressenti une douleur au bras gauche. Après que le diagnostic de faux anévrysme huméral a été posé, il a été conduit au bloc opératoire le lendemain. Sous anesthésie locale, au cours de l'intervention, il a ressenti des décharges électriques douloureuses au bout des doigts. Il souffre depuis d'une dysesthésie de trois doigts de la main gauche, accompagnée d'une hyperesthésie. Un examen réalisé le 14 novembre 2019 a révélé une lésion massive mais partielle du nerf médian gauche au bras.

2. Saisi par M. B, le juge des référés du tribunal administratif a ordonné, le 26 octobre 2020, une expertise et l'a confiée au docteur C. Le rapport d'expertise a été remis au greffe du tribunal le 22 avril 2021. Une demande indemnitaire préalable a été adressée par M. B au centre hospitalier régional universitaire de Lille le 2 mars 2022. En l'absence de réponse du centre hospitalier, le requérant demande au tribunal de le condamner à réparer les préjudices qu'il a subis à la suite de sa prise en charge. En outre, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois demande au tribunal de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Lille à lui rembourser le montant des débours engagés pour son assuré, M. B.

Sur la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Lille :

3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise réalisé par les docteurs C et A, que l'indication de prolongation du jambage gauche de l'endoprothèse posée en avril 2015, avec un module " Z bis " permettant à la fois d'exclure l'anévrysme iliaque et de préserver la perfusion des artères iliaque externe et hypogastrique était justifiée. La pose de cette endoprothèse " Z bis " a nécessité le cathétérisme artériel fémoral gauche et le cathétérisme percutané de l'artère humérale gauche. Selon l'expert, le choix de l'abord percutané de l'artère humérale, au lieu de l'abord chirurgical, ne répondait pas aux règles de l'art compte tenu de la taille de gros calibre de l'introducteur et du risque d'hématome et de faux anévrysme, et le délai de deux jours avec lequel le faux anévrysme a été traité chirurgicalement a sans doute favorisé la création de phénomènes inflammatoires locaux expliquant les adhérences au sein du paquet vasculo-nerveux qui ont été constatées par le chirurgien, et l'atteinte du nerf médian lors de l'opération du 17 octobre. L'expert estime que cette contusion nerveuse ne serait pas survenue en cas de réalisation technique initiale répondant aux règles de l'art. Pour remettre en cause ces conclusions, le CHRU de Lille renvoie à son dire transmis lors des opérations d'expertise et reprenant les observations du chirurgien ayant posé l'endoprothèse. Il fait valoir, d'une part, qu'il est courant d'utiliser des introducteurs de gros calibre et de recourir à la voie percutanée et, d'autre part, qu'il n'est pas contre-indiqué de gérer par compression les faux anévrismes lorsque ceux-ci, comme en l'espèce, ne sont pas associés à des complications ischémiques, d'hémorragie active ou de menace cutanée. Toutefois, ces observations ont été prises en compte par l'expert et écartées de manière motivée ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Par suite, M. B est fondé à soutenir que tant l'exécution de l'acte chirurgical que le retard de la reprise chirurgicale sont constitutifs de faute, de nature à engager la responsabilité du CHRU de Lille sur le fondement du I. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

Sur la réparation des préjudices :

5. Il résulte du rapport d'expertise, sans que cela soit contesté par les parties à la présente instance, que la date de consolidation de l'état de santé de M. B peut être fixée au 9 février 2021.

S'agissant des préjudices patrimoniaux après consolidation :

Quant à la période entre la date de consolidation et la date du présent jugement :

6. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. B, après sa consolidation, nécessite une aide par tierce personne à hauteur d'une heure par semaine, pour certaines activités quotidiennes comme l'habillage. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, pour la période du 9 février 2021 au 9 décembre 2024, soit pour 200 semaines, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 3 386,30 euros (15 x 412/365 x 200).

Quant à la période postérieure au jugement :

7. S'agissant des préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations de sécurité sociale, il appartient au juge de décider si la réparation par le tiers responsable doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable, sans que le choix ne soit subordonné à l'accord du responsable.

8. Le besoin d'assistance par tierce personne peut être évalué annuellement à la somme de 880,44 euros (15 x 52 x 412/365). En l'occurrence, il y a lieu de condamner le CHRU de Lille à verser à M. B une rente, par trimestre à échoir, d'un montant de 220,11 euros, qui sera valorisé annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux avant consolidation :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. B a subi un déficit fonctionnel total du 15 au 24 octobre 2019, soit 10 jours, dont il convient de déduire 2 jours d'hospitalisation qui auraient été nécessaires en l'absence de complication, soit 8 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi durant cette période en le fixant à la somme de 120 euros (8 x 15). Le déficit fonctionnel temporaire de M. B a ensuite été évalué à 15% du 25 octobre 2019 au 8 février 2021, soit une période de 473 jours. En retenant le même taux journalier d'indemnisation, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel subi pendant cette période en le fixant à la somme de 1 064,25 euros (473 x 15 x 0,15). Le montant total du préjudice subi par M. B au titre du déficit fonctionnel temporaire peut être évalué à 1 184,25 euros (120 + 1 064,25).

Quant aux souffrances endurées :

10. Compte tenu du rapport d'expertise, il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées, évaluées par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7, à la somme de 2 700 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux après consolidation :

11. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise que M. B a conservé un déficit fonctionnel permanent fixé à 10 %. Compte tenu de son âge à la date de consolidation de son état de santé, soit 81 ans, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 10 000 euros.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B pratiquait, avant les faits en litige, diverses activités de loisirs telles que la pêche de compétition et la marche nordique. Il résulte du rapport d'expertise et des autres pièces apportées par le requérant que ces activités sont, depuis les interventions subies, rendues plus difficiles à pratiquer. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 2 000 euros.

13. En dernier lieu, il résulte du rapport d'expertise que le préjudice esthétique conservé par M. B est fixé à 0,5 sur une échelle de 0 à 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 475 euros.

14. Il résulte de ce qui précède qu'outre le versement d'une rente trimestrielle d'un montant de 210,11 euros, le CHRU de Lille devra verser la somme globale de 19 745,55 euros (3 386,30 + 1 184,25 + 2 700 + 10 000 + 2 000 + 475) à M. B, au titre de la réparation des préjudices subis par celui-ci.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois :

15. Il résulte de l'instruction que la CPAM de l'Artois justifie, par la production d'un relevé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité de son médecin-conseil, avoir pris en charge pour le compte de la victime et en lien avec les faits en cause, pour la période du 17 au 4 février 2021, une somme de 12 456,73 euros au titre des frais d'hospitalisation, une somme de 1 751,94 euros au titre des frais médicaux, une somme de 121,56 euros au titre des frais pharmaceutiques, et une somme de 619,48 euros au titre des frais de transport, soit une somme totale de 14 949,71 euros, à laquelle doit être soustrait un montant de 37 euros au titre des franchises médicales.

16. Par suite, la CPAM de l'Artois justifie avoir pris en charge, en raison des faits en cause, une somme totale de 14 912,71 euros (12 456,73 + 1751,94 + 121,56 + 619,48 - 37) qui sera mise à la charge du CHRU de Lille.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

17. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

18. D'une part, le requérant sollicite le versement des intérêts à compter de l'ordonnance de référé du 26 octobre 2020, ou à défaut à compter du 2 mars 2022. Dès lors que la saisine du juge des référés pour que soit ordonnée une expertise ne peut être regardée comme une demande d'indemnité adressée aux parties appelées aux opérations d'expertise, les intérêts ne sont dus qu'à compter de la date à laquelle la demande d'indemnisation préalable est parvenue au CHRU de Lille, soit le 2 mars 2022. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B de versement des intérêts à compter de cette date.

19. D'autre part, la capitalisation des intérêts ayant été demandée pour la première fois par mémoire enregistré le 12 mai 2022, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 mars 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Enfin, la CPAM de l'Artois sollicite le versement des intérêts à compter du 13 juillet 2022, date de l'introduction de son premier mémoire. Il y a lieu de faire droit à cette demande. A cette même date, la CPAM a demandé la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 13 juillet 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

Quant à l'indemnité forfaitaire de gestion :

20. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la Caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 € et d'un montant minimum de 91 €. " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. "

21. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Lille le versement à la CPAM de l'Artois de la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.

Quant aux dépens :

22. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

23. Les frais d'expertise, liquidés à la somme totale de 3 940 euros par les ordonnances du magistrat désigné par le président du tribunal des 10 mai et 3 juin 2021 doivent être mis à la charge du CHRU de Lille.

24. M. B a supporté des frais pour se rendre, le 9 février 2021, aux opérations d'expertise. Il résulte de l'instruction que ces frais n'ont pas été pris en charge par la sécurité sociale. Par suite, le CHRU de Lille doit être condamné à lui rembourser la somme de 524,58 euros.

Quant aux frais exposés et non compris dans les dépens :

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CHRU de Lille une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à la CPAM de l'Artois, au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est condamné à verser à M. B la somme de 19 745,55 euros avec intérêts au taux légal à compter du 2 mars 2022. Les intérêts échus à la date du 2 mars 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est condamné à verser une rente trimestrielle d'un montant de 220,11 euros, revalorisable annuellement dans les conditions prévues au point 8.

Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois la somme de 14 912,71 euros avec intérêts au taux légal à compter du 13 juillet 2022. Les intérêts échus à la date du 13 juillet 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnitaire forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les dépens, comprenant les frais d'expertise des docteurs C et A liquidés à la somme de 3 940 euros par des ordonnances du magistrat désigné par le président du tribunal administratif du 10 mai 2021 et du 3 juin 2021, ainsi que les frais de déplacement à l'expertise pour un montant de 524,58 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier régional universitaire de Lille.

Article 6 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille versera à M. B la somme de 1 500 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au centre hospitalier régional universitaire de Lille et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.

Copie en sera adressée au docteur C et au docteur A, experts.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

V. FougèresLe président-rapporteur,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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