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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204280

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204280

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204280
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVANCAUWENBERGHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, M. B C, représenté par Me Van Cauwenberghe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022 à 23 h 59 par ordonnance du 9 septembre 2022.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Van Cauwenberghe, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant azéri né le 15 janvier 1989 à Qakh (Azerbaïdjan), déclare être entré en France le 17 juin 2018. Le 20 octobre 2020, il a présenté une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint ou d'ascendant de réfugié. Par arrêté du 2 juin 2022, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;/ () ". Et, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. Il résulte de ces dispositions que si elles imposent de motiver l'obligation de quitter le territoire français, elles la dispensent d'une motivation spécifique en cas de refus de titre de séjour. Dans ce cas, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir ledit refus d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, une motivation particulière.

4. En l'espèce, la décision en litige énonce les considérations utiles de droit sur lesquelles elle se fonde, en visant notamment les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour fait état des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, de sa situation familiale, de la qualité de réfugié de son épouse, de ses attaches en France et dans son pays d'origine ainsi que de ses antécédents judiciaires. Compte tenu de cette motivation, la décision portant obligation de quitter le territoire français satisfait aux exigences de motivation qui lui sont applicables. Le vice de forme ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, en vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui déclare sans l'établir être entré en France le 17 juin 2018, est marié depuis le 19 octobre 2019 avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié valable jusqu'au 25 avril 2026 et père d'une enfant née le 17 août 2020 de cette union. Il ressort cependant également des pièces du dossier que par un jugement du tribunal judiciaire de Dunkerque du 13 avril 2021 l'intéressé a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire de deux ans avec obligation de suivi psychologique pour des faits de violence commis à l'égard de son enfant alors âgé de deux mois et ayant entrainé une incapacité temporaire totale de deux jours. En appel, la Cour d'appel de Douai a, par un arrêt du 11 janvier 2022, reconnu l'intéressé seul responsable de ces faits, maintenu sa condamnation à six mois d'emprisonnement assortie toutefois d'un sursis simple. Par ailleurs, il ressort également des constatations faites par ces juridictions que l'épouse de M. C a également fait état auprès de plusieurs tierces personnes de faits de violence commis par ce dernier à son égard. Dans ces conditions, eu égard, d'une part, à l'absence de toute autre attache en France que son épouse et son enfant et, d'autre part, au caractère récent et particulièrement grave des faits pour lesquels il a été condamné, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, si M. C se prévaut d'une " remarquable intégration " socio-professionnelle, il ne l'établit pas en se bornant à produire des pièces attestant du suivi de cours de français. Dans ces conditions et compte tenu des motifs déjà retenus au point précédent, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Nord dans l'appréciation de sa situation au titre de son pouvoir de régularisation doit également être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur celles du 3° de cet article. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'il représenterait, est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'est pas fondée sur cette circonstance. Par ailleurs, et en tout état de cause, les faits pour lesquels M. C a été condamné par le tribunal judiciaire de Dunkerque puis par la cour d'appel de Douai, tels qu'évoqués précédemment, suffisent, compte tenu de leur caractère récent et particulièrement graves, à établir que l'intéressé constitue une menace à l'ordre public. Enfin, en se bornant à se prévaloir d'une difficulté de traduction lors de ses auditions par les juges judiciaires, au demeurant non démontrée, l'intéressé ne conteste pas utilement les faits qui lui sont reprochés. Par suite, le moyen ainsi soulevé ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et alors que le requérant ne soulève de moyens que contre l'obligation de quitter le territoire français figurant à l'arrêté du 2 juin 2022, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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