vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204855 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MARSEILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 juin 2022 et le 3 août 2022, M. E C, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Marseille, avocate de M. C, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité :
- le préfet ne justifie pas de la compétence de la signataire de la décision contestée ;
- en ne l'invitant pas à produire des pièces dont l'absence s'est avérée déterminante sur le sens de sa décision, le préfet l'a entachée d'un vice de procédure ;
- le préfet s'est considéré lié par la décision de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) et n'a donc pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention franco-sénégalaise du 19 août 1995 ;
- la décision portant sur sa situation une atteinte disproportionnée, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a méconnu le principe général du droit communautaire du respect des droits de la défense dès lors qu'il ne l'a pas informé préalablement de la mesure d'éloignement et ne l'a pas invité à présenter ses observations ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant sur sa situation une atteinte disproportionnée, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre sollicité et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant sur sa situation une atteinte disproportionnée, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022.
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. C par une décision du 4 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Dakar le 1er août 1995 ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant sénégalais né le 12 juin 1992 à Polel Diaobe (Sénégal) est entré en France le 4 septembre 2013 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Le 23 juillet 2020, il a présenté auprès des services de la préfecture du Nord une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Cependant, par un arrêté du 29 mars 2021, le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a décidé qu'à l'expiration de ce délai, il pourrait être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une période d'un an. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme D A de la Perrière, attachée principale d'administration de l'Etat et cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, bénéficiaire d'une délégation de signature concernant notamment les décisions de refus de titre de séjour, délégation consentie par l'arrêté du préfet du Nord en date du 24 mars 2021 et régulièrement publiée au recueil spécial des actes administratifs n° 72 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté litigieux manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 visée plus haut : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : / () / 2. D'un contrat de travail visé par le Ministère du Travail dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. " Aux termes du deuxième alinéa du point 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'article 3 de l'avenant du 25 février 2008 : " La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention "travailleur temporaire" sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV. " Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Aux termes de l'article R. 5221-3 du même code dans sa rédaction applicable : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : / () / 8° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", délivrée en application du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code dans sa rédaction applicable : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. / () ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code dans sa rédaction applicable : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. " Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code dans sa rédaction applicable : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / () / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la société CE2I a présenté auprès de la DIRECCTE le 17 septembre 2020 une demande tendant à la délivrance d'une autorisation de travail au profit de M. C dont il est constant qu'elle était dépourvue des pièces attestant de la qualification professionnelle de celui-ci. Il ressort de la décision de cette direction du 17 décembre 2020, rejetant comme irrecevable cette demande, et qui n'est pas remise en cause sur ce point, que cette société s'est abstenue, malgré deux courriers des 8 octobre et 24 novembre 2020 l'y invitant, de produire les documents manquants. Si le requérant soutient qu'une nouvelle demande de pièces aurait dû lui être adressée, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'il aurait dû, à peine d'irrégularité de la procédure suivie, être destinataire de cette demande, destinée à l'entreprise qui devait le recruter, ni que le préfet devait, si l'employeur ne répondait pas à la demande qui lui était faite, lui relayer cette demande. Les dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont se prévaut le requérant, obligent de manière générale l'administration à inviter tout demandeur à compléter sa demande lorsque celle-ci ne comporte pas toutes les pièces ou informations exigées par les textes législatifs ou réglementaires. Ces dispositions ne trouvaient pas à s'appliquer au cas d'espèce où la DIRECCTE faisait usage, auprès de l'employeur de M. C, de son pouvoir d'instruction, et alors que le préfet n'a pas opposé au requérant le caractère incomplet de sa demande. Par suite, le moyen inopérant tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de la motivation de l'arrêté litigieux qui mentionne, outre la décision de la DIRECCTE du 17 décembre 2020, les pièces que M. C a communiquées au préfet, que ce dernier se serait considéré en situation de compétence liée eu égard à cette décision. Le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux doit en conséquence être écarté.
6. En quatrième lieu, si le DIRECCTE, agissant sur délégation de signature du préfet du Nord, refuse la délivrance d'une autorisation de travail, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet examine lui-même la demande d'autorisation de travail au regard notamment des éléments nouveaux qui lui seraient transmis par le demandeur du titre avant d'édicter l'arrêté se prononçant sur cette demande. Si M. C produit à l'appui de sa requête des documents ayant fait défaut au cours de l'instruction menée par la DIRECCTE, à savoir notamment son curriculum vitae et ses diplômes universitaires, il n'établit pas ni même n'allègue avoir transmis ces pièces au préfet préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a été mis à même d'accorder une autorisation de travail postérieurement à la décision de la DIRECCTE. Il n'appartient en outre pas au juge de l'excès de pouvoir, dans un litige étranger à la décision refusant le bénéfice d'une autorisation de travail, d'accorder une telle autorisation dont la possession constitue une condition de fond à l'obtention du titre sollicité. Par suite, en l'absence du visa de l'autorité française du contrat à durée indéterminée conclu par le requérant avec la société CE2I prévu par les stipulations précitées de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur de droit, refuser de délivrer le titre sollicité. Le moyen tiré d'une telle erreur doit en conséquence être écarté.
7. En cinquième et dernier lieu, si M. C soutient, en se prévalant de plusieurs offres d'embauche, que la décision du préfet porte à sa situation professionnelle une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi, il n'établit pas ni même n'allègue qu'il lui serait impossible de s'insérer professionnellement dans son pays d'origine. Le préfet ne saurait en conséquence être regardé comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la décision en litige : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () / 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / () ".
9. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Aux termes de l'article 51 de la même Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. / () ".
10. Il résulte en premier lieu de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration, s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
11. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français assortie ou non d'un délai de départ volontaire qu'elle fixe, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision fixant le délai de départ volontaire, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.
12. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
13. M. C ayant été en mesure de présenter des observations pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier de la motivation de l'arrêté litigieux qui se fonde, outre les éléments relevés dans le cadre de la décision de refus de titre, sur l'absence de cause de nature à interdire que soit prise à l'égard du requérant une mesure d'éloignement, que le préfet n'aurait pas porté sur sa situation un examen sérieux. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
17. Il est constant que M. C est entré sur le territoire français le 4 septembre 2013 et s'y est régulièrement maintenu jusqu'à la date de l'arrêté litigieux, soit sur une période de plus de huit ans et demie au cours de laquelle il a effectué ses études supérieures et a entamé son parcours professionnel. Il n'établit cependant pas ni même n'allègue avoir créé sur le sol français des relations d'une particulière intensité. Il est en outre constant qu'aucun membre de la famille de M. C ne se trouve sur le sol français alors qu'il n'allègue pas avoir rompu tout lien avec ses parents qui sont présents au Sénégal selon les motifs de l'arrêté litigieux non remis en cause sur ce point. Par suite, le requérant ne saurait être regardé comme étant isolé à son retour dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de 21 ans. Ainsi, la décision litigieuse n'a pas porté au droit du requérant à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen présenté en ce sens doit en conséquence être écarté.
18. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa situation professionnelle. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
19. Aux termes du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " () L'obligation de quitter le territoire français fixe le pays à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. "
20. La décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision portant fixation du pays de destination a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () / Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () ".
22. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement desquelles la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise ne sont pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachées d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
23. En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé plus haut que la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant à une vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens présentés en ce sens doivent par suite être écartés.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C, qui n'a présenté aucun moyen relatif à la légalité de la décision portant fixation du délai de départ volontaire, n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Ainsi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense, les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonctions doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / () ".
26. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil du requérant de la somme sollicitée par celui-ci sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Abdoulaye Doro C, au préfet du Nord et à Me Marseille.
Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président,
M. Vincent Fougères, premier conseiller,
Mme Marion Varenne, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. FOUGÈRES
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026