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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205739

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205739

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205739
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2022, M. F E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte grave et manifestement disproportionnée à sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

-elle est entachée d'incompétence de son signataire

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est entachée d'incompétence de son signataire

-elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grard, magistrate désignée,

- les observations de Me Laporte, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête et y adjoint des conclusions à fins d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 200 euros, à verser au conseil de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; elle reprend les moyens invoqués dans la requête et soutient, en outre, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que lors de son audition, M. E n'a pas compris la procédure, qui s'est tenue dans une langue qu'il ne comprend pas, et n'a pas pu correctement répondre aux questions qui lui étaient posées et que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;

- les observations de M. E, assisté de M. C, interprète assermenté en langue tamoul ;

- les observations de Me Bazziz, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. F E, ressortissant indien, né le 9 avril 1997, a été interpelé le 26 juillet 2022 démuni de tout document justifiant de son droit au séjour sur le territoire français. Par un arrêté du 26 juillet 2022, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. E demande au tribunal d'annuler l'arrêté préfectoral du 26 juillet 2022.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D B, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En second lieu, les décisions attaquées énoncent avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. E.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". Par ailleurs, l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".

8. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a autorisé à entrer ou l'a admis au séjour sur son territoire, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France irrégulièrement et n'y a pas obtenu de titre de séjour. Il entre ainsi dans le cas où, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. S'il ressort des pièces du dossier que M. E disposait d'un visa C court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles en Inde, valide jusqu'au 28 août 2022 pour une durée de 30 jours, il ressort du procès-verbal d'audition du 26 juillet 2022, qu'il n'a pas demandé à rejoindre l'Espagne mais l'Inde. Dans ces conditions, le préfet, à qui il était loisible de mettre en œuvre, soit la procédure de remise en Espagne, soit la procédure d'obligation de quitter le territoire français, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 621-1 en n'examinant pas la possibilité d'éloigner prioritairement M. E vers l'Espagne, ni entaché sa décision d'une erreur de base légale.

10. En troisième lieu, en se bornant à se prévaloir d'un visa d'entrée dans l'Espace Schengen valable jusqu'au 28 août 2022, délivré par l'Espagne, M. E n'établit pas que le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une atteinte grave et manifestement disproportionnée à sa situation personnelle.

11. En dernier lieu, une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

12. Si le requérant soutient que l'absence d'interprète en langue tamoul ne lui a pas permis de comprendre ce qui lui était demandé lors de son audition le 26 juillet 2022, il ressort des pièces du dossier que son audition s'est déroulée avec l'assistance d'un interprète en langue anglaise, que, aux termes du procès-verbal de notification de placement en retenue du 26 juillet 2022, il comprend et dans laquelle il s'est exprimé lors de son interpellation sur la commune de Grande-Synthe le même jour. Au demeurant, M. E ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement en litige et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être préalablement entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

16. Si M. E allègue disposer de garanties de représentions suffisantes dès lors qu'il était hébergé par un cousin, il ne l'établit pas et il ressort du procès-verbal de son audition qu'il avait alors déclaré être hébergé à Paris chez un ami dont l'adresse lui était inconnue. Il ne justifiait dès lors pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par ailleurs, la circonstance qu'il disposait d'une assurance voyage et rapatriement et d'un billet de retour pour l'Inde le 29 juillet 2022 est sans incidence sur ses garanties de représentation. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

18. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () ".

20. La seule circonstance que le requérant soit titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles en cours de validité à la date de la décision attaquée ne faisait pas obstacle à ce que le préfet fixe, en application des dispositions précitées, le pays dont il a la nationalité comme pays de destination, qu'il avait, au demeurant lors de son audition, demandé à rejoindre par ses propres moyens. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 621-1 du même code, précitées, doivent être rejetés.

21. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

23. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

24. Si, ainsi que le fait valoir M. E, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré sur le territoire français quatre jours avant l'édiction de la décision attaquée, soit très récemment, et qu'il n'établit pas y avoir de liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il est en possession d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles ne suffit pas à établir qu'il aurait par ailleurs établi sa vie privée et familiale dans un Etat de l'Espace Schengen. Dans ces conditions, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet du Nord n'a entaché sa décision ni d'une erreur manifeste d'appréciation, ni de disproportion. Les moyens doivent, dès lors, être écartés.

25. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

26. Il résulte de ce qui a été dit au point 24 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

27. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles, présentées par son avocate, relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G, à Me Laporte et au préfet du Nord.

Prononcé à l'audience publique le 5 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé,

E. A La greffière,

Signé,

G. GREGOIRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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