lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205960 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 août 2022 et le 22 septembre 2022, M. G A D, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces mêmes dispositions ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors que la décision portant refus d'admission au séjour est illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant marocain né le 8 juillet 2000, a obtenu le 16 juillet 2018 un visa de type D portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 16 juillet 2019. Il a ensuite obtenu un titre de séjour pluriannuel portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 16 octobre 2021. Le 27 septembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la requête susvisée, M. A D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet du Nord et par délégation, par Mme C B de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux du droit des étrangers, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil n° 151 des actes administratifs des services de l'Etat dans le Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.
3. En second lieu, les décisions attaquées refusant un titre de séjour, fixant le pays de destination et octroyant un délai de départ volontaire de trente jours mentionnent tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour les édicter. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant étant prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions précitées doit être écarté.
Sur le refus de renouvellement du titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année universitaire 2018-2019, M. A D a validé sa première année de licence de sciences politiques à l'Université Catholique de Lille. Il s'est ensuite inscrit en deuxième année mais a été ajourné à l'issue de l'année universitaire 2019-2020. Bien que disposant d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 16 octobre 2021, le requérant n'a pas suivi de formation durant l'année 2020-2021. Il a par la suite repris ses études en première année de droit à l'Université Catholique de Lille et a validé cette première année en juillet 2022. Si M. A D fait valoir qu'il est rentré au Maroc en mars 2020 juste avant la fermeture des frontières en raison de la pandémie de Covid-19, qu'il a ensuite souffert d'une dépression, que son père est tombé gravement malade et qu'il a dû s'occuper de ses frères et sœurs mineurs dès lors que leur mère a dû rechercher un emploi afin de subvenir aux besoins de sa famille, ces circonstances ne sauraient justifier une absence totale de progression de l'intéressé dans ses études pendant deux ans, caractérisée par un échec en 2019-2020 et une absence de suivi de formation en 2020-2021. Le certificat médical relatif à son état de santé ne fait ainsi mention d'un suivi pour une dépression que pour la seule période de mars 2020 à septembre 2020 et le requérant n'établit pas non plus qu'il était dans l'impossibilité de reprendre des études durant l'année 2020-2021 du seul fait des contraintes familiales liées à la garde de ses frères et sœurs. A l'issue des quatre dernières années universitaires, M. A D n'a donc obtenu aucun diplôme et n'a validé que deux premières années de licence. Dans ces circonstances, il ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études sur l'ensemble de cette période. Par suite, et en dépit du fait que le requérant poursuit pour l'année scolaire 2022-2023 sa deuxième année de licence de droit à l'Université Catholique de Lille, le préfet du Nord en refusant de renouveler son titre de séjour, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A D est entré en France pour la dernière fois très récemment, durant le mois de juillet 2021, soit depuis un an à la date de la décision attaquée, après y avoir séjourné régulièrement durant dix-huit mois entre le mois d'août 2018 et le mois de mars 2020. Il apparaît en outre que M. A D est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches au Maroc où résident encore ses parents ainsi que ses frères et sœurs et où il a lui-même passé la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, en dépit de la présence en France de son oncle et des liens amicaux qu'il a tissé sur le territoire français, le refus de délivrance du titre de séjour litigieux n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A D au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. A D préalablement à l'édiction de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour doit être écarté.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
12. En l'espèce, M. A D n'établit pas l'existence de circonstances particulières impliquant pour le préfet de lui accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours afin de finir son année universitaire 2021-2022, celle-ci étant achevée à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit dès lors être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 721-4 de ce code : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
15. M. A D soutient que la décision du préfet fixant le Maroc comme pays de destination méconnaît ces dispositions en tant qu'il sera, dans son pays d'origine, exposé à des traitements inhumains et dégradants en raison de son orientation sexuelle. Toutefois, en se bornant à produire divers articles de presse, le requérant n'établit pas être personnellement exposé aux risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine et ne produit pas d'élément précis et circonstanciés permettant d'établir qu'il aurait été ou qu'il serait exposé à de tels traitements, alors qu'il a vécu au Maroc la majeure partie de sa vie et qu'il y est retourné en mars 2020 pour une période de dix-sept mois. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A D, à Me Rivière et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- Mme Grard, première conseillère,
- M. Liénard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
Le rapporteur,
Signé
Q. LIENARD
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026