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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206159

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206159

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

Sur la légalité des décisions en litige :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elle sont insuffisamment motivées ;

- elle ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale.

Sur la légalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite.

Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. B pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B, magistrat désignée

- les observations de Me Laporte, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que M. A soutient que s'il est entré en France irrégulièrement il y a quatre ans, il travaille depuis quatorze mois en Allemagne où il a formulé une demande de titre et où il travaille et réside ;

- les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien, déclare être présent en France depuis quatre ans. Par un arrêté du 10 août 2022, dont l'annulation est demandée, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. . Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 5 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer les décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions en litige, qui n'avaient pas à mentionner tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé, énoncent de manière suffisamment détaillée les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de ce que la notification des décisions querellées n'aurait pas été effectuée dans une langue qu'il comprenait, cet élément étant seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressé à l'encontre de cette décision. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A a pu bénéficier d'un interprète en langue arabe, langue qu'il indique comprendre.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors qu'il réside en Allemagne depuis quatorze mois et qu'il y est salarié. Il ajoute qu'une partie de sa famille est présente en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident une partie de sa famille. Dans ces conditions, faute d'établir la réalité du séjour en Allemagne dont il fait état lors de l'audience, la préfète de l'Oise n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5."

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente, qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il a tenté de dissimulé son identité. Par suite, la préfète de l'Oise a pu, sans erreur de droit estimer qu'existait, au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Oise lui a refusé l'octroi d'un délai départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

12. En dépit de ses allégation, M. A n'établit pas être personnellement et actuellement exposé au risque de subir dans son pays d'origine des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la préfète de l'Oise fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Si M. A invoque une erreur manifeste d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui a été infligée, ce moyen est dépourvu de précision permettant d'en apprécier la portée.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la préfète de l'Oise portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 août 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Laporte et à la préfète de l'Oise.

Lu en audience publique le 18 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé,

A. B

La greffière,

Signé,

F. JANET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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