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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2206679

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2206679

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2206679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Delgorgue, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le président de la Métropole européenne de Lille a exercé le droit de préemption sur les parcelles cadastrées section AB 103 et 104 situées à Quesnoy-sur-Deûle ;

2°) de mettre à la charge de la Métropole européenne de Lille le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

Sur l'urgence, que :

- eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision ; cette présomption d'urgence ne peut être renversée que dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple, s'agissant du droit de préemption urbain, à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle n'a pas été notifiée aux vendeurs dans le délai requis par les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dans la mesure où la délibération du 12 décembre 2019 par laquelle le conseil métropolitain a confirmé et étendu le droit de préemption urbain n'était pas exécutoire, en l'absence d'accomplissement des formalités prévues aux articles R. 211-2, R. 211-3 et R. 211-4 du code de l'urbanisme ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la commune ne justifie pas de l'existence, à la date de la décision en litige, d'un projet suffisamment précis et certain au sens de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la métropole européenne de Lille, représentée par Me Vamour, conclut au rejet de la requête et à la mise à charge de la requérante de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 19 septembre 2022 à 10h30 heures, en présence de M. Potet, greffier :

- le rapport de M. Robbe, juge des référés ;

- les observations de Me Delgorgue, représentant M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; elle développe son moyen tiré de ce que la décision en litige n'a pas été notifiée aux vendeurs dans le délai requis par les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme en rappellant que la déclaration d'intention d'aliéner notifiée à la métropole européenne de Lille, relative à la vente par MM B de leurs parcelles, comportait la seule indication de ce que les décisions relatives à l'exercice du droit de préemption devaient être notifiées à l'adresse de Me Hervé Kindt, notaire chargé de la vente, chez lequel les vendeurs faisaient élection de domicile, alors que la décision en litige a été signifiée à Me Saint-Michel, notaire, peu important à cet égard que ces deux notaires sont associés au sein de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) " Office notarial de Quesnoy-sur-Deûle ", et que la signature apposée sur cette déclaration d'intention d'aliéner comporte le tampon de cette société ; elle développe son moyen tiré de ce que la délibération du 12 décembre 2019 n'était pas exécutoire, en soutenant qu'aucun certificat d'affichage n'est produit en ce qui concerne la commune de Marquillies et qu'aucun des certificats versés au dossier ne mentionne la durée de l'affichage ; elle développe son moyen tiré de ce que la décision en litige n'est pas suffisamment motivée en soutenant qu'il n'y est fait mention ni programme local de l'habitat ni des objectifs du plan local d'urbanisme 2 en termes de logements sociaux ; elle indique enfin que la commune de Quesnoy-sur-Deûle dispose déjà de deux emplacements réservés aux logements, et que les parcelles en cause ne sont pas adaptées au projet ;

- les observations de Me Thoor, substituant Me Vamour, représentant la métropole européenne de Lille, qui reprend les conclusions et arguments du mémoire en défense ; il fait valoir, en réponse au moyen tiré de ce que la décision en litige n'a pas été notifiée aux vendeurs dans le délai requis par les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, que la signification de cette décision est régulière, le notaire auprès duquel cette signification a été faite agissant en qualité d'associé d'une personne morale, soit la SELARL " Office notarial de Quesnoy-sur-Deûle " ; il fait valoir, en réponse au moyen tiré du caractère non exécutoire de la délibération du 12 décembre 2019, que l'affichage en mairie n'a pas à être établie pour l'ensemble des communes composant la métropole, dès lors que cette preuve a été apportée en ce qui concerne la commune de Quesnoy-sur-Deûle, et que, les certificats ayant été produits, c'est au requérant d'établir que la durée d'affichage n'aurait pas été respectée ; il fait valoir, en réponse au moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige, que celle-ci doit seulement mentionner la nature du projet pour lequel le droit de préemption est exercé, la motivation de cette décision allant au-delà de cette exigence ; enfin, il faut valoir que, contrairement à ce qui est soutenu, la métropole justifie de l'existence, à la date de la décision en litige, d'un projet suffisamment précis et certain au sens de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, l'existence d'emplacements réservés n'ayant pas pour objet de limiter aux parcelles afférentes le développement des logements sociaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour la métropole européenne de Lille, représentée par Me Vamour, a été enregistrée le 21 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

2. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets pour l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple, s'agissant du droit de préemption urbain, à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. La métropole européenne de Lille ne justifie d'aucune circonstance particulière la nécessité pour elle de réaliser immédiatement le projet qui a motivé l'exercice du droit de préemption. Dans ces conditions, la condition d'urgence énoncée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie

3. Cependant, au regard en particulier des éléments versés en défense par la métropole européenne de Lille, M. C ne justifie en l'état de l'instruction d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole européenne de Lille, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C réclame au titre des frais liés au litige.

6. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de la métropole européenne de Lille les frais exposés par elle dans la présente instance et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole européenne de Lille au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la métropole européenne de Lille.

Fait à Lille, le 22 septembre 2022.

Le juge des référés,

signé

J ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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