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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2207846

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2207846

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2207846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 octobre 2022 et le 31 mars 2023, M. A B, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de ce dernier à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions du titre III du protocole du 22 décembre 1985 modifié annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il justifie du caractère réel et sérieux des études qu'il poursuit ;

- elle a été prise en violation du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale car fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale car elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale car fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Leguin été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 27 juillet 1999 à Bejaia (Algérie), est entré en France sous couvert d'un visa étudiant le 15 août 2019 puis a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ", régulièrement renouvelé jusqu'au 23 décembre 2021. Il a sollicité le 3 décembre 2021 le renouvellement de ce titre pour une durée d'une année. Par un arrêté du 7 octobre 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en visant notamment les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et plus particulièrement le titre III de son protocole du 22 décembre 1985, les articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles L. 611-1, L. 612-8 et L. 612-10 de ce code, et en faisant état de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, des conditions de sa scolarité, de sa situation familiale et de ses attaches dans son pays d'origine. S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Nord a pris en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer la durée de cette interdiction à un an. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

4. En premier lieu, aux termes du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou "stagiaire". / (). ". Ces dispositions permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est inscrit en deuxième année de licence mention " Métier du management " au titre de l'année universitaire 2019/2020 au sein de l'université d'Artois. Après avoir été ajourné au titre des deux sessions avec une moyenne de 02,164/20 pour la deuxième session, il indique s'être réorienté au titre de l'année 2020/2021 en s'inscrivant en première année de licence STAPS " Activité physique adaptée et santé " au sein de l'université de Lille mais ne s'est pas présenté aux examens terminaux. Il s'est inscrit ensuite en première année de brevet technique supérieur (BTS) " management commercial opérationnel " au titre de l'année 2021/2022, année qu'il a validée. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, M. B ne justifie de l'obtention d'aucun diplôme et le nouveau cursus poursuivi ne constitue pas une réelle progression dans ses études et ne s'inscrit pas de manière cohérente dans son parcours. Si M. B fait état de difficultés liées aux conséquences du Covid 19, l'extrême faiblesse de ses résultats universitaires est en tout état de cause antérieure au déclenchement de la pandémie et s'il fait valoir qu'il est désormais un étudiant assidu, l'ensemble des attestations produites visent une situation postérieure à la décision en litige. Par suite, en prenant la décision contestée, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des stipulations du titre III du protocole précité.

6. En deuxième lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il en résulte que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié à l'article L. 423-23 de ce code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Nord de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiales, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B, qui ne réside en France que depuis trois ans à la date de la décision en litige, et à raison des études poursuivies, est célibataire et sans enfant à charge. Il ne justifie pas de l'intensité des liens qui l'uniraient à ses cousins et oncles résidents français, ni n'établit avoir tissé en France des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 20 ans et où résident ses parents. Dès lors, compte tenu des conditions et de la durée du séjour en France de l'intéressé, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs et compte tenu de ce qui a été dit au point 5, il n'a pas davantage entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence et la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement desquelles la décision portant fixation du pays de destination est fondée ne sont pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachées d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé ci-dessus notamment au point 8 que la décision litigieuse ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à la situation du requérant ou à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché d'une erreur d'appréciation dans ses conséquences. Les moyens présentés en ce sens doivent en conséquence être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est fondée n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, pour fixer la durée d'interdiction de retour prise à l'encontre de M. B, le préfet du Nord a tenu compte de sa durée de présence en France et du peu de liens que l'intéressé y avait développé, et a considéré qu'une durée d'un an était appropriée, compte tenu de la double circonstance que le requérant ne représentait pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'avait fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement auparavant. M. B, pour sa part, se borne à soutenir sans autre précision que la décision emporterait des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, il n'apparait pas que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de la présente requête doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2024.

La présidente - rapporteure,

Signé

A-M. LEGUIN

Le magistrat (plus ancien

dans l'ordre du tableau)

Signé

J. BORGET

La greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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