mercredi 9 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208431 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | MARSEILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, Mme B C A, représentée par Me Marseille, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de l'orienter ainsi que ses enfants vers une structure d'hébergement d'urgence dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de mettre cette même somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est satisfaite en ce qu'elle se trouve sans aucune solution d'hébergement et contrainte de vivre dans la rue avec ses enfants âgés de cinq et trois ans ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence tel que garanti par les articles L.345-2-2 et L.345-2-3 code de l'action sociale et des familles, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles
L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " ; et aux termes de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".
2. Mme C A a présenté une demande d'asile et elle a pu, à ce titre, bénéficier d'un hébergement au sein de l'Huda Adoma de Dunkerque. Par une décision du 5 avril 2022, notifiée le 11 avril 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a signifié sa sortie de ce lieu en raison du rejet définitif de sa demande d'asile et par courrier du 18 mai 2022, notifié le 19 du même mois, Mme C A a été mise en demeure par le préfet du Nord de quitter le logement occupé dans le délai de quinze jours suivant cette notification. Cette demande a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 mars 2022, notifiée le 6 avril 2022. Les demandes d'asile de ses deux enfants mineurs qui l'accompagnent ont également été rejetées par des décisions du directeur de l'OFPRA des 19 septembre 2021 et 31 mars 2022, notifiées respectivement les 28 septembre 2021 et 11 avril 2022. Il ne résulte pas de l'instruction que ces décisions auraient été contestées devant la CNDA. Mme C A s'étant maintenue dans les locaux du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, le juge des référés du tribunal de céans a, par ordonnance n°2207657 du 18 octobre 2022, fait droit à la demande d'expulsion présentée par le préfet du Nord. Par sa requête, Mme C A présente une demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, au préfet du Nord de l'orienter vers une structure d'hébergement d'urgence dans les 24 heures de la notification de ladite ordonnance.
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. " ; aux termes enfin de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C A et ses enfants auraient effectivement quitté son lieu d'hébergement. Le seul fait que le juge des référés du tribunal de céans lui ait enjoint, par une ordonnance en date du 18 octobre 2022, de quitter, sans délai, son hébergement ne suffit pas, à lui-seul, à établir que le préfet envisagerait de procéder effectivement à son expulsion. Ainsi, Mme C A qui ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle-même et ses enfants seraient, à très brève échéance, susceptibles d'être expulsés de leur lieu d'hébergement, ne justifie pas d'une décision du préfet susceptible d'avoir porté ou de porter, dans un avenir imminent, une atteinte grave et manifestement illégale à une de ses libertés fondamentales. Par ailleurs, comme il a été dit au point 2, il résulte de l'instruction que la demande d'asile présentée par Mme C A a été définitivement rejetée ainsi que celles présentées pour le compte de ses deux enfants mineurs. Si la requérante fait valoir que, d'une part, ses deux enfants l'accompagnant ne sont âgés que de cinq et deux ans dont l'un d'eux est traité pour de l'asthme et, d'autre part, qu'elle est également suivi médicalement pour un syndrome dépressif et serait atteinte d'une infection au virus de l'hépatite B, sans d'ailleurs que les résultats d'analyses biologiques produits n'établissent l'existence d'une infection à ce virus récente et non guérie, ces éléments ne caractérisent pas à eux-seuls une situation de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, Mme C A n'établit pas qu'elle se trouve dans une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L.521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du même code, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et au titre de l'aide juridictionnelle provisoire et des dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C A, à Me Marseille, et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 9 novembre 2022.
Le juge des référés,
Signé
P. LASSAUX
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2208431
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026