mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2208444 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VERGNOLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 7 novembre 2022 et 24 janvier 2023, M. B C E H demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais en date du 5 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé son maintien en rétention administrative à la suite de sa demande d'asile formée en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour conformément à l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
4°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de lui permettre de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ou de la Cour nationale du droit d'asile ;
Il soutient que :
Sur l'arrêté du 5 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires.
Sur l'arrêté du 19 janvier 2023 portant maintien en rétention administrative :
- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ;
- les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont incompatibles avec les dispositions de l'article 8 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa demande d'asile ne revêt pas un caractère dilatoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2022 sont irrecevables dès lors qu'elles ne comportent l'exposé d'aucun moyen ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn, magistrat désigné ;
- les observations de Me Vergnole, représentant de M. C E H, qui demande que l'aide juridictionnelle totale soit accordée à titre provisoire à l'intéressé et invoque à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français les moyens nouveaux de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des articles L.541-1, L.542-1 et R.532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle ajoute également à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2022 en tant qu'il refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire le moyen tiré de l'erreur d'appréciation en l'absence de menace à l'ordre public ; elle avance en outre à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2022 en tant qu'il fixe une interdiction de retour sur le territoire français que cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation en l'absence de menace à l'ordre public ; elle ajoute enfin, à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 que le maintien en rétention est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que sa demande d'asile ne revêt pas un caractère dilatoire en raison de l'élément nouveau tiré de son état psychiatrique et de son changement de religion et reprend les autres moyens invoqués dans les écritures du requérant qu'elle développe ;
- les observations orales de M. C E H, assisté par Mme D interprète assermentée en langue arabe ;
- les observations de Me Matondo, représentant la préfecture du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E H, ressortissant soudanais né le 17 décembre 1999 à Darfour (Soudan) s'est vu notifier le 5 novembre 2022, un arrêté du même jour portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par un jugement du 21 novembre 2022, le tribunal correctionnel de Boulogne sur mer a condamné M. C E à trois mois d'emprisonnement et à une interdiction du territoire français d'une durée de deux ans pour destruction de bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes. M. C E a, par décision du 14 janvier 2023, jour de sa levée d'écrou, été placé en rétention. Par une décision du 19 janvier 2023, le préfet du Pas-de-Calais a décidé de son maintien en rétention après qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande de protection des autorités françaises au titre de l'asile.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président./ () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C E H au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais :
4. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. " Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () / Lorsque le délai est de quarante-huit heures ou de quinze jours, le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire peut présenter des moyens même après l'expiration du délai de recours.
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant dont l'obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, a présenté des conclusions dans sa requête enregistrée le 7 novembre 2022 et des moyens dans ses mémoires complémentaires enregistrés le 24 janvier 2023. Dès lors, contrairement à ce que soutient le préfet, la requête de M. C E est recevable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2022 :
7. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Et aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Il résulte notamment de ces dispositions que le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, le cas échéant, de celle de la Cour nationale du droit d'asile. Par voie de conséquence, les dispositions précitées font obstacle à ce que le préfet fasse usage des pouvoirs que lui confère le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en matière d'éloignement des étrangers en situation irrégulière tant que l'étranger, demandeur d'asile, bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. C E H a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 9 février 2022. Cette demande d'asile a été définitivement rejetée par l'OFPRA le 28 juin 2022 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 31 octobre 2022. Cette dernière décision n'a été notifiée à l'intéressé que le 17 novembre 2022, soit postérieurement à l'édiction de la mesure d'éloignement contestée. Par suite, M. C E H est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement prendre à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire avant la notification de de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C E H est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Eu égard au motif d'annulation et au jugement du 21 novembre 2022 par lequel le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer a condamné M. C E H à une interdiction du territoire français d'une durée de deux ans, la présente annulation de l'arrêté du 5 novembre 2022 n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions aux fins d'injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 :
10. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2022-10-38 du 8 juillet 2022, publié le 9 juillet 2022 au recueil spécial n° 83 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. F G, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Ainsi, le moyen d'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ./Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée./
A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ". Et aux termes de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres ne peuvent placer une personne en rétention au seul motif qu'elle est un demandeur conformément à la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. / 2. Lorsque cela s'avère nécessaire et sur la base d'une appréciation au cas par cas, les États membres peuvent placer un demandeur en rétention, si d'autres mesures moins coercitives ne peuvent être efficacement appliquées. / 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que : / () / d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour ; / () / 4. Les motifs du placement en rétention sont définis par le droit national () ".
12. S'il incombe aux États membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par le 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du paragraphe 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne détermine pas une liste des critères objectifs permettant à l'autorité administrative d'estimer qu'une demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut qu'être écarté.
13. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que pour maintenir en rétention administrative M. C E H à la suite de sa demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 19 janvier 2023, le préfet s'est fondé sur les circonstances que la précédente demande d'asile de M. C E H a été rejetée par une décision du 28 juin 2022 de l'OFPRA, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 31 octobre 2022, que M. C E H a été condamné le 21 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer à une interdiction du territoire français d'une durée de deux ans pour destruction de bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, qu'il n'a pas formulé, au cours de sa détention du 19 novembre 2022 au 14 janvier 2023, de demande réexamen de sa demande d'asile et que sa demande de réexamen est intervenue après cinq jours de rétention administrative et plusieurs refus de coopérer avec les autorités soudanaises au cours d'audition organisées dans le but de l'identifier. Si le requérant se prévaut d'avoir demandé aux accompagnateurs juridiques du centre pénitentiaire de Longuenesse de pouvoir reformuler une demande d'asile et d'avoir formulé une demande d'asile dès le premier jour de sa rétention administrative, il n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses allégations. En outre, ni la pathologie psychiatrique du requérant, au demeurant non établie par le compte-rendu de passage aux urgence du 16 janvier 2023 produit par le requérant, ni la tentative de phlébotomie du même jour, ni la circonstance non établie qu'une incompréhension avec les interprètes de l'OFPRA ne lui aurait pas permis de faire correctement état de sa situation ne sont pas de nature à contester sérieusement le caractère dilatoire de la demande de réexamen de sa demande d'asile. Enfin, M. C E H a indiqué à l'audience que sa conversion au christianisme est ancienne de sorte qu'elle ne saurait constituer une crainte nouvelle en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur d'appréciation quant au caractère dilatoire de sa demande d'asile ainsi que de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a maintenu en rétention administrative. Doivent être rejetées par voie de conséquence ses conclusions à fin de délivrance d'une attestation de demande d'asile lui permettant de se maintenir sur le territoire français.
D E C I D E :
Article 1er : M. C E H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Pas-de-Calais en date du 5 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C E H est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C E H, à Me Vergnole et au préfet du Pas-de-Calais.
Lu en audience publique le 25 janvier 2023.
Le magistrat,
Signé
J. A
La greffière,
Signé
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026