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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301080

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301080

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2023, M. A B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur ce territoire pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence " auto-entrepreneur / commerçant " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, l'avis de passage du facteur ne lui ayant été remis que le 30 janvier 2023 ;

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation des articles 5 et 7c) de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait l'article 7a) de l'accord franco-algérien ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 13 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leguin,

- et les observations de Me Nadji, substituant Me Danset-Vergoten, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 13 octobre 1992, est entré en France le 17 août 2019, sous couvert d'un visa délivré en qualité d'étudiant valable du 15 août au 13 novembre 2019. Il s'est ensuite vu délivrer un certificat de résidence en cette même qualité, valable du 14 novembre 2019 au 13 novembre 2020, régulièrement renouvelé jusqu'au 13 novembre 2021. Le requérant a sollicité le 27 août 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de " commerçant ". Par un arrêté du 23 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, a abrogé le récépissé de titre de séjour détenu par M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'une année.

Sur la fin de non-revoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ".

3. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, qui porte la mention des voies et délais de recours, a été adressé à M. B par lettre recommandée avec avis de réception à l'adresse " Logement 130, 3 rue Guy de Maupassant, 59000 Lille " et que ce pli recommandé a été retourné assorti de la mention " pli avisé et non réclamé " à l'expéditeur le 13 décembre 2022. Toutefois, M. B produit une attestation sur l'honneur du gardien de la résidence étudiante qui établit que l'avis de passage, déposé à l'accueil de la résidence, a été à tort déposé dans une caisse destinée à recueillir les courriers adressés aux étudiants ayant quitté la résidence et qu'il n'a par conséquent pas été remis à l'intéressé. Ainsi, M. B doit être regardé comme ayant reçu notification de l'arrêté litigieux le 30 janvier 2023 et la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 de cet accord : " () a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention "visiteur" () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ".

6. Les stipulations précitées de l'accord franco-algérien ne subordonnent pas la première délivrance du certificat de résidence algérien en vue de l'exercice d'une activité professionnelle autre que salariée à la démonstration du caractère effectif de cette activité, ni à la démonstration de sa viabilité, ni encore à l'existence d'un lien entre cette activité et les études suivies par l'intéressé.

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité un changement de statut en vue d'obtenir un certificat de résidence en qualité de commerçant, dans le but d'exercer son activité professionnelle sous le statut d'auto-entrepreneur. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que l'entreprise de l'intéressé, qui porte sur la livraison à domicile, le nettoyage courant des bâtiments et l'achat vente en ligne de matériel de technologie, constitue une activité professionnelle soumise à autorisation au sens des stipulations précitées, dès lors qu'elle doit faire l'objet d'une immatriculation au répertoire des sociétés, formalité accomplie par l'intéressé le 12 juillet 2021. Sa situation relève, par suite, par renvoi de l'article 5 de l'accord franco-algérien, du champ d'application des stipulations de l'article 7c) de cet accord et non de celles de l'article 7a). En faisant application à l'intéressé de ces dernières stipulations, alors qu'il ne ressort au demeurant d'aucune pièce du dossier qu'il aurait sollicité un certificat de résidence en qualité de visiteur, le préfet du Nord a commis une erreur de droit.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord s'est notamment fondé pour prendre la décision litigieuse sur la circonstance que l'activité professionnelle de M. B est en inadéquation avec les études qu'il avait suivies sur le territoire français alors que les stipulations de l'accord franco-algérien applicables à l'intéressé ne subordonnent pas l'octroi du certificat de résidence sollicité à une telle condition. Par suite, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une seconde erreur de droit.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision contestée refusant à M. B la délivrance d'un certificat de résidence doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions litigieuses portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur ce même territoire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement implique que le préfet du Nord délivre à M. B un titre de séjour sur le fondement des stipulations des articles 5 et 7c) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 23 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B un certificat de résidence sur le fondement des stipulations des articles 5 et 7c) de l'accord franco-algérien dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Piou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La présidente - rapporteure,

signé

A-M. LEGUIN

Le magistrat (plus ancien

dans l'ordre du tableau)

signé

J. BORGET

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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