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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301172

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301172

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 7, 15 et 16 février 2023, M. C D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 7 février 2023 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est fondée sur une décision d'abrogation de visa illégale au regard des dispositions de l'article R. 312-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; cette décision d'abrogation est insuffisamment motivée, elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale.

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de destination :

- elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Des pièces ont été enregistrées le 8 février 2023 pour le préfet du Nord.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergerat, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cabaret, représentant M. D ;

- les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- les observations de M. D assisté de M. B, interprète assermenté en langue bengali.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 février 2023, le préfet du Nord, qui a placé en rétention administrative M. D, né en 1977, de nationalité indienne, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde et décrit les conditions d'entrée et de séjour du requérant sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". En outre, aux termes de l'article R. 312-9 du même code : " Lorsqu'un étranger est autorisé à séjourner en France sous couvert d'un titre de voyage revêtu d'un visa requis pour les séjours n'excédant pas trois mois, ce visa peut être abrogé par l'autorité préfectorale dans les cas suivants : () 3° Il existe des indices concordants permettant de présumer que l'étranger est entré en France pour s'y établir ou à d'autres fins que celles qui ont justifié la délivrance du visa ; () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour obliger M. D à quitter le territoire français, le préfet du Nord s'est fondé sur l'abrogation, résultant de l'application des dispositions précitées de l'article R. 312-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont expressément citées au sein de la décision attaquée, du visa de type C Etats Schengen délivré au requérant, par les autorités consulaires françaises en Inde, valable du 12 janvier 2023 au 11 juillet 2023, au motif que l'intéressé a détourné les conditions de son visa et est entré en France pour d'autres fins que celles qui en ont justifié la délivrance. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France le 2 février 2023, a été contrôlé le 6 février 2023 en gare d'Hazebrouck à bord d'un train à grande vitesse en provenance de Paris et à destination de Dunkerque en compagnie de trois autres compatriotes. Lors de son audition le même jour, l'intéressé a déclaré être venu en France puis sur Dunkerque pour des motifs touristiques. Toutefois, il ressort également des termes de l'audition que le requérant était démuni de son passeport laissé chez un ami à Paris, qu'il a répondu négativement à la question relative à l'existence d'un document l'autorisant à séjourner ou circuler en France alors qu'il était titulaire d'un visa, qu'il ne disposait pas de ressources financières autres que la somme de 70 euros en espèces et qu'il ne détenait pas de billet de retour pour rejoindre son pays d'origine. Au surplus, il ressort des écritures de l'intéressé et de ses observations orales lors de l'audience que celui-ci serait venu en France en vue de demander l'asile, demande qui aurait été formulée le 9 février 2023 au cours de sa rétention administrative. Toutefois, M. D ne peut justifier de l'existence de cette demande d'asile. Dès lors, c'est à bon droit, au vu de ces éléments et notamment des déclarations équivoques de l'intéressé, que le préfet du Nord a considéré qu'il existait des indices concordants permettant de présumer que le requérant est entré en France pour s'y établir à d'autres fins que les motifs touristiques qui ont justifié la délivrance du visa. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'abrogation du visa serait insuffisamment motivée, entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation. Par conséquent, l'intéressé n'est pas fondé à soulever, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant abrogation du visa délivré.

5. Si M. D fait valoir qu'il a déposé une demande d'asile le 9 février 2023, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il ne peut en justifier. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au vu de cette demande d'asile ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

8. Si M. D soutient qu'il a déposé une demande d'asile au motif qu'en Inde, il est menacé de mort dans un conflit d'ordre privé lié à la propriété de terrains, il n'apporte ni la preuve de dépôt de cette demande d'asile, ni qu'il serait personnellement et directement menacé en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Compte tenu de la situation personnelle de M. D telle qu'elle a été exposée précédemment, ce dernier n'atteste d'aucune circonstance humanitaire qui ferait obstacle à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Nord.

Lu en audience publique le 17 février 2023.

La magistrate désignée,

signé

S. ALe greffier,

signé

H. LEROUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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