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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301342

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301342

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023, M. B A, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions en litige :

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il a été admis au séjour sans que lui soit opposée son entrée irrégulière ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur la détention d'une autorisation de travail ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation à défaut d'avoir mentionné l'Italie.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon,

- et les observations de Me Vergnole, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 21 février 1969, s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", valable du 11 octobre 2018 au 10 octobre 2019, renouvelé jusqu'au 10 octobre 2020. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour du 5 août 2020 a été " classée sans suite ", c'est-à-dire rejetée. M. A a sollicité de nouveau, le 1er avril 2022, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions précitées du 26 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". L'article 9 de ce même accord stipule : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1o ou 2o de l'article L. 411-1. ". L'article L. 426-11 de ce code dispose : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée - UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre État membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable: / 1o La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "entrepreneur/profession libérale" s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 ; / () ".

3. Les dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent, prises pour la transposition de la directive n° 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, sont applicables à un ressortissant algérien titulaire d'une telle carte, dont la situation à cet égard n'est pas régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

4. Enfin, aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants: 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () " Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour. "

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais a considéré que M. A avait demandé le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", dont la validité expirait le 10 octobre 2020, par une demande complète déposée le 1er avril 2022 qui devait, en raison du délai ainsi écoulé depuis la fin de validité de son titre de séjour, être instruite comme une première demande de délivrance du titre sollicité, en application de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour refuser à l'intéressé la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", le préfet du Pas-de-Calais a considéré qu'il ne justifiait pas d'un visa de long séjour tel que requis par la combinaison des stipulations des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien citées au point 3.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un permis de séjour italien mention " soggiornante di lungo periodo-CE " délivré le 16 janvier 2014, titre correspondant à la carte de résident de longue durée - UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée. Par suite, en lui refusant la délivrance du titre sollicité, au motif qu'il ne justifiait pas d'un visa de long séjour, condition qui n'était pas opposable à l'intéressé aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Pas-de-Calais a commis une erreur de droit.

7. En second lieu, pour établir que la décision en litige est légale, le préfet du Pas-de-Calais a invoqué, dans son mémoire en défense, le motif tiré de ce que le requérant ne peut se prévaloir de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas déposé de demande dans le délai, prévu par ces dispositions, de trois mois de son entrée en France. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France, selon ses déclarations, en 2016, a déposé sa demande de titre de séjour au-delà du délai de trois mois suivant son entrée sur le territoire français et en a sollicité le " renouvellement ", en dernier lieu, le 1er avril 2022. Il y a lieu, par suite, de faire droit à la substitution de motifs sollicitée.

8. Cependant, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du code du travail : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet ".

9. Il est constant que M. A s'est vu délivrer, sur délégation du préfet du Pas-de-Calais lui-même, le 30 septembre 2022, une autorisation de travail en qualité de conseiller commercial en automobile au sein de l'entreprise Netklin 62, en contrat à durée indéterminée. M. A justifie, par la production de son contrat de travail à durée indéterminée et des bulletins de salaire à compter de juillet 2021 et y compris jusqu'à la décision attaquée, d'une insertion professionnelle certaine sur le territoire français et, par suite, de la fixation durable de sa vie privée en France. Ainsi, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet du Pas-de-Calais a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire, de la décision portant fixation d'un pays de destination et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur l'injonction :

10. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Pas-de-Calais de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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