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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301348

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301348

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 février 2023 et 10 mai 2023, M. A B, représentée par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 4 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole, avocate de M. B, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions en litige :

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen " sérieux " et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon,

- et les observations de Me Vergnole, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 30 août 2002, a fait l'objet, le 4 septembre 2018, d'une ordonnance du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Paris de placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance, puis, le 31 janvier 2019, d'un jugement du tribunal pour enfants C renouvelant sa prise en charge en qualité de mineur isolé à compter du 31 janvier 2019 jusqu'à sa majorité. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable du 18 mars 2021 au 17 mars 2022. Le 23 février 2022, M. B a demandé le renouvellement de son titre de séjour, en qualité de salarié ou travailleur temporaire à titre principal et, à titre subsidiaire, en qualité d'étudiant. Par des décisions du 4 juillet 2022, le préfet du pas de Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions précitées du 4 juillet 2022.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

2. Les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Elles visent, notamment, les article L. 422-1, L. 433-1, L. 435-3, L. 611-1, L. 612-1, L. 612-12 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet du Pas-de-Calais a fait application. Elles font état des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. La décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement énonce que M. B sera éloigné à destination du pays dont il revendique la nationalité ou d'un autre pays dans lequel il démontrerait être légalement admissible et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains. Ainsi, les décisions en litige mentionnent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France au plus tôt le 4 septembre 2018, à l'âge de seize ans et confié au service de l'aide sociale à l'enfance, en sa qualité de mineur isolé, jusqu'au 30 août 2020, date de sa majorité, a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle mention Monteur en installations thermiques le 5 juillet 2021, ainsi que des diplômes d'études en langue française DELF A1 le 14 décembre 2020 et DELF A2 le 28 juin 2021, formations non qualifiantes. Ni à la date de sa demande, enregistrée le 23 février 2022, soit au-delà de l'année suivant son dix-huitième anniversaire, ni à la date de la décision contestée, M. B ne justifie du suivi d'une formation qualifiante au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. D'autre part, le requérant ne justifie avoir effectué que deux missions d'intérim de quelques jours au mois de décembre 2021 et ne produit qu'une promesse d'embauche datée du 24 mars 2022, en contrat à durée indéterminée au sein de l'entreprise Euro Concept, située à Stains (93) en qualité de peintre, poste de travail sans rapport avec la formation qu'il a suivie, alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande d'autorisation de travail pour cette embauche n'a été formulée. Par ailleurs, s'il produit cinq attestations qui établissent qu'il a noué, en France, des liens d'amitié depuis quelques années, celles-ci sont insuffisantes à démontrer qu'il a développé un réseau social d'une particulière intensité alors que se trouvent, au Pakistan, son oncle et ses parents avec lesquels il avait gardé contact, ainsi qu'il ressort du jugement du tribunal pour enfants C du 31 janvier 2019. Dans ces conditions, et malgré les efforts du requérant dans l'apprentissage de la langue française, son relatif sérieux dans le suivi de ses études et sa bonne intégration au lycée Jacques Le Caron, ainsi qu'il ressort du rapport socio-éducatif en date du 11 janvier 2021, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation globale de l'intéressé au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ".

7. M. B ne justifie d'aucune embauche en contrat à durée indéterminée et n'a pas formulé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions précitées. Le moyen doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. B, entré récemment en France et qui ne justifie pas d'une insertion professionnelle ou de la poursuite d'études sur le territoire français, ne démontre pas avoir développé des liens personnels anciens et d'une particulière intensité. Dès lors, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation du requérant doit être écarté.

10. En quatrième lieu, si M. B soutient qu'il n'a pas été destinataire du courrier électronique en date du 16 mai 2022, adressé par les services de la préfecture à l'adresse qu'il avait renseignée dans sa demande de titre de séjour du 23 février 2022, lui demandant de communiquer les justificatifs de scolarité ou d'emploi pour l'année 2021-2022, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, le requérant ne justifiant ni d'une activité professionnelle ni du suivi d'une formation ou de la poursuite de ses études. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 4 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Vergnole et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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