jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2302002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, Me Rivière, de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de justification d'une délégation de signature du préfet du Nord ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet du Nord lui a opposé l'absence de démarches en vue du renouvellement de son titre de séjour sans tenir compte des blocages techniques qu'elle a rencontrés pour ce faire ;
- le préfet du Nord a méconnu son obligation de loyauté résultant des dispositions de l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de justification d'une délégation de signature du préfet du Nord ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait relative à ses liens personnels et familiaux en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de justification d'une délégation de signature du préfet du Nord ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de justification d'une délégation de signature du préfet du Nord ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'application de ces stipulations ;
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Un mémoire, enregistré le 4 octobre 2023, a été produit pour Mme A.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2023.
Vu :
- l'ordonnance n°2302008 du 27 mars 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Lille par laquelle l'exécution de l'arrêté du 14 novembre 2022, en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, a été suspendue ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante marocaine, est entrée en France le 2 décembre 2016, munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant. Elle s'est vue remettre un titre de séjour " étudiant " régulièrement renouvelé jusqu'au 31 octobre 2021. Le préfet du Nord a enregistré une demande de renouvellement de titre de séjour le 4 octobre 2022. Par un arrêté du 14 novembre 2022, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle a sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français. Par cette requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet du Nord a considéré qu'elle n'avait pas effectué les démarches en vue du renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration de celui-ci, le 31 octobre 2021.
3. Toutefois, en premier lieu, il n'est pas contesté que si le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de lui renouveler son titre de séjour mention " étudiant " pour la période du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021, Mme A n'a jamais été convoquée en préfecture pour se voir remettre le document correspondant. Il n'est pas contesté qu'après maintes sollicitations auprès des services préfectoraux, elle a obtenu le document réclamé le 29 octobre 2021, soit deux jours avant l'expiration de ce titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a tenté, le 29 octobre 2021, de renouveler son titre de séjour sur la plateforme électronique de l'administration prévue à cet effet mais que le traitement de son dossier sur le site de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) a connu une situation de blocage en raison d'un incident technique affectant son système informatique qui ne parvenait pas à prendre en compte la délivrance tardive de son titre de séjour le 29 octobre 2021, ainsi que le lui ont exposé les services de l'ANTS par courrier électronique du 3 novembre 2021. Après avoir de nouveau sollicité les services de l'ANTS le 18 avril 2022, ceux-ci lui ont confirmé que sa " demande a bien été prise en compte ", que l' " anomalie est identifiée () et qu'une action corrective est actuellement à l'étude ". Le 21 avril 2022, les services de la direction générale des étrangers en France (DGEF) l'ont invitée à se rapprocher de l'accueil des services de la préfecture dont elle relève. Après avoir vainement sollicité les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône dès le 22 avril 2022, Mme A est parvenue à déposer, le 28 avril suivant, une demande de renouvellement de titre de séjour auprès de la préfecture du Nord, département dans lequel elle s'est installée. Par suite, en refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " au seul motif qu'elle n'avait pas présenté sa demande de renouvellement de titre de séjour avant le 31 octobre 2021, le préfet du Nord a commis une erreur de fait.
4. En deuxième lieu, le préfet, dans son mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023 fait valoir le motif, ne figurant pas dans la décision attaquée, tiré de ce que la requérante ne justifiait pas de moyens de subsistance suffisants. Si certes, le dossier de Mme A a d'abord été considéré comme incomplet, l'intéressée n'étant pas alors en mesure de produire un justificatif de situation de boursière émanant du CROUS de nature à établir qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants, il est soutenu par Mme A, sans que cela soit contesté, que le versement de la bourse étudiante dont elle bénéficiait auparavant a été interrompu faute de n'avoir pu, jusqu'alors, enregistrer sa demande de titre de séjour, si bien que l'incomplétude du dossier découlait du blocage informatique imputable à l'administration, et qu'elle a pu obtenir, en octobre 2022, un soutien financier de ses proches, si bien que ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales étant par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies, elles ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre du refus de renouveler ce titre de séjour.
7. Toutefois, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 n'est pas inopérant, par exemple, si la décision de refus de titre de séjour a pour motif que le demandeur n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit ou que le refus ne porte pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé.
8. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a porté une appréciation sur l'atteinte portée par le refus de délivrer un titre de séjour au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est donc, en l'espèce, opérant.
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, présente sur le territoire français depuis près de six ans à la date de la décision contestée, a obtenu une maîtrise de sciences de la santé mention neurosciences pour l'année universitaire 2019-2020 au sein de l'université d'Aix-Marseille et le certificat universitaire Conception de projets d'expérimentation animale niveau B au sein de cette université au titre de l'année universitaire 2020-2021. Elle est inscrite depuis l'année universitaire 2021-2022 en master désigné MSc Smart-EdTech, Co-Creativity and Digitals Tools à l'Université Côte d'Azur pour lequel elle démontre assiduité, motivation et très bons résultats comme l'atteste le co-directeur du programme d'études qui l'a invitée à candidater à un stage au centre de l'Institut National de Recherche en Informatique et Automatique (INRIA) de l'Université de Lille. En outre, elle a dispensé des cours auprès de lycéens futurs bacheliers dès l'année 2016. Par ailleurs, Mme A justifie de la présence en France de sa mère et de sa demi-sœur avec lesquelles elle entretient des liens étroits. Aussi, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet du Nord a porté une atteinte excessive au regard des exigences de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire et de la décision portant fixation d'un pays de destination.
Sur l'injonction :
11. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rivière, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rivière de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 novembre 2022 du préfet du Nord est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Rivière, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rivière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Nord et à Me Rivière.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026