lundi 27 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2302242 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés, sous le numéro 2302242, les 13 et 21 mars 2023, le préfet du Nord demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B A du logement mis à sa disposition par le centre d'hébergement de demandeurs d'asile accueil et promotion Sambre de la commune d'Hautmont ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à son évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre pour débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant à défaut pour l'occupant irrégulier de les avoir emportés.
Il soutient que :
- en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est fondé à solliciter l'expulsion de Mme A dont la demande d'asile a été définitivement rejetée le 27 avril 2022 ;
- cette demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente le caractère d'utilité et d'urgence requis eu égard aux besoins non couverts en matière d'hébergement des demandeurs d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Laporte, conclut au rejet de la requête, à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la demande du préfet du Nord se heurte à une contestation sérieuse et n'est pas urgente dès lors que son état de santé fragile caractérise une situation de vulnérabilité ; alors qu'elle et son époux ont formulé des demandes d'hébergement d'urgence, ils n'ont pas eu de proposition de logement.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés, sous le numéro 2302243, les 13 et 21 mars 2023, le préfet du Nord demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E C du logement mis à sa disposition par le centre d'hébergement de demandeurs d'asile accueil et promotion Sambre de la commune d'Hautmont ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à son évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre pour débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant à défaut pour l'occupant irrégulier de les avoir emportés.
Il soutient que :
- en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est fondé à solliciter l'expulsion de C dont la demande d'asile a été définitivement rejetée le 27 avril 2022 ;
- cette demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente le caractère d'utilité et d'urgence requis eu égard aux besoins non couverts en matière d'hébergement des demandeurs d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2023, M. E C, représentée par Me Laporte, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la demande du préfet du Nord se heurte à une contestation sérieuse et n'est pas urgente dès lors que l'état de santé de son épouse caractérise une situation de vulnérabilité ; alors qu'ils ont formulé des demandes d'hébergement d'urgence, ils n'ont pas eu de proposition de logement.
Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour d'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 mars 2023 à 10h30, M. Lassaux, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- les observations de Mme D, représentant le préfet du Nord, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute que le couple a refusé un logement qui leur a été proposé le 6 janvier 2023 ;
- et les observations de Me Laporte, représentant Mme A et M. C, qui reprend le contenu de ses écritures en défense ; elle précise que le logement qui leur a été proposé, et que Mme A et M. C ont refusé, n'était pas salubre.
La clôture de l'instruction a été différée au 23 mars 2023 à 11 heures.
Des pièces complémentaires ont été produites par Mme A et M. C, dans les instances n°s 2302242 et 2302243, et ont été communiquées au préfet du Nord.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet du Nord demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B A et M. E C, ressortissants géorgiens, du logement mis à leur disposition par le CADA (centre d'hébergement de demandeurs d'asile) Accueil et promotion Sambre à Hautmont.
Sur la jonction :
2. Les requêtes N°2302242 et 2302243, qui tendent à ce que soit ordonnée l'expulsion de Mme A et de M. C du centre d'accueil pour demandeurs d'asile accueil et promotion Sambre à Hautmont, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-15 de ce code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
7. Il résulte de l'instruction que Mme A et M. C ont formé des demandes d'asile qui ont été définitivement rejetées par décision de la Cour nationale du droit d'asile par deux décisions du 27 avril 2022, notifiées le 4 mai 2022. Le 28 avril 2022, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration a signifié à Mme A et à M. C leur sortie du logement mis à leur disposition par le CADA à Hautmont et les a autorisés à se maintenir dans les lieux jusqu'au 31 mai 2022. Par courrier du 6 décembre 2022, notifié le même jour, Mme A et M. C ont été mis en demeure de quitter le logement dans les quinze jours suivant cette notification.
8. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, Mme A et M. C se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Il est constant que la mise en demeure de quitter les lieux leur a été régulièrement notifiée et qu'elle est demeurée infructueuse. Dès lors, la mesure d'expulsion demandée par le préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
9. En second lieu, la libération des lieux par Mme A et M. C présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département du Nord, un caractère d'urgence et d'utilité. Les intéressés font valoir que Mme A est dans une situation de vulnérabilité nécessitant une mesure de protection particulière et produisent des documents médicaux indiquant qu'elle est porteuse du virus de l'hépatite chronique virale B, possiblement au stade la cirrhose, et d'une gonalgie du genou gauche. Toutefois, il résulte des compte-rendu des consultations des 6 décembre 2022 et 9 janvier 2023 réalisées par un rhumatologue du centre hospitalier universitaire de Lille que Mme A présente, en dépit d'une asthénie due à son traitement au long cours pour contrôler les effets de l'hépatite B dont elle est atteinte, un bon état général sans épanchement intra-articulaire ou d'œdème aux membres inférieurs et doit poursuivre son traitement médicamenteux avec une éventuelle prise en charge rééducative axée sur le compartiment féméro-patellaire à mettre en place à court ou moyen terme. Alors même qu'une attestation de ce même médecin indique que l'état de santé de Mme A nécessite impérativement la mise à disposition de bonnes conditions de logement afin d'éviter tout risque infectieux et de décompensation, ces circonstances ne suffisent pas à faire obstacle à l'expulsion d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile.
10. Enfin le fait que Mme A et M. C, alors qu'ils ont sollicité à plusieurs reprises le " 115 ", ne se sont pas vus proposer un nouvel hébergement depuis leur refus, exprimé en janvier 2023, d'occuper un logement situé à Avesnes-sur-Helpe qu'ils avaient estimé, lors d'une visite, insalubre, n'est pas davantage de nature à faire obstacle à leur expulsion.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Nord tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme A et M. C du logement qu'ils occupent au sein du CADA à Hautmont. Faute pour les intéressés d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A et M. C à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A et M. C sont provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme A et M. C et à tous occupants de son chef de libérer le logement qu'ils occupent, au CADA accueil et promotion Sambre, situé 127 rue Gambetta à Hautmont et de le libérer de leurs biens s'y trouvant.
Article 3 : À défaut pour Mme A et M. C de déférer à l'injonction prononcée à l'article 2, le préfet du Pas-de-Calais pourra faire procéder d'office à son expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance.
Article 4 : Le préfet du Nord est autorisé à donner toutes instructions utiles afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A et M. C, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Nord, à Mme B A et à M. E C.
Fait à Lille, le 27 mars 2023.
Le juge des référés,
Signé
P. LASSAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2302242, 2302243
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026