jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303131 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LOKAMBA OMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 20 avril 2023, M. C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 6 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'annuler les décisions du 5 avril 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et l'a interdit de retour en France durant trois ans ;
3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
4°) d'enjoindre à l'administration de procéder sans délai à la suppression, par les services compétents, de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision mettant fin au délai de départ volontaire :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement adoptée à son encontre, qui méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; cette mesure d'éloignement, qui ne lui a pas été régulièrement notifiée, ne lui est en tout état de cause pas opposable ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-5, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France durant trois ans :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement adoptée à son encontre et de la décision mettant fin au délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2013, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Caustier, magistrat désigné, qui informe les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés, pour le premier, de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions du 6 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, en raison de leur tardiveté, d'une part, et en l'absence de moyens soulevés à leur soutien, d'autre part, et, pour le second, de l'irrecevabilité du moyen excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. B, celle-ci étant devenue définitive ;
- les observations de Me Guillaud, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que les pièces produites en défense ne permettent pas d'établir que la mesure d'éloignement adoptée à l'encontre de M. B lui aurait été régulièrement notifiée ;
- les observations de M. B, assisté de M. A, interprète assermenté en langue arabe ;
- le préfet de l'Aisne n'étant ni présent ni représenté.
Une note en délibéré, enregistrée le 20 avril 2023, a été présentée pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant tunisien né le 26 avril 1985 à Sfax (Tunisie) et déclarant être entré sur le territoire français le 6 janvier 2021, a demandé l'asile en France. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 29 juin 2022. Par un arrêté du 6 mars 2023, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B a été interpellé le 5 avril 2023 par les services de police et placé en garde à vue pour des faits de vol et de détention de stupéfiants. Par un arrêté du 5 avril 2023, le préfet de l'Aisne a mis fin au délai de départ volontaire assortissant la décision précitée portant obligation de quitter le territoire français et a interdit M. B de retour en France durant trois ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'ensemble de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions du 6 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement :
2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
3. Même s'il soulève, par voie d'exception, des moyens tirés de l'illégalité de la mesure d'éloignement adoptée à son encontre, M. B n'a soulevé, dans ses écritures ou à l'audience, aucun moyen à l'encontre des décisions du 6 mars 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Dans ces circonstances, les conclusions dirigées contre ces décisions sont irrecevables et ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.
En ce qui concerne les décisions du 5 avril 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont M. B fait l'objet et l'a interdit de retour en France durant trois ans :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 541-1 de ce code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de l'article R. 532-54 du même code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou, si un recours a été formé devant elle, par la Cour nationale du droit d'asile. En l'absence d'une telle notification régulière, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier que la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été régulièrement notifiée à l'intéressé, le cas échéant en sollicitant la communication de la copie de l'avis de réception auprès de la cour.
6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Vienne s'est fondé, pour obliger M. B à quitter le territoire français, sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, sa demande d'asile ayant été rejetée par une décision de l'Office français de protection et apatride datée du 29 juin 2022. Toutefois, alors que le requérant soutient qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile aurait été définitivement rejetée ni que cette décision de rejet lui aurait été notifiée, les pièces versées à l'instance ne sont pas, en l'absence notamment de production du relevé de l'application Telemofpra, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, de nature à établir que la décision précitée de l'OFPRA aurait été notifiée à l'intéressé. En l'absence d'une telle preuve de notification du rejet de la demande d'asile de M. B, celui-ci est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement adoptée à son encontre méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et que l'illégalité de cette décision entache d'illégalité les décisions attaquées, qui ont été adoptées pour son application.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation des décisions du 5 avril 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et l'a interdit de retour en France durant trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
9. L'exécution du présent jugement, qui annule notamment la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement que soit supprimé le signalement dont a fait l'objet M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS). Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Aisne de prendre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, toute mesure propre à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le SIS procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 5 avril 2023. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 5 avril 2023 par lesquelles le préfet de l'Aisne a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont M. B fait l'objet et l'a interdit de retour en France durant trois ans sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aisne de mettre en œuvre, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, la procédure d'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Aisne.
Prononcé à l'audience publique le 20 avril 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G. DLe greffier,
signé
B. NIEUWJAER
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026