jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303178 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LOKAMBA OMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7, 17 et 19 avril 2023, M. B D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel la préfète de l'Oise a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de la peine d'interdiction du territoire français à laquelle il a été condamné.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, son droit d'être entendu n'ayant pas été respecté, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et la préfecture méconnaît sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2023, la préfète de de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, à défaut de contenir l'exposé de moyens et l'énoncé de conclusions imposés par les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; le requérant ne développe en outre aucune argumentation au soutien de ses moyens ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Caustier, magistrat désigné ;
- les observations de Me Dermenghem, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de M. D, assisté de M. A, interprète assermenté en langue pachto, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- la préfète de l'Oise n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant afghan né le 5 juin 1989 à Nangarhar (Afghanistan) et déclarant être entré sur le territoire français en juillet 2019, a demandé le bénéfice de l'asile en France. Sa demande a été rejetée le 24 décembre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) et le recours formé par l'intéressé contre cette décision a été rejeté le 17 octobre 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. D a été condamné, le 8 juillet 2022, par le tribunal judiciaire de Beauvais à une peine d'un an d'emprisonnement assortie d'une interdiction du territoire français pour une durée de dix ans pour des faits d'agression sexuelle par une personne en état d'ivresse manifeste. Par un arrêté du 7 avril 2023, la préfète de l'Oise a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de cette peine d'interdiction du territoire français. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, daté du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer, notamment, la décision en litige. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".
4. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité préfectorale oblige un étranger à quitter le territoire français ainsi que les décisions prises pour l'exécution de ces mesures, notamment les décisions fixant le pays de renvoi, et, par suite, exclure, pour ces décisions, l'application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration précité. Toutefois, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision fixant son pays de destination en exécution de la peine d'interdiction judiciaire de territoire à laquelle ce dernier a été condamné, une telle décision, qui n'est pas prise pour l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, a le caractère d'une mesure de police devant être motivée.
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, qui rappelle que
M. D fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français définitive, vise en particulier les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique, d'une part, que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée, d'autre part, que celui-ci n'établit pas être exposé à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine, enfin, que la fixation du pays à destination duquel celui-ci sera éloigné ne porte, par elle-même, aucune atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ces considérations sont suffisamment développées pour mettre M. D en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition menée, le 10 février 2023, par les services de la direction centrale de la police aux frontières par le truchement téléphonique d'un interprète en langue pachtou, M. D a été informé que la préfète de l'Oise était susceptible d'adopter à son encontre, notamment, une décision désignant le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a été invité à formuler des observations, ce qu'il a fait. En outre, par un courrier du 4 avril 2023, notifié le lendemain, la préfète de l'Oise a informé
M. D qu'elle envisageait de le reconduire à destination de l'Afghanistan et l'a invité à présenter des observations. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions citées au point précédent auraient été méconnues.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
9. M. D soutient que sa vie ou sa liberté serait menacée en cas de retour en Afghanistan en invoquant, pour la première fois lors de l'audience, d'une part, la circonstance qu'il aurait travaillé, dans son pays d'origine, pour une association œuvrant en lien avec l'Organisation des Nations Unies et, d'autre part, son homosexualité. Toutefois, le requérant ne produit aucune pièce ni aucun élément de nature à établir la réalité des menaces alléguées alors que, ainsi qu'il a été dit, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. En ce qui concerne plus particulièrement l'orientation sexuelle dont M. D se prévaut, la circonstance qu'il a été pénalement condamné pour des faits d'agression sexuelle commis, en état d'ivresse manifeste, à l'encontre d'un homme ne permet pas, à elle-seule, de l'établir, alors qu'il est constant qu'il ne s'en est prévalu ni à l'occasion de sa demande d'asile ni après avoir été invité, en particulier lors de son audition du 10 février 2023, à présenter des observations sur la perspective de son éloignement ni, au demeurant, dans les écritures produites dans le cadre de la présente instance, mais seulement lors de l'audience. Par ailleurs, le requérant n'établit pas davantage que les actes qu'il a commis en France et qui seraient susceptibles d'être perçus comme révélant une attraction sexuelle pour les personnes de même sexe puissent être portés à la connaissance de personnes résidant en Afghanistan. Dans ces circonstances, et en l'état des pièces du dossier, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les articles cités au point précédent.
10. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et que " la préfecture méconnaît sa situation personnelle ", ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Il ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 avril 2023 par laquelle le préfet de l'Oise a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution de la peine d'interdiction du territoire à laquelle il a été condamné.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Oise.
Prononcé à l'audience publique le 20 avril 2023.
Le magistrat désigné,
signé
G. CLe greffier,
signé
B. NIEUWJAER
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026