lundi 13 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2304606 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUHAJJA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 et 26 mai 2023, M. B C, représenté par Me Bouhajja, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", a abrogé son récépissé de demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012 dite circulaire Valls
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, accordant un délai de départ de trente jours et fixant le pays de destination :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité ;
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- et les observations de Me Bouhajja, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant congolais, né le 13 avril 1994 à Kinshasa (République démocratique du Congo), déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 9 mars 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 7 septembre 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée le 1er février 2018 par la Cour nationale du droit d'asile. Par une demande formée le 12 janvier 2022, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 12 avril 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ", a abrogé son récépissé de demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le moyen commun aux décisions contestées :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 15 février 2023, publié le même jour au recueil spécial n° 42 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné à délégation à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. En outre, la circonstance que l'en-tête de l'arrêté comporte une mention relative à une interdiction de retour sur le territoire français, laquelle relève manifestement d'une erreur de plume, n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'insuffisance de motivation. De la même manière, si le requérant soutient sans être contesté qu'il n'a pas bénéficié d'un récépissé de titre de séjour, rendant sans objet son abrogation par la décision attaquée, cette circonstance n'est pas de nature à entacher la décision portant refus de séjour d'insuffisance de motivation. Les mentions qu'elle comporte sont ainsi de nature à mettre en mesure le requérant d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
5. D'une part, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 2017 à l'âge de vingt-trois ans et qu'il justifie avoir travaillé, en qualité de travailleur temporaire, entre octobre 2020 et janvier 2021 en tant que préparateur de commande, puis entre janvier et mai 2022 en tant que menuiser. Il ressort également des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans charge de famille et qu'il ne fournit aucun élément permettant d'établir qu'il a tissé sur le territoire français des liens personnels. En outre, il justifie résider habituellement en France depuis seulement six ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, alors qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire du 1er février 2018 jusqu'à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour le 12 janvier 2022, les éléments produits par le requérant ne suffisent pas à démontrer que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions précitées ou qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. C ne justifiait pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Sur les autres moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, accordant un délai de départ de trente jours et fixant le pays de destination :
7. Compte tenu de ce qui précède, les moyens tirés, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doivent être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord en date du 12 avril 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bouhajja et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
J. HORNLa présidente,
signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026