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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2309006

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2309006

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2309006
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMARSEILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 13 octobre 2023 et 23 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour " travailleur temporaire " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation à la lumière de l'ordonnance à intervenir, de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

5°) en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence, laquelle est ici présumée, est remplie dès lors qu'il se trouve désormais dans une situation financière précaire, que la décision contestée le met professionnellement en difficulté et l'empêche de rendre visite à son père en Italie, chez qui il passe ses vacances ;

- plusieurs moyens sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'il a demandé, en vain, communication des motifs de la décision implicite de rejet ;

- la décision implicite contestée n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit pas de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023 à 14h30 :

- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;

- les observations de Me Marseille représentant M. A.

A l'audience, le conseil du requérant conclut aux mêmes fins que dans ses écritures et par les mêmes moyens.

Le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 30 octobre 1998 au Sénégal, de nationalité sénégalaise, est entré en France en septembre 2018, en provenance d'Italie, où il disposait d'un titre de séjour pour motif familial, valable du 3 octobre 2017 au 17 septembre 2022. En France, il a notamment bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire ", valable du

16 novembre 2022 au 30 avril 2023. Il en a sollicité le renouvellement par courrier reçu en préfecture le 27 mars 2023. Le préfet du Nord a implicitement rejeté cette demande. Par la requête dont le tribunal est saisi, le requérant demande au tribunal de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée l'empêche de travailler, le prive de ressources propres et fait obstacle à son embauche par une société qui lui a proposé un contrat à durée indéterminée à compter du mois d'octobre 2023. Dans ces circonstances, l'urgence, laquelle est d'ailleurs ici présumée, est remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux :

6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 dudit code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. / Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. En l'espèce, et alors que le requérant a demandé, en vain, communication des motifs de la décision implicite par courriel du 31 juillet 2023, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que le requérant est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de M. A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui fixer un délai d'un mois pour ce faire à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente de la décision à prendre sur réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que le requérant obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Marseille contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour " travailleur temporaire ", déposé par M. A le 27 mars 2023 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, l'Etat versera à Me Marseille la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, au préfet du Nord et à Me Marseille.

Fait à Lille le 26 octobre 2023.

Le juge des référés,

signé

X. FABRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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