mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DANSET-VERGOTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2023, Mme F A épouse C, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de revenir sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en méconnaissance de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le traitement requis par l'état de santé de ses deux enfants mineurs n'étant ni disponible ni accessible en Albanie où, par ailleurs, aucune adaptation de la scolarité à la pathologie des enfants n'est mise en place ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur l'état de santé de ses deux enfants mineurs.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en méconnaissance de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle bénéficie d'une protection contre l'éloignement en raison de l'indisponibilité et de l'inaccessibilité des traitements requis par l'état de santé de ses enfants en Albanie ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur l'état de santé de ses enfants.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- son arrêté du 3 mai 2023 ne contient pas de décision de refus de titre de séjour, la requérante n'ayant présenté aucune nouvelle demande depuis la décision de refus qui lui a été opposée en novembre 2021 ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Goujon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse C, ressortissante albanaise née le 20 février 1987, est entrée en France le 17 décembre 2018 avec son conjoint et ses trois enfants mineurs et a demandé, le 17 mai 2021, la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'un enfant mineur nécessitant une prise en charge médicale en France. Par un arrêté du 22 novembre 2021, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Le tribunal a rejeté la requête présentée par Mme A contre cet arrêté, par un jugement du 31 mars 2023. Après avoir demandé à l'intéressée d'actualiser son dossier, le préfet du Pas-de-Calais a, par un nouvel arrêté du 3 mai 2023, fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de revenir sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre une décision portant refus de titre de séjour :
2. Il ressort tant du dispositif de l'arrêté attaqué que de ses motifs que le préfet du Pas-de-Calais a prononcé à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent à l'autorité préfectorale de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre de l'étranger qui se maintient sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. Si le titre de l'arrêté attaqué mentionne un refus de titre de séjour, cette indication doit être regardée comme une simple erreur de plume sans incidence sur la régularité de la décision. En outre, il ne ressort pas des termes du courriel de Mme A, adressé à la préfecture le 27 avril 2023 en vue de répondre à la demande de transmettre tout nouvel élément intervenu depuis le 22 novembre 2021, date de la précédente mesure d'éloignement, que l'intéressée aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour est inexistante, et les conclusions dirigées à l'encontre d'une telle décision sont ainsi irrecevables.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée cite les articles L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé, rappelle l'existence de son arrêté pris le 22 novembre 2021 portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire, ainsi que sa demande, transmise par courrier du 14 avril 2023, de communication de tout nouvel élément relatif à la situation de Mme A depuis cette précédente décision. Le préfet énonce ensuite les éléments de faits propres à la situation personnelle et familiale de Mme A et n'était pas tenu de détailler la situation médicale des enfants de l'intéressée. Ainsi, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, avec suffisamment de précision pour permettre à l'intéressée de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, en vertu des articles L. 425-9, L. 425-10 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les parents d'un enfant mineur dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voient délivrer une autorisation provisoire de séjour après avis d'un collège de médecins à compétence nationale du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait transmis, notamment parmi les pièces adressées au préfet le 14 avril 2023, un certificat médical relatif à l'état de santé de son fils D, seul document de nature à justifier la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en vertu des dispositions précitées. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que, faute d'avoir été précédée par la saisine d'une telle instance, la décision serait entachée d'un vice de procédure.
6. En troisième lieu, il résulte du point 2 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué décrite au point 2, que le préfet du Pas-de-Calais a bien procédé à un examen particulier de la situation de Mme A.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Il résulte des termes de l'article 9 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aujourd'hui codifié aux articles R. 425-11 et suivants, que l'étranger qui sollicite le bénéfice de la protection prévue par les dispositions précitées est tenu de faire établir un certificat médical par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre.
9. Mme A n'ayant pas produit, ainsi qu'il a été dit, de certificat médical, elle ne peut se prévaloir de la protection contre l'éloignement, prévue par les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précitées.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A se maintient sur le territoire français depuis moins de cinq ans à la date de la décision attaquée, malgré un arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 22 novembre 2021 qui a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Elle est mère de trois enfants, B, né le 5 octobre 2011, Maurena, née le 1er août 2016 et D, né le 14 octobre 2017, tous trois scolarisés sur le territoire français, notamment depuis l'année scolaire 2019-2020 pour l'aîné. Ces deux derniers enfants sont atteints de handicap et bénéficient d'une scolarité dans des établissements spécialisés. Toutefois, il n'est pas établi que ses enfants ne pourraient bénéficier d'une scolarité adaptée en Albanie. En outre, en dehors de ses enfants et de son conjoint qui a fait l'objet d'un arrêté du 4 octobre 2019 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, elle ne fait état de la présence d'aucune famille sur le territoire français. Si elle produit plusieurs documents attestant qu'elle et son conjoint ont suivi des cours d'apprentissage de la langue française et participé à des activités d'insertion mises en œuvre par des associations, ces éléments sont insuffisants pour démontrer son insertion sociale ou professionnelle et l'existence de liens privés stables et d'une particulière intensité en France alors qu'elle a vécu en Albanie jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Par ailleurs, elle ne démontre pas non plus l'impossibilité de poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine avec sa famille. Par suite, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
13. S'il ressort des pièces du dossier que les enfants de Mme A, D et E, sont actuellement scolarisés en France et bénéficient d'une prise en charge adaptée, la requérante n'établit pas qu'ils ne pourraient pas poursuivre en Albanie une scolarité normale et avoir un traitement approprié à leur état de santé. La décision n'a, par ailleurs, pas pour objet ou pour effet de séparer Mme A de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en édictant la décision attaquée, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
14. En huitième lieu, pour les motifs exposés aux points 11 et 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur l'état de santé de ses enfants doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, la décision vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de ce que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible et précise qu'elle pourra être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité, du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou de tout autre pays dans lequel elle établit être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
16. En deuxième lieu, il résulte des points 4 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
17. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué décrite au point 2, que le préfet du Pas-de-Calais a bien procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à cet examen doit dès lors être écarté.
18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
20. En sixième lieu, au vu de la situation factuelle décrite ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
22. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
23. La décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a fait interdiction à Mme A de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et atteste de ce que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
24. En deuxième lieu, il résulte des points 4 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être qu'écarté.
25. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué décrite au point 2, que le préfet du Pas-de-Calais a bien procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à cet examen doit dès lors être écarté.
26. En quatrième lieu, compte tenu de la situation personnelle et familiale de Mme A telle qu'elle a été exposée aux points 11 et 13, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne faisait obstacle à ce qu'il soit interdit à la requérante de revenir sur le territoire français et en fixant à un an la durée de cette interdiction.
27. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
28. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de ce que la décision attaquée violerait les stipulations du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
29. En septième lieu, pour les motifs exposés aux points 11 et 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée doit être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A épouse C, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Pas-de-Calais.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
J.-R. Goujon
Le président,
signé
O. CotteLa greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026