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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311140

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311140

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2023 et 1er février 2024, Mme B A, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 août 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, eu égard à sa durée de présence, à la scolarisation de ses enfants depuis de nombreuses années et à la présence sur le territoire de trois de ses sœurs ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant eu égard à la scolarisation de ses deux enfants depuis sept ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Goujon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1980, est entrée en France le 2 septembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour avec ses deux enfants mineurs. Elle a déposé le 25 novembre 2016 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 31 mai 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 26 octobre 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme A a sollicité, le 30 octobre 2018, la délivrance d'une carte de résident portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé. Par un arrêté du 9 août 2019, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A a sollicité le 26 décembre 2022 la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité " de parent d'enfant scolarisé " ou en raison de ses " liens privés et familiaux ". Par un nouvel arrêté du 22 août 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de Mme A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme A, qui est être entrée en France le 2 septembre 2016, s'est maintenue sur le territoire malgré le rejet de sa demande d'asile et un arrêté du préfet du Nord du 9 août 2019 qui a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Elle ne fait état d'aucun élément d'insertion professionnelle ou sociale si ce n'est le suivi de cours de français, ne dispose d'aucune ressource et est hébergée dans une structure sociale. Si elle se prévaut de ce que ses deux enfants, nés les 17 janvier 2005 et 12 avril 2006, sont scolarisés sur le territoire français depuis l'année scolaire 2016-2017 et que trois de ses sœurs vivent en situation régulière en France, il ressort des pièces du dossier que Mme A n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident deux de ses sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Il n'est ainsi pas établi que sa vie privée et familiale ne pourrait se poursuivre en Algérie où ses enfants pourraient poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, Mme A a encore à sa charge une enfant mineure âgée de dix-sept ans. Si cette dernière est scolarisée en France depuis environ sept ans, Mme A n'établit pas qu'elle ne pourrait pas poursuivre une scolarité et une formation normales en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix ans, et où vit par ailleurs son père. Par ailleurs, la décision de refus de séjour opposée à Mme A n'a pas pour objet ou pour effet de la séparer de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en édictant la décision attaquée, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, au vu des éléments factuels exposés précédemment, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". La décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français assortissant une décision de refus de titre de séjour, par ailleurs suffisamment motivée, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte des points 2 à 8 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de Mme A.

12. En quatrième lieu, au vu des éléments factuels exposés au point 4, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

13. En cinquième lieu, la décision n'ayant pas pour objet ou pour effet de séparer Mme A de ses deux enfants, qui pourront poursuivre leur scolarité en Algérie, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision d'éloignement méconnaîtrait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en assortissant le refus de titre de séjour opposé à Mme A d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte des points 2 à 8 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à cet examen doit dès lors être écarté.

17. En troisième lieu, au vu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté.

18. En quatrième lieu, en fixant l'Algérie comme pays de destination de l'éloignement, le préfet du Nord n'a pas méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

19. En cinquième lieu, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi sur la situation personnelle de Mme A.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 août 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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