vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2401792 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2024, M. B A, représenté par Me Laporte, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 16 janvier 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui a fixé la Centrafrique comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle contrevient aux dispositions des articles L. 541-1, L. 542-1 et L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'il a effectué les démarches propres à l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile et conservait, au jour de la décision attaquée, la qualité de demandeur d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole également les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est empreinte, en ne tenant aucun compte de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- et elle est entachée d'un détournement de procédure, la décision lui ayant été notifiée à l'occasion de sa seconde convocation au guichet unique des demandeurs d'asile pour qu'il soit procédé à l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole également les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est empreinte d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- et elle est entachée d'une erreur d'appréciation, le préfet du Nord ayant détourné la procédure de réexamen de sa demande d'asile aux fins de lui notifier cette interdiction de retour.
Par des mémoires, enregistrés les 20 et 29 février 2024, le préfet du Nord a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Laporte, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de M. A qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées ;
- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant centrafricain né le 18 juillet 1996, est entré régulièrement en France, le 3 octobre 2022, sous couvert d'un visa étudiant. Le 17 octobre 2022, il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Sa demande a toutefois été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 12 avril 2023 et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 octobre 2023. Le 16 février 2024, à l'occasion de la nouvelle convocation qui lui avait été adressée pour l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, M. A s'est vu notifier l'obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination de la Centrafrique assortie d'une interdiction de retour sur le sol français pour une durée d'un an qui avait été édictée le 16 janvier 2024, soit le jour même du report de sa convocation au guichet unique pour demandeur d'asile. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". L'article L. 521-4 du même code dispose que : " L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande d'asile à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément ". Aux termes de l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 311-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2 ". L'article L. 531-32 du même code dispose que : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat. L'autorité administrative compétente informe immédiatement l'office de l'enregistrement de la demande et de la remise de l'attestation de demande d'asile. / L'office ne peut être saisi d'une demande d'asile que si celle-ci a été préalablement enregistrée par l'autorité administrative compétente et si l'attestation de demande d'asile a été remise à l'intéressé ". Et, aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () / 2° Lorsque le demandeur : /a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; () ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la demande d'asile avait été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 octobre 2023 qui lui avait été notifiée le 30 du même mois, était convoqué au guichet unique pour demandeur d'asile le 16 janvier 2024 à 8h30 pour l'enregistrement de sa première demande de réexamen de sa demande d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que, le jour de sa convocation, alors que le préfet du Nord n'allègue pas même que ses services auraient été confrontés à des difficultés techniques dans l'utilisation de la base de données Telemofpra, tenue par l'OFPRA, M. A s'est vu reconvoquer un mois plus tard au guichet unique pour demandeurs d'asile (GUDA) aux motifs fallacieux que l'intéressé aurait été " en attente de notification de rejet CNDA " et que le GUDA allait " joindre l'OFPRA pour la mise à jour du dossier ". En outre, il ressort des pièces du dossier que lorsqu'il s'est présenté à sa nouvelle convocation au GUDA, le 16 février 2024, M. A s'est seulement vu notifier les décisions attaquées, l'obligeant notamment à quitter le territoire français, et n'a pas pu procéder à l'enregistrement de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Dans ces circonstances, la procédure d'adoption de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, qui a nécessairement été édictée, compte tenu de sa date de notification, postérieurement à la première convocation de l'intéressé au GUDA pour l'enregistrement de sa première demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle n'a été repoussée à une date ultérieure que sous un prétexte fallacieux, a, en l'espèce, eu pour buts de faire échec à cet enregistrement, à la remise à M. A d'une attestation de demande d'asile, à l'examen de sa première demande de réexamen par l'OFPRA et donc, in fine, au droit de M. A de se maintenir sur le territoire français au moins jusqu'à ce que l'OFPRA déclare celle-ci irrecevable, conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A est donc fondé à soutenir que la décision du 16 janvier 2024, par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, est empreinte d'un détournement de procédure.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, doivent être accueillies. M. A est fondé, par voie de conséquence, à solliciter l'annulation des décisions du 16 janvier 2024 par lesquelles le préfet du Nord a fixé la Centrafrique comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet du Nord procède, d'une part, dans un délai de 3 jours à compter de la notification du présent jugement, à l'enregistrement de la première demande de réexamen de la demande d'asile de M. A, lequel se verra remettre, à cette occasion, une attestation de demande d'asile et, d'autre part, à un nouvel examen, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, de la situation de M. A. Il n'y a pas lieu, nonobstant les circonstances de l'espèce mais compte tenu du court délai imposé à l'administration pour procéder à l'enregistrement de la première demande de réexamen de la demande d'asile de M. A, d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
7. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, à titre provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laporte, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Laporte d'une somme globale de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridique totale.
Article 2 : Les décisions du 16 janvier 2024, par lesquelles le préfet du Nord a obligé M. A à quitter le territoire français, a fixé la Centrafrique comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder, d'une part, dans un délai de 3 jours à compter de la notification du présent jugement, à l'enregistrement de la première demande de réexamen de la demande d'asile de M. A, lequel se verra remettre, à cette occasion, une attestation de demande d'asile et, d'autre part, à un nouvel examen, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement, de la situation de M. A.
Article 4 : L'Etat versera à Me Laporte, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, une somme globale de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laporte et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le magistrat désigné,
signé
X. LARUE
La greffière,
signé
L. CAMAU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°240179
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026