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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407236

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407236

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407236
TypeDécision
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de liquider provisoirement, à son bénéfice, l'astreinte fixée dans l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lille du 22 mai 2024, pour la période comprise entre le 24 juin 2024 et la décision à intervenir, ce sans en modérer le montant ;

3°) en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

4°) en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet du Nord n'a pas exécuté l'ordonnance du juge des référés du 22 mai 2024 et, en l'absence de possession d'un titre de séjour, elle se trouve dans une situation de précarité administrative et matérielle injustifiée, l'empêchant notamment de signer un contrat de professionnalisation pour un contrat en alternance afin d'intégrer une formation en gestionnaire de paie ;

- au vu de l'inexécution persistante de l'administration, il convient de liquider provisoirement l'astreinte pour la période comprise entre le 24 juin 2024 et la décision à intervenir, sans en modérer le montant ; par ailleurs, elle n'entend pas renoncer au bénéfice de la liquidation et demande que l'astreinte soit intégralement liquidée à son profit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 juillet 2024 à 10 h 00 ;

- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;

- les observations de Me Schryve représentant Mme B, par ailleurs présente ;

- et celles de Me Khan, représentant le préfet du Nord.

A l'audience publique, Me Schryve complète ses écritures en demandant une majoration de l'astreinte à la somme de 300 euros par jour et présente une argumentation conforme à ses écritures.

Me Khan, représentant le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête, faisant état notamment des délais imputables à l'OFPRA.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, née le 27 janvier 1991, de nationalité iranienne, s'est vue reconnaître le statut de réfugiée par une décision du 6 octobre 2023 de directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par une ordonnance n° 2402018 du 22 mai 2024, prise au motif qu'elle avait droit à la délivrance d'une carte de résident du fait de la reconnaissance de son statut de réfugiée par l'OFPRA, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, d'une part, suspendu l'exécution de la décision préfectorale implicite de refus de délivrance de la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugiée et, d'autre part, enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de trois jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par la requête dont le tribunal est saisi, Mme B demande au tribunal de liquider provisoirement, à son bénéfice, l'astreinte fixée dans l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lille du 22 mai 2024, pour la période comprise entre le 24 juin 2024 et la décision à intervenir, ce sans en modérer le montant.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions relatives à l'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée.

5. Il résulte de l'instruction que l'ordonnance n° 2402018 du 22 mai 2024 a été notifiée aux parties le 24 mai 2024. Si Mme B s'est alors vue délivrer une autorisation provisoire de séjour dès le 29 mai 2024, il ne résulte cependant pas de l'instruction que le préfet du Nord aurait procédé au réexamen de la demande de l'intéressée et aurait édicté une nouvelle décision expresse à son issue. Le préfet du Nord, représenté par son conseil à l'audience, fait valoir que l'OFPRA n'avait toujours pas reconstitué l'état-civil de Mme B et que cette circonstance, indépendante de la volonté de l'administration préfectorale, fait juridiquement obstacle à la confection matérielle de la carte de résident dont l'intéressée, en qualité de réfugiée, peut légalement bénéficier. Pour autant, le courrier dont le préfet se prévaut, dont les modalités d'obtention restent d'ailleurs indéterminées, ne fait nullement référence à la situation personnelle de Mme B de sorte qu'il ne saurait en être déduit que l'autorité administrative aurait effectivement procédé au réexamen de sa demande alors que le préfet du Nord ne justifie par ailleurs d'aucun contact pris entre ses services et ceux de l'OFPRA. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme B, avant de se voir reconnaître la qualité de réfugiée, résidait, pour ses études, en France depuis 2017, étant entrée sur le territoire national sous couvert d'un visa long séjour " étudiant " apposé sur son passeport iranien puis ayant disposé d'une carte de séjour pluriannuelle de sorte que la reconstitution d'état civil alléguée en défense qui serait nécessaire et prendrait de nombreux mois demeure inexpliquée à l'issue des débats à l'audience. Dans ces conditions, le préfet du Nord ne saurait être regardé comme ayant pleinement exécuté l'ordonnance du 22 mai 2024. Il y a lieu de procéder à la liquidation de l'astreinte pour la période courant du 26 juin 2024 au 23 juillet 2024 inclus soit 28 jours et de condamner l'Etat à verser à Mme B la somme de 2 800 euros. Il n'y a par ailleurs pas lieu, à ce stade, de faire droit à la demande de majoration de l'astreinte présentée à l'audience par le conseil de la requérante.

Sur les frais d'instance :

6. Mme B a été provisoirement admise, ainsi qu'il a été dit, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros au titre des frais que Mme B devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Cabaret, avocate, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à Mme B et sous réserve alors que Me Cabaret renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Mme B, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 2 800 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte.

Article 3 : L'État versera la somme de 800 euros au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 6.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Cabaret.

Copie en sera transmise au préfet du Nord.

Copie en sera également transmise au procureur général près la Cour des Comptes par application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative.

Fait à Lille le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

X. FABRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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