jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2001358 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SEBAN AUVERGNE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 5 août 2020 sous le numéro 2001358 et un mémoire enregistré le 12 février 2021, Mme C A, représentée par la SCP Lardans - Tachon - Michaleff, Me Tachon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 février 2020, par laquelle le directeur du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais a décidé de la placer en congé de maladie ordinaire à compter du 1er novembre 2019 ;
2°) à toutes fins utiles, d'ordonner une expertise médicale ;
3°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais de la placer en congé longue durée pour maladie imputable au service à compter du 1er novembre 2019 ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- n'étant pas apte à reprendre ses fonctions à la date du 1er novembre 2019, en raison d'une maladie imputable au service, elle aurait dû être placée d'office en congé longue durée ;
- la décision en litige n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur des expertises qui ne comportent aucune motivation étayée sur la date d'une éventuelle consolidation, alors qu'il est établi au contraire que son état de santé a continué à se dégrader après le 1er novembre 2019.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2020, le 18 février 2021 et le 21 mai 2021, le centre hospitalier Cœur du Bourbonnais, représenté par la SELAS Seban Auvergne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 31 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 juin 2021.
Par courrier du 20 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen de légalité externe tiré de l'absence de procédure contradictoire, qui n'est pas d'ordre public, soulevé postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux (Conseil d'Etat, Intercopie, 20 février 1953).
Par courrier du même jour, elles ont été informées, en application des mêmes dispositions, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de placer Mme A en congé de longue durée, dès lors qu'elle n'avait, à la date de la décision attaquée, formulée auprès de son employeur aucune demande en ce sens.
II. Par une requête enregistrée le 11 février 2021 sous le numéro 2100288, Mme C A, représentée par la SCP Lardans - Tachon - Michaleff, Me Tachon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020, par laquelle le directeur du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais a décidé de la placer en disponibilité d'office pour une durée de six mois à compter du 1er novembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée de vices de procédure, dès lors qu'elle n'a été informée ni de la date de la réunion du comité médical ni de ses droits, que la lecture de cette décision ne lui permet pas de savoir sur quels éléments le comité médical a fondé son avis, et qu'elle n'a pas non plus été informée de la réunion de la commission de réforme dont il est fait mention dans la décision ;
- le centre hospitalier ne pouvait pas prendre la décision de la placer en disponibilité d'office sans procéder à une nouvelle expertise médicale ;
- son état de santé correspond à une maladie mentale telle que visée par l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, de sorte qu'elle aurait dû être placée en congé longue durée imputable au service, même sans demande explicite de sa part.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2021, le centre hospitalier Cœur du Bourbonnais, représenté par la SELAS Seban Auvergne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 10 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée lieu au 10 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Trimouille ;
- les conclusions de Mme B ;
- et les observations de Me Lantero, avocate du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, aide-soignante au centre hospitalier Cœur du Bourbonnais depuis 2010, a été titularisée en 2012. A la suite d'une dénonciation à son encontre par l'un de ses collègues, qui allait donner lieu à des poursuites judiciaires au terme desquelles Mme A a été relaxée, celle-ci a été placée en congé imputable au service à compter du 27 mars 2017 et jusqu'au 31 octobre 2019. Suite à l'avis de la commission de réforme du 22 janvier 2020, son état a été considéré comme consolidé à compter du 30 octobre 2019, de sorte qu'elle a été placée en congé maladie ordinaire à partir du 1er novembre 2019 par une décision du 4 février 2020. Par une seconde décision du 14 décembre 2020, elle a été placée en disponibilité d'office pour une durée de six mois à compter du 1er novembre 2020. Par la requête n° 2001358, Mme A demande l'annulation de la décision du 4 février 2020, et qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier de la placer en congé longue durée. Par la requête n° 2100288, elle demande l'annulation de la décision du 14 décembre 2020.
2. Les requêtes n° 2001358 et n° 2100288 concernent la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un jugement commun.
Sur la décision du 4 février 2020 plaçant Mme A en congé de maladie ordinaire :
3. En premier lieu, après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens présentés par le requérant qui ne se rattachent pas à l'une ou l'autre des deux causes juridiques, tirées de la régularité de la décision attaquée et de son bien-fondé, invoquée dans la requête avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours doit être regardé comme commençant à courir soit à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué soit, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un requérant donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.
4. Il ressort des pièces du dossier que, dans sa requête introductive d'instance enregistrée le 5 août 2020, Mme A a soulevé un moyen relevant exclusivement de la légalité interne de la décision en litige. Dans son mémoire enregistré le 12 février 2021, elle a soutenu en outre que cette décision avait été prise en l'absence de toute procédure contradictoire. Ce moyen qui relève de la légalité externe de l'acte attaqué et repose ainsi sur une cause juridique distincte de celle du moyen initialement soulevé dans la requête, a été présenté plus de deux mois après l'expiration du délai de recours contentieux, qui courait, en tout état de cause, à l'encontre de Mme A au plus tard à compter de la date de la saisine du tribunal, soit le 5 août 2020. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme irrecevable.
5. En deuxième lieu, Mme A fait valoir que son état de santé s'est dégradé au cours de l'année 2020, en se prévalant de plusieurs hospitalisations pour syndrome anxio-dépressif et intoxication médicamenteuse entre les mois de février et avril 2020, de sorte que l'administration aurait dû la placer en congé de longue durée pour maladie imputable au service.
6. D'une part, les circonstances invoquées sont postérieures à la décision attaquée, de sorte qu'ils sont sans effet sur sa légalité. D'autre part, la décision attaquée n'ayant pas pour objet de refuser à Mme A son placement en congé de longue durée, elle ne saurait être regardée comme illégale pour ce motif. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième et dernier lieu, la requérante doit être regardée comme soutenant que la décision en litige est entachée d'erreur d'appréciation. Elle se prévaut d'une part, des mêmes circonstances postérieures que celles évoquées au point 5, et d'autre part, de ce que la décision attaquée n'aurait pas dû suivre l'avis des rapports d'expertise sur la date de consolidation et l'absence de taux d'IPP, mais qu'elle aurait dû suivre l'avis du docteur D qui préconisait la poursuite de soins. Elle soutient que sa maladie est " évolutive et trouve son origine dans une " névropathie post-traumatique imputable au service ".
8. Toutefois, il ne ressort pas du rapport du docteur D que la pathologie actuelle de Mme A serait toujours en lien direct avec le service, évoquant seulement, de façon peu explicite, une névropathie " secondaire " à un stress post-traumatique professionnel. En outre, en estimant que son état était " consolidé " à la date du 8 juillet 2019, l'expert doit être regardé comme ayant exclu que la pathologie de l'intéressée présente toujours un lien avec le contexte professionnel. Ainsi, la commission de réforme a pu estimer que la prise en charge de la pathologie de Mme A comme maladie professionnelle devait s'interrompre au 30 octobre 2019, et l'administration prendre la décision en litige, assimilant la notion de consolidation à un refus de reconnaissance de l'imputabilité au service au-delà de cette date, dès lors que le lien entre la maladie, même toujours actuelle, et le service a disparu. La requérante quant à elle n'apporte aucun élément suffisant pour contredire cette appréciation. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le directeur du centre hospitalier a commis une erreur d'appréciation en refusant de reconnaître sa pathologie comme imputable au service au-delà du 30 octobre 2019.
9. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 4 février 2020 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction formulées dans la requête n° 2001358, sans qu'il soit utile, en l'état du dossier, d'ordonner une nouvelle expertise médicale.
Sur la décision du 14 décembre 2020 plaçant Mme A en disponibilité d'office pour une période de six mois :
10. Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales. " Aux termes de son article 36 : " La mise en disponibilité prévue aux articles 17 et 35 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission départementale de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. "
11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'un courrier a été adressé par le secrétariat du comité médical à Mme A le 20 novembre 2020, l'informant de la date de la réunion du 1er décembre 2020, de son objet - à savoir son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé -, et de la possibilité pour elle de présenter des observations écrites ou de faire intervenir en séance le médecin de son choix. Si le centre hospitalier n'apporte pas la preuve de la réception de ce courrier par l'agent, cette dernière ne conteste pas en avoir été destinataire. Dès lors, le moyen tiré de ce que Mme A n'aurait pas été informée ni de la date de la réunion du comité médical, ni de ses droits à cette occasion, doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il n'est pas contesté que Mme A, qui aurait pu solliciter la communication de l'avis du comité médical, s'est abstenue de le faire. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en se bornant à relever que la motivation de celle-ci ne lui permettrait pas de savoir sur quels éléments le comité a fondé son avis.
13. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'article 36 du décret du 19 avril 1988 que seul l'avis du comité médical ou de la commission de réforme est requis pour placer un agent en disponibilité d'office pour raison de santé, de sorte que la circonstance que Mme A n'a pas été informée de la réunion de la commission de réforme est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que la procédure contradictoire a été respectée lors de la réunion du comité médical.
14. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune disposition législative ni réglementaire que le centre hospitalier Cœur du Bourbonnais aurait dû faire procéder à une nouvelle expertise médicale avant de prendre la décision de placer Mme A en disponibilité d'office pour raisons de santé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
15. En cinquième et dernier lieu, la décision attaquée ne saurait être regardée comme illégale au motif que Mme A estime qu'elle aurait dû être placée en congé de longue durée, dès lors que ni le comité médical ni l'administration n'étaient saisis d'une telle demande.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2020, par laquelle le directeur du centre hospitalier Cœur du Bourbonnais l'a placée en disponibilité d'office pour une durée de six mois.
Sur les frais liés au litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes formées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Cœur du Bourbonnais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier Cœur du Bourbonnais.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Trimouille, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
C. TRIMOUILLE
La présidente,
S. BADER-KOZA
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 ; N° 2100288
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026