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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100787

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100787

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2021, M. D C, représenté par Me Shveda, demande au tribunal, au dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a imposé le port du masque, à compter du 7 avril 2021 et jusqu'au 3 mai 2021 dans les communes de plus de 1000 habitants du département du Puy-de-Dôme, à toute personne de 11 ans ou plus se trouvant sur la voie publique et dans les lieux ouverts au public en zone urbanisée, notamment dans les parcs et jardins publics, à l'exception des personnes en situation de handicap, munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et qui mettent en œuvre les mesures sanitaires de nature à prévenir la propagation du virus, de celles pratiquant une activité artistique ou sportive et des usagers de deux roues ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision méconnaît l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et l'article L. 121-1 du même code ;

- la mesure méconnaît l'article L. 3131-1 du code de la santé publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2021, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, et fait valoir qu'en tout état de cause la mesure est caduque.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine, signée à Oviedo le 4 avril 1997 ;

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 ;

- la loi n° 2020-856 du 9 juillet 2020 organisant la sortie de l'état d'urgence sanitaire;

-la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire et portant diverses mesures de gestion de la crise sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coquet, président,

- les conclusions de Mme Bentéjac, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, la décision contestée est signée par M. B A, sous-préfet directeur de cabinet du préfet du Puy-de-Dôme, qui disposait à cet effet d'une délégation consentie par ce dernier par arrêté du 4 février 2021 pour signer tous les actes administratifs relatifs aux affaires entrant, comme en l'espèce, dans les attributions et compétences du cabinet du préfet. Le moyen d'incompétence doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. Mais l'arrêté de police litigieux, qui restreint l'exercice des libertés publiques, n'est en tout état de cause pas une mesure individuelle défavorable. Le moyen, inopérant, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population. () ".

5. M. C fait valoir au soutien du moyen d'une part que rien n'habilite le préfet à exercer la police sanitaire dont il s'agit, d'autre part que la mesure, par sa portée générale sur l'ensemble du département, n'est pas proportionnée à la menace. Plus précisément, il fait valoir qu'il ne ressort d'aucune étude scientifique ni médicale que le port du masque en extérieur freinerait la propagation du virus. Il fait valoir à l'appui de cette allégation, que l'organisation mondiale de la santé recommande de ne pas imposer systématiquement le port du masque, que l'académie nationale de médecine n'a jamais préconisé le port du masque dans les lieux publics et enfin qu'un chef de service d'un hôpital parisien a indiqué sur la chaîne TF1 que le port du masque dans l'ensemble du territoire n'aurait pas de sens malgré la progression du variant.

6. Certes, d'une part, aux termes de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique applicable en l'espèce : " dans les circonscriptions territoriales où l'état d'urgence sanitaire est déclaré, le Premier ministre peut, par décret réglementaire pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, aux seules fins de garantir la santé publique " prendre un certain nombre de mesures de restriction ou d'interdiction des déplacements, activités et réunions " strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu ". Par ailleurs, selon le I de l'article 1er de la loi du 9 juillet 2020, dans le cadre de la sortie de l'état d'urgence sanitaire, le Premier ministre peut, par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, " 1° Réglementer ou () interdire la circulation des personnes et des véhicules, ainsi que l'accès aux moyens de transport collectif et les conditions de leur usage () ". Le II de cet article dispose que " () Lorsque les mesures prévues au même I doivent s'appliquer dans un champ géographique qui n'excède pas le territoire d'un département, le Premier ministre peut habiliter le représentant du département à les décider lui-même ". Le III de cet article prévoit que : " Les mesures prescrites en application du présent article sont strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires. ". Il s'ensuit que M. C est mal fondé à contester la compétence du préfet du Puy-de-Dôme à réglementer la circulation des personnes dans le département de son ressort.

7. Et, d'autre part, le caractère proportionné d'une mesure de police s'apprécie nécessairement en tenant compte de ses conséquences pour les personnes concernées et de son caractère approprié pour atteindre le but d'intérêt général poursuivi. Sa simplicité et sa lisibilité, nécessaires à sa bonne connaissance et à sa correcte application par les personnes auxquelles elle s'adresse, sont un élément de son effectivité qui doivent, à ce titre, être prises en considération. Il en résulte que le préfet, lorsqu'il détermine les lieux dans lesquels il rend obligatoire le port du masque, est en droit de délimiter des zones suffisamment larges pour englober de façon cohérente les points du territoire caractérisés par une forte densité de personnes ou une difficulté à assurer le respect de la distance physique, de sorte que les personnes qui s'y rendent puissent avoir aisément connaissance de la règle applicable et ne soient pas incitées à enlever puis remettre leur masque à plusieurs reprises au cours d'une même sortie. Il peut, de même, définir les horaires d'application de cette règle de façon uniforme dans l'ensemble d'une même commune, voire d'un même département, en considération des risques encourus dans les différentes zones couvertes par la mesure qu'il adopte. Il doit, toutefois, tenir compte de la contrainte que représente, même si elle reste mesurée, le port d'un masque par les habitants des communes concernées, qui doivent par ailleurs respecter cette obligation dans les transports en commun et, le plus souvent, dans leur établissement scolaire ou universitaire ou sur leur lieu de travail.

8. Pour autant, la doctrine du Haut conseil de santé publique, notamment exprimée dans son avis du 20 août 2020 " relatif à l'adaptation des mesures barrières et au port du masque dans les lieux clos recevant du public ", ou dans son avis du 24 avril 2020 " mesures barrières et de distanciation sociale à mettre en œuvre en population générale " n'envisage pour sa part le port du masque en population générale et à l'extérieur des bâtiments recevant du public que dans les cas où " la distance physique d'au moins 1 mètre ne peut être respectée ou garantie. ". Il en va de même pour le Conseil scientifique Covid-19 dans un avis du 20 avril 2020 qui n'envisage l'obligation du port du masque en population générale (" cela réduit la transmission des gouttelettes et peut-être des aérosols ") que dans les " lieux qui sont des espaces clos " ou des " espaces fermés ", des " lieux recevant du public " ou des masques doivent être proposés " pour les clients et les administrés ".

9. A la lumière de cette doctrine, invoquée nécessairement par le préfet lorsqu'il s'appuie en défense sur les décisions n° 443752 et 443751 du juge des référés du Conseil d'Etat, il ne ressort pas des pièces du dossier que la distance physique d'au moins 1 mètre ne puisse être respectée ou garantie dans les communes de moins de de 3500 habitants par toute personne âgée de plus de onze ans se trouvant sur la voie publique ou endroits qualifiés de " lieux ouverts au public en zone urbanisée ", tels que parcs et jardins publics. Dès lors, M. C est bien-fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a fait peser sur l'ensemble de la population du Puy de Dôme une contrainte disproportionnée au risque encourue en rendant obligatoire le port du masque à toute personne de 11 ans ou plus se trouvant sur la voie publique, en tant que cette obligation pesait sur dans les communes de moins de 3500 habitants.

Sur les frais de l'instance :

10. M. C ne justifie pas avoir exposé des frais pour la présente instance. Il n'est pas fondé à demander le bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2021061Z du 5 avril 2021 du préfet du Puy-de-Dôme portant mesures de freinage départementales dans le cadre de la lutte contre l'épidémie COVID-19 est annulé en tant qu'il portait sur les communes de moins de 3500 habitants.

Article 2 : Les conclusions de M. C tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gazagnes, président,

M. Coquet, président assesseur,

Mme Trimouille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. COQUET

Le président,

Ph. GAZAGNES Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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