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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102060

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102060

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2021 et le 20 octobre 2021, Mme A C, représentée par la SCP Borie et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter, sans délai, le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la requête, enregistrée dans le délai de recours contentieux, est recevable ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- l'administration n'a pas pu disposer d'éléments nécessaires pour apprécier le bien-fondé de sa demande de titre de séjour dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de recevoir les courriers de la préfecture lui demandant des pièces complémentaires ;

- sa demande de titre de séjour étant fondée sur l'état de santé de son fils B, le préfet de l'Allier ne pouvait lui opposer un refus de titre de séjour sans saisir au préalable l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le refus de titre de séjour méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son ancienneté sur le territoire français où sont scolarisés ses deux enfants, également nés en France ;

- le préfet aurait dû exercer son pouvoir de régularisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France et de la présence sur le territoire national de ses deux enfants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre 2021 et le 29 juillet 2022, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 février 2023.

Par une décision du 29 décembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Panighel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, de nationalité algérienne, déclare être entrée en France le 1er mai 2015 sous couvert d'un passeport algérien revêtu d'un visa C valable pour l'Espagne du 18 mars 2015 au 1er mai 2015. Le 15 avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 7 septembre 2021, le préfet de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter, sans délai, le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 1er octobre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal a renvoyé à la formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions de Mme C dirigées contre le refus de titre de séjour contenu dans l'arrêté du 7 septembre 2021 et rejeté les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pendant dix-huit mois ainsi que les conclusions présentées par requête distincte contre l'arrêté du même jour l'assignant à résidence. Seules demeurent donc en litige les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du 7 septembre 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour, qui vise en particulier l'article 6 de l'accord franco-algérien, et explicite les motifs pour lesquels Mme C ne peut prétendre à la délivrance du titre de séjour sollicité, comporte les considérations en droit et en fait qui la fondent. Si Mme C soutient que le préfet n'établit pas qu'il lui a bien adressé ses demandes de pièces complémentaires pour l'instruction de sa demande de titre de séjour, cette circonstance est sans incidence sur le caractère suffisamment motivé du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Allier n'a pas fondé sa décision de refus de titre de séjour sur le fait que Mme C n'a pas produit les pièces complémentaires demandées mais après avoir apprécié concrètement sa situation personnelle au regard de son droit au séjour en France. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été en mesure de recevoir les courriers de la préfecture lui demandant la production de pièces complémentaires.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France au plus tard au mois d'août 2015, date à laquelle elle a accouché de son premier enfant. Elle a fait l'objet d'une première décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire en date du 27 août 2018 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 16 mai 2019. Elle ne conteste pas ne pas être dépourvue de liens familiaux dans son pays d'origine ou vivent ses parents et ses cinq frères et sœurs. Il est également constant que son compagnon, également de nationalité algérienne, vit en France sans titre de séjour et le préfet de l'Allier soutient par ailleurs, sans être contesté, que ce dernier s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Si la requérante fait valoir qu'elle a précédemment déposé une demande de titre de séjour en raison de l'état de santé de son fils né en 2017, il ressort des termes non contestés de la décision attaquée que le préfet, après avoir examiné cette demande et saisi pour avis le collège de médecins pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration, refusé de lui délivrer un titre de séjour à ce titre aux termes de la première décision de refus de titre de séjour du 27 août 2018. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la dernière demande de titre de séjour formée par la requérante, rejetée par la décision en litige, était fondée sur l'état de santé de son fils et aucun élément du dossier ne permet davantage de considérer que ce dernier ne pourrait pas voyager avec sa famille à destination de l'Algérie. Il n'est pas davantage allégué que la scolarité des enfants de Mme C ne pourrait pas se poursuivre dans ce pays. Enfin, s'il ressort des pièces produites par la requérante qu'elle était enceinte de cinq mois début octobre 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que l'état de santé de la requérante ne lui permettait pas de quitter le territoire français. Ainsi, la cellule familiale de Mme C peut se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et en dépit de l'ancienneté de son séjour en France, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni que c'est à tort que le préfet a refusé, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation de Mme C, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 septembre 2021 par laquelle le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent par suite être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

Le rapporteur,

L. PANIGHEL La présidente,

C. COURRET

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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