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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102702

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102702

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantLAFFONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2021, complétée par des mémoires enregistrés les 28 mai 2023 et 11 décembre 2023, non communiqués, Mme A B, représentée par Me Laffont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Loire a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, C, ensemble la décision du 1er juillet 2021 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire de réexaminer sa demande et d'accorder le bénéfice du regroupement familial à sa fille C ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence négative dès lors qu'en lui refusant le bénéfice du regroupement familial au motif de l'absence d'une décision de justice lui accordant l'autorité parentale sur son enfant, le préfet a refusé d'exercer sa compétence ;

- elle méconnaît l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'exigence de la décision de justice ne la concerne pas ;

- elle méconnaît l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne se trouve dans aucune des situations prévues par cet article ;

- elle méconnaît l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le lien de filiation est établi et que le père de l'enfant ne s'occupe pas de l'enfant pour lequel le regroupement familial est sollicité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 12 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mai 2023.

Par une décision du 29 septembre 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bentéjac a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise, a présenté le 21 septembre 2020 une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille, C. Par décision du 19 mars 2021, le préfet de la Haute-Loire a rejeté cette demande aux motifs que la requérante ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes et qu'elle ne présentait pas une décision de justice lui accordant l'autorité parentale sur sa fille. Par une décision du 1er juillet 2021, la même autorité a rejeté le recours gracieux de la requérante dès lors qu'elle ne produisait pas de décision de justice lui confiant l'autorité parentale sur sa fille. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " () Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 411-1 à L. 411-3. Un regroupement partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code, alors en vigueur : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint dont, au jour de la demande, la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". Aux termes de l'article L. 411-3 de ce code, alors en vigueur : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ". Il résulte de ces dispositions que le droit à rejoindre un parent étranger résidant en France n'est ouvert à l'enfant d'un seul des membres du couple que si son autre parent est décédé ou déchu de l'autorité parentale ou s'il a été confié à l'un de ses parents en exécution d'une décision d'une juridiction étrangère et avec l'autorisation de ce parent.

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de sa fille dont la filiation est établie à l'égard de l'autre parent qui n'est ni décédé ni déchu de ses droits parentaux. Elle entrait ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version en vigueur à la date des décisions contestées, qui exigent la production d'une décision de justice confiant l'autorité parentale au demandeur. Or, la requérante ne produit pas de décision de justice lui confiant l'exercice de l'autorité parentale, le document intitulé " demande de délégation totale et définitive de l'autorité parentale " signé par le père de l'enfant ne pouvant en tenir lieu. Mme B n'est, dès lors, pas fondée à soutenir qu'en lui opposant l'absence d'une telle décision de justice, le préfet de la Haute-Loire a méconnu l'étendue de sa compétence et entaché sa décision d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 19 mars 2021, par laquelle le préfet de la Haute-Loire a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial, ensemble la décision du 1er juillet 2021 rejetant son recours gracieux. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Loire.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJAC

L'assesseur le plus ancien,

J-M. DEBRION

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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