jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2102820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP BORIE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102820 le 13 décembre 2021, et un mémoire enregistré le 8 décembre 2022, Mme A D, représentée par la SCP Borie et associés, Me Kiganga, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Allier a implicitement refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour reçue de manière complète le 19 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ainsi qu'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 600 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le refus de séjour est entaché d'un défaut de motivation, faute pour le préfet de lui avoir communiqué les motifs de cette décision malgré une demande présentée en ce sens ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200884 le 22 avril 2022, et un mémoire enregistré le 8 décembre 2022, Mme A D, représentée par la SCP Borie et associés, Me Kiganga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée à défaut de se conformer à cette obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ainsi qu'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 600 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur le refus de séjour :
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Kiganga, avocat de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante marocaine, est entrée en France le 15 octobre 2017 selon ses déclarations. La demande de titre de séjour qu'elle a formée en se prévalant de son mariage avec M. B, ressortissant français, le 16 février 2019, et de ses liens personnels en France a fait l'objet d'un rejet par une décision du 24 juin 2019, décision assortie d'une mesure d'éloignement. La légalité des décisions prises à son encontre le 24 juin 2019 a été confirmée par le tribunal et la cour administrative d'appel de Lyon. Le 13 avril 2021, Mme D a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa qualité de conjoint de Français et de ses liens personnels en France. Cette demande, complétée le 19 mai 2021, a donné naissance à une décision implicite de rejet. Puis, par un arrêté du 14 décembre 2021, le préfet de l'Allier a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée par Mme D, a assorti ce refus d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée à défaut de se conformer à cette obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par la requête n° 2102820, Mme D demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, et, par la requête n° 2200884, Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2021 pris par le préfet de l'Allier.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2102820 et n° 2200884 concernent la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. En l'espèce, le préfet de l'Allier a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée par Mme D par une décision du 14 décembre 2021. Par suite, la requête de Mme D tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Allier a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre la décision du 14 décembre 2021 portant expressément refus de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
5. En premier lieu, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. La seule production de quittances de loyer, de factures et de divers documents mentionnant une adresse de Mme D identique à celle M. B ne suffit pas à établir la réalité d'une vie commune avec ce dernier et ne permet pas de contester sérieusement le rapport de police en date du 26 mai 2021 duquel il ressort, qu'à cette date, aucune communauté de vie entre la requérante et M. B n'était effective. Mme D ne justifie d'aucune intégration particulière dans la société française et elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Dans ces conditions, la requérante n'est fondée à soutenir ni que la décision portant refus de séjour prise à son encontre est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, ni que cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En dernier lieu, la seule circonstance que les services de la préfecture ne lui auraient pas expliqué les raisons de leur silence de plus de onze mois sur sa demande de titre de séjour ne saurait établir l'existence d'un détournement de pouvoir commis par le préfet pour prendre la décision litigieuse. Le moyen tiré d'un détournement de pouvoir doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7 à propos de la réalité de la vie commune entre Mme D et M. B et dès lors que le refus d'accorder un délai de départ volontaire trouve son fondement dans le fait que l'intéressée a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée malgré la confirmation de la légalité de cette mesure tant par le tribunal que par la cour administrative d'appel de Lyon, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige, prise sur le fondement des dispositions citées au point précédent, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée à défaut de se conformer à cette obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2102820 et n° 2200884 de Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Trimouille, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
Le rapporteur,
J-M. C
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2102820 et 2200884
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026