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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200259

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200259

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantPIEROT VICTORINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2022, M. D B B, représenté par Me Pierot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a remis aux autorités grecques et l'a interdit de circulation sur le territoire français pendant une durée de 24 mois.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elle ne sont pas suffisamment motivées ;

- les décisions attaquées sont illégales dès lors qu'il séjournait depuis moins de 90 jours à la date de ces décisions ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B B, de nationalité camerounaise titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités grecques, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a remis aux autorités de cet Etat et l'a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de 24 mois.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée, soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé pour le préfet de la Haute-Loire, M. A C, par M. E F, directeur des services du cabinet du préfet de la Haute-Loire, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par le préfet par arrêté du 1er juillet 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, afin de prendre, dans le cadre des permanences et dans le ressort du département de la Haute-Loire, " les décisions prises en application du livre II, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le cadre de l'éloignement des étrangers en situation irrégulière ". D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C et M. F étaient effectivement nommés à leurs fonctions respectives à la date de l'arrêté attaqué. D'autre part, il ressort du tableau produit par le préfet de la Haute-Loire que M. F était de permanence la semaine du 3 au 10 décembre 2021. Enfin, les décisions comprises dans l'arrêté attaqué ont été prises en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, et d'une part, la décision ordonnant la remise de M. B B aux autorités grecques, qui vise les articles L. 621-2, L. 621-3 et L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'il a séjourné en France plus de 90 jours sans se conformer aux dispositions de ce dernier article, ne dispose d'aucun droit au séjour en France et est titulaire d'un titre de séjour grec, comprend les considérations en droit et en fait qui la fondent. D'autre part, l'interdiction de circulation sur le territoire français, qui vise l'article L. 622-1 de ce code et énonce que M. B B est entré en France depuis moins d'un an, est célibataire, sans enfant, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ne peut se prévaloir " d'un projet de mariage qui présente toutes les caractéristiques d'un mariage frauduleux " et représente une menace pour l'ordre public, comprend également les considérations en droit et en fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, () les droits attaché à une carte de séjour temporaire () ; / 3° Une carte de séjour temporaire ; / 4° Une carte de séjour pluriannuelle ; / 5° Une carte de résident ; / 6° Une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" () ". Aux termes de l'article L. 621-2 de ce code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". Aux termes de l'article L. 621-3 de ce même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". Selon l'article 21 de cette convention, les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées aux points a), c), et e) du paragraphe 1 de l'article 5. Enfin, en vertu de l'article 22 de cette convention, les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes sont tenus de se déclarer aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent.

7. La remise de M. B B aux autorités grecques est fondée sur la circonstance que l'intéressé séjournait depuis plus de 3 mois sur le territoire français sans se conformer aux dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 21 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990. M. B B, qui a lui-même soutenu, lors de son audition le 6 décembre 2021 par les services de gendarmerie de la Haute-Loire, qu'il est entré la dernière fois en France en juin 2021 et qu'il s'y est maintenu alors même qu'il savait qu'il ne pouvait régulièrement y séjourner plus de trois mois, fait désormais valoir, devant le tribunal, qu'il se rend régulièrement en Allemagne pour rechercher un emploi, et soutient être entré pour la dernière fois sur le territoire français en provenance de ce pays le 29 septembre 2021, soit moins de trois mois avant la décision attaquée. Toutefois, la réservation à son nom d'un billet de train pour le 20 septembre reliant les communes de Paris et de Francfort, et la production de billets de train non nominatifs du 25 septembre 2021 pour un trajet entre Leipzig et Paris ne permettent pas de corroborer ses allégations. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Haute-Loire l'a remis aux autorités grecques.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 622-3 de ce code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'entrée de M. B B était très récente à la date de la décision attaquée. Si M. B B entend se prévaloir d'une relation qu'il a nouée en France avec une ressortissante française depuis le mois de juin 2021, cette relation ne présente pas de caractère stable, ancien et intense, en dépit de la déclaration de mariage déposée en octobre 2021 par le couple. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, prononcée le 25 mars 2019 par le préfet de police de Paris. Dans ces conditions, et alors même que sa présence en France ne constituerait pas une menace à l'ordre public, contrairement à ce qu'a pu relever le préfet de la Haute-Loire dans sa décision, M. B B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de 24 mois présente un caractère disproportionné.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a ordonné sa remise aux autorités grecques et assorti cette décision d'une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B B et au préfet de la Haute-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. G

La présidente,

C. COURRETLa greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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