mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201985 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SHVEDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2022, M. G C, représenté par Me Shveda, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un récépissé dans l'attente de l'examen approfondi de sa situation pour la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " étudiant ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il est intégré et souhaite réaliser en France son projet professionnel ;
- l'obligation qui lui est faite de se présenter tous les jours aux commissariat de police de Clermont-Ferrand à 9h30 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui a eu lieu le 21 septembre 2022 à 11h30, en présence de Mme Humez, greffière d'audience, à laquelle le préfet du Cantal n'était ni présent ni représenté :
- le rapport de M. F,
- les observations de Me Shveda, représentant M. C, qui reprend le contenu de ses écritures et fait valoir que si M. C a été placé en garde à vue le 31 juillet 2022 pour des faits de vol, menaces avec arme et ivresse publique et manifeste, l'affaire a été classée sans suite. Elle ajoute que l'obligation de présentation quotidienne aux services de l'hôtel de police faite à M. C, qui prive ce dernier de la possibilité de suivre ses cours de terminale de bac professionnel, porte atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- et les observations de M. C, qui déclare vouloir rester sur le territoire français pour y établir sa vie professionnelle et familiale.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, de nationalité guinéenne, demande l'annulation de la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé, pour une durée de 45 jours, son assignation à résidence et l'a obligé à se présenter tous les jours à 09h30 auprès des services de l'hôtel de police de Clermont-Ferrand.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. La décision attaquée a été signée par Mme D B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 3 février 2022. Cet arrêté, accessible tant au juge qu'aux parties, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, donnait délégation à Mme B à l'effet de signer, sous l'autorité de Mme E A, directrice de la citoyenneté et de la légalité, tous actes administratifs entrant dans les attributions de son service à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par ce même arrêté, le préfet lui a également accordé une délégation de signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, les décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire ainsi que les décisions relatives aux mesures d'éloignement prises dans le cadre de l'Union européenne et de la convention de Schengen. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué par le requérant que Mme A n'était pas absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision renouvelant l'assignation à résidence de M. C, comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 12 octobre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le recours contentieux de M. C dirigé contre les décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, l'interdisant de retour sur le territoire français et l'assignant à résidence, a été rejeté par un jugement du magistrat désigné du tribunal en date du 21 octobre 2021. En l'absence d'appel formé contre ce jugement, la mesure d'éloignement dont fait l'objet le requérant est devenue définitive. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette mesure, dirigé contre la décision attaquée, ne peut qu'être écarté compte tenu de ce qui a été dit au point 6.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme aurait fixé à une fois par jour la fréquence de l'obligation de présentation de M. C aux services de l'hôtel de police de Clermont-Ferrand dans le but de favoriser son départ volontaire du territoire français, alors, au demeurant, qu'il a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter ce territoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est inscrit, au titre de l'année scolaire 2022-2023, en terminale professionnelle au lycée La Fayette à Clermont-Ferrand et qu'il est interne dans cet établissement. M. C produit aussi son emploi du temps ainsi qu'une attestation de présence au lycée La Fayette du 7 au 16 septembre 2022, dont il ressort que ses cours commencent à 08h00, à l'exception du lundi, où son premier cours débute à 09h30. Dès lors, une présentation chaque jour de la semaine à 09h30 dans les locaux de l'hôtel de police de Clermont-Ferrand est incompatible avec sa scolarité et un tel emploi du temps. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'obligation de présentation quotidienne auprès des services de l'hôtel de police de Clermont-Ferrand est disproportionnée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle le soumet à une obligation quotidienne de présentation à 09h30 dans les locaux de l'hôtel de police de Clermont-Ferrand.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement, qui annule la décision attaquée en tant qu'elle soumet M. C à une obligation quotidienne de présentation à 09h30 dans les locaux de l'hôtel de police de Clermont-Ferrand n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par M. C au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 15 septembre 2022 du préfet du Puy-de-Dôme est annulée en tant qu'elle oblige M. C à se présenter à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand tous les jours à 09h30.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.
Le rapporteur,
L. F
La greffière,
C. HUMEZ La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026