vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300581 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET FRECHE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 avril 2023, la société Nex Continental Holdings, représentée par Me Lenat, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la procédure d'attribution du marché global de performance pour l'expérimentation d'une ligne de bus à hydrogène sur le réseau clermontois ainsi que toutes les décisions qui s'y rapporte ;
2°) d'enjoindre au syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération clermontoise (SMTC AC) d'avoir à communiquer sans délai les motifs détaillés du rejet de son offre ainsi que tous les éléments de nature à permettre d'appréhender les facteurs qui l'ont conduit à attribuer l'offre à la société Keolis, en ce compris le rapport d'analyse des offres et les méthodes de notations retenues ;
3°) d'annuler la décision du SMTC AC portant rejet de son offre ainsi que la décision d'attribution dudit marché à la société Keolis ;
4°) d'annuler la procédure de passation dudit marché ;
5°) de mettre à la charge du SMTC AC la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il ne ressort pas de la lettre de rejet de son offre la manière dont le SMTC AC a attribué les notes aux sociétés candidates ; rien n'interdit au SMTC AC de communiquer son rapport d'analyse des offres ainsi que les méthodes de notation retenues pour procéder à la détermination de l'offre économiquement la plus avantageuse ;
- à considérer l'écart de notes conséquent constaté entre celle obtenue par la variante de la société Keolis et celle obtenue par l'offre de base qu'elle a remise, s'agissant du critère " valeur technique " (écart de plus de 8 points sur 30 possibles), on ne peut que supposer (la notation de ce sous-critère n'ayant pas été divulguée par le SMTC AC que cet écart est considérable s'agissant du sous-critère " caractéristiques des véhicules fournis " ; un tel écart ne peut que traduire la volonté initiale du SMTC AC de favoriser une solution avec bus " rétrofités " qui aurait dû être présentée dans les documents de la consultation comme l'offre de base ; cette inversion des préférences de l'acheteur public par rapport à ce que mentionnaient les documents de la consultation a nécessairement été de nature à l'induire en erreur sur les attentes véritables du SMTC AC ;
- son offre a été dénaturée ; elle a bien fourni l'ensemble des éléments demandés ; s'agissant de la solution palliative à une indisponibilité totale de la station de production, elle avait très explicitement répondu à la question posée à cet égard lors des questions remises préalablement à la séance de négociation du 24 novembre 2022 ; en ne tenant pas compte de ces éléments de réponse et en constatant un défaut de production de ceux-ci dans le cadre de l'examen de son offre, le SMTC AC a nécessairement procédé à une dénaturation de cette dernière.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération clermontoise (SMTC AC), représenté par Me Pezin et Me Cabanes conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les documents relatifs à la passation des marchés publics étant considérés comme des documents préparatoires tant que la procédure n'est pas close, le rapport d'analyse des offres n'est pas communicable ; il n'entre pas dans l'office du juge des référés précontractuels d'ordonner la communication d'un tel rapport ;
- en tout état de cause, il a respecté son obligation d'information du candidat évincé ; les notes attribuées sont précisées dans la présente instance ;
- rien ne permet de douter de la cohérence des appréciations qu'il a portées, voire de la régularité de la méthode de notation des offres concernant les éléments qualitatifs ; la thèse de la requérante repose sur des supputations et postulats erronés ; il n'a pas inversé ses préférences ; il s'est borné à mettre en œuvre les critères et sous-critères de jugement des offres, indifféremment aux offres de base et aux variantes.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, la société Keolis, représentée par Me De Moustier, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l'ensemble des informations requises au titre du courrier d'information immédiate des candidats figure bien dans le courrier de rejet de l'offre de la requérante ; en outre, la société requérante n'a formulé aucune demande concernant les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ;
- le SMTC AC n'a pas inversé ses références ni favorisé illégalement une solution avec bus " rétrofités " mais a seulement fait application des critères et sous-critères ainsi que de leur pondération tels qu'annoncés dans le règlement de la consultation ;
- la société requérante n'est pas susceptible d'avoir été lésée par le manquement invoqué dès lors que son offre a été classée en 3e position ; rien ne lui interdisait de remettre une offre variante avec la solution des bus " rétrofités ".
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2023 à 9 h 30, en présence de Mme Batisse, greffière :
- le rapport de Mme Bader-Koza, juge des référés,
- les observations de Me Lenat, avocat de la société Nex Continental Holding, de Me Pezin, avocat du STMC AC et de Me De Moustier, avocat de la société Keolis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, (), peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () ".
2. Il résulte de ces dispositions, que le juge saisi, qui statue en la forme des référés, peut ordonner à l'auteur d'un manquement aux dispositions auxquelles ce texte se réfère de se conformer à ses obligations, suspendre la passation du contrat ou l'exécution de toute décision qui s'y rapporte, annuler ces décisions et supprimer des clauses ou des prescriptions destinées à figurer dans le contrat.
3. Il résulte de l'instruction que par un avis d'appel public à la concurrence publié le 22 décembre 2021, le Syndicat Mixte des Transports en Commun de l'Agglomération Clermontoise (SMTC AC) a organisé une consultation, sous la forme d'une procédure formalisée restreinte avec négociation, pour l'attribution d'un marché public global de performance ayant pour objet la mise en œuvre de l'ensemble des prestations nécessaires à la conception, la réalisation et l'exploitation d'une solution permettant la mise en place d'une ligne de bus à Hydrogène sur son territoire. Trois candidats, dont la société Keolis et le groupement constitué des sociétés Nexcon et Cars Rochette, ont remis, dans le délai imparti, une candidature. Après analyse des trois candidatures, les trois candidats ont été admis à soumissionner et ont remis une offre initiale dans le délai imparti. Le SMTC AC a alors décidé d'organiser des négociations avec les trois soumissionnaires. Aux termes des négociations, chacun des trois soumissionnaires a remis une offre finale avant la date limite fixée au 3 février 2023. L'offre variante de la société Keolis étant ressortie en première position de l'analyse des offres au regard des critères annoncés et sur la base du cadre de mémoire technique, le SMTC AC a informé le groupement Nexcon-Rochette, par courrier du 9 mars 2023, du rejet de son offre et du choix de celle de la société Keolis, en précisant la note globale du candidat retenu et le montant de son offre, le classement de l'offre du groupement Nexcon-Rochette en troisième position et les notes attribuées au titre de chacun des critères à chacun de ces deux candidats. Par la présente requête, la société Nex Continental Holdings demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au SMTC AC de communiquer sans délai les motifs détaillés du rejet de son offre ainsi que tous les éléments de nature à permettre d'appréhender les facteurs qui l'ont conduit à attribuer l'offre à la société Keolis, en ce compris le rapport d'analyse des offres et les méthodes de notations retenues, de suspendre la procédure d'attribution du marché ainsi que toutes les décisions qui s'y rapporte, d'annuler la décision portant rejet de son offre ainsi que la décision d'attribution dudit marché à la société Keolis et d'annuler la procédure de passation dudit marché.
4. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par l'autorité concédante, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'autorité concédante n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement les termes et procédés ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que pour l'appréciation de la valeur des offres, le critère " valeur technique " noté sur 30 points a été subdivisé en trois sous-critères notés, chacun, sur dix points " avitaillement des véhicules à hydrogène ", " caractéristiques des véhicules fournis " et " gestion des interfaces ". Il en ressort que l'offre de la société requérante sur le second sous-critère a été noté 8,33/10 alors que l'offre retenue de la société Keolis, soit la solution avec des bus " rétrofités " a été noté 8,67/10, soit un écart de note très réduit. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'écart de note serait tel qu'il traduirait la volonté initiale du SMTC AC de favoriser une telle solution avec bus " rétrofités ", sans en avoir fait mention dans les documents de la consultation, et qu'elle aurait ainsi été induite en erreur sur les attentes véritables de l'autorité concédante.
6. En second lieu, il résulte également de l'instruction que par courrier du 11 janvier 2023, le SMTC AC a informé la société requérante qu'elle était invitée à déposer une offre finale tout en rappelant notamment que " seuls les éléments constituant les offres finales seront analysés pour juger les offres du candidat. Des engagements formulés en cours de négociation et qui ne seraient pas repris formellement dans les offres finales ne pourront pas être pris en compte dans le jugement de ces dernières : les candidats sont donc invités à intégrer dans le corps de leur offre les éléments de réponse fournis à l'issue des négociations ". Si la société Nex Continental Holdings expose qu'elle a bien fourni l'ensemble des éléments demandés et que, s'agissant de la solution palliative à une indisponibilité totale de la station de production d'hydrogène, elle avait très explicitement répondu à la question posée à cet égard lors des questions remises préalablement à la séance de négociation du 24 novembre 2022, elle admet implicitement ne pas avoir repris ses éléments dans son offre finale. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le SMTC AC aurait procédé à une dénaturation de son offre en constatant un défaut de production des éléments précités dans le cadre de l'examen de son offre.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de suspension présentées par la société Nex Continental Holdings ne peuvent qu'être rejetées.
8. Si la société requérante demande également au juge des référés d'enjoindre au SMTC AC de lui communiquer, sans délai, les motifs détaillés du rejet de son offre, les éléments produits tant dans le courrier de notification du rejet de son offre que dans la présente instance suffisent à satisfaire aux exigences posées par le code de la commande publique. Par suite, cette demande est dépourvue d'objet. En outre, si la société Nex Continental Holdings demande également au juge des référés d'enjoindre au SMTC AC de produire tous les éléments de nature à permettre d'appréhender les facteurs qui l'ont conduit à attribuer l'offre à la société Keolis, en ce compris le rapport d'analyse des offres et les méthodes de notations retenues, il n'entre pas dans l'office du juge des référés pré-contractuels tel que défini par l'article L. 551-1 du code de justice administrative d'ordonner la communication de ces documents. Par suite, il y a lieu de rejeter cette demande.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Nex Continental Holdgins les sommes de 1 500 euros à verser au SMTC AC d'une part et à la société Keolis d'autre part au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge du SMTC AC, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Nex Continental Holdings est rejetée.
Article 2 : En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la société Nex Continental Holdings versera la somme de 1 500 euros au syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération clermontoise et la somme de 1 500 euros à la société Keolis.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Nex Continental Holdings, au syndicat mixte des transports en commun de l'agglomération clermontoise et à la société Keolis.
Fait à Clermont-Ferrand, le 14 avril 2023.
La juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026