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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400409

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400409

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024, Mme B A, représentée par Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, l'a astreinte à résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter auprès des services de la direction interdépartementale de la police nationale, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour cette même durée et lui a retiré son attestation de demande d'asile ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

- la décision est insuffisamment motivée en l'absence de considérations de droit et de faits circonstanciées et au regard d'une motivation dépersonnalisée et stéréotypée ; qu'en particulier, n'ont pas été prises en considération les raisons de sa venue en France ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur les conclusions à fin de suspension :

- elle est dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile et est donc fondée à obtenir la suspension de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 mars 2024, en présence de M. Morelière, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- Me Lauvergne, substituant Me Loiseau, avocate de Mme A.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante géorgienne, est entrée en France le 12 juillet 2023 et a présenté une demande d'asile le 5 octobre suivant. Cette dernière a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 novembre 2023, notifiée le 22 décembre 2023, qu'elle a contestée devant la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 23 janvier 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, l'a astreinte à résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter les mardis à 10 h auprès des services de la direction interdépartementale de la police nationale, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour cette même durée et lui a retiré son attestation de demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite et, alors que le préfet du Puy-de-Dôme n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays de destination.

4. En troisième lieu, si Mme A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est entrée très récemment en France accompagnée de ses deux enfants mineurs. En se bornant à se prévaloir de ce que son mari, duquel elle indique être séparée, travaille sur le territoire français sous couvert d'un visa de long séjour " salarié ", que ses enfants sont scolarisés en France et qu'elle suit des cours de français depuis le mois d'octobre 2023, la requérante ne démontre pas qu'elle aurait ancré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, la requérante, qui n'établit ni n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans, n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, elle n'a toutefois ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur mère. Au demeurant, si Mme A soutient que la décision attaquée conduirait à séparer ses enfants mineurs de leur père, lequel vit en France sous couvert d'un visa de long séjour " salarié ", il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment des propres écritures de la requérante que cette dernière est séparée de M. A. En outre, la requérante n'établit pas que M. A entretiendrait des liens avec ses enfants ou qu'il contribuerait à leur entretien ou leur éducation. Par suite, le moyen tiré de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

7. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

8. Mme A ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions et, au regard de tout ce qui précède, la requérante n'est pas fondée à demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige ou, à tout le moins, la suspension de cet acte. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

11. Il résulte des points précédents que les conclusions présentées par Mme A sont manifestement infondées. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ZR

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