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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001073

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001073

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001073
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTRIGANO LAFOUGERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 25 mai 2020, le président du tribunal administratif de Bordeaux a transmis le dossier de la requête de la société par actions simplifiée (SAS) La Grande Lande au tribunal administratif de Pau en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Pau le 4 juin 2020, la SAS La Grande Lande, représentée par Me Trigano-Lafougère, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017, à hauteur de la somme de 33 333 euros en droits, et des intérêts de retard correspondants d'un montant de 733 euros.

Elle soutient que la cession de l'activité de gestion locative de l'agence de Mimizan remplit les conditions d'une cession de branche complète d'activité, laquelle doit permettre une exploitation autonome, tant dans l'organisation interne qu'externe ; il y a bien eu transfert complet des éléments essentiels, dans son patrimoine, de cette activité, dans des conditions permettant à la cessionnaire d'en disposer durablement ; le transfert du contrat de travail de l'agent chargé de la gestion locative annuelle n'a pas pu avoir lieu à la date de la cession dès lors que cet agent avait été recruté un mois auparavant par la cessionnaire ; elle disposait d'un compte bancaire spécifique dédié à cette activité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2020, la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la SAS La Grande Lande n'est fondé.

Par ordonnance du 4 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Clen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) La Grande Lande, créée le 27 août 2001 et dont le siège social est à Castets (Landes), a pour objet social toutes opérations liées à l'immobilier. Son gérant est M. D C. Elle a pour associée unique la société à responsabilité limitée (SARL) Pierre Adams, laquelle est détenue à 100 % par M. et Mme C. Elle a conclu un contrat de licence avec la marque Guy Hoquet Patrimoine, portant sur l'activité de gestion immobilière, et un contrat de franchise portant sur l'activité de transaction immobilière, exploitée sous l'enseigne Guy Hoquet, dans quatre agences situées à Mimizan, à Parentis-en-Born, à Biscarrosse et à Castets, dans le département des Landes. En 2017, elle a vendu les fonds de commerce des agences de Parentis-en-Born, Biscarrosse et Mimizan, pour la somme totale de 850 000 euros.

2. À l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017, étendue au 30 juin 2018 en matière de taxe sur le chiffre d'affaires, l'administration fiscale, par une proposition de rectification datée du 21 décembre 2018, a remis en cause l'exonération dont avait entendu bénéficier la société, sur le fondement de l'article 238 quindecies du code général des impôts, des plus-values réalisées lors des cessions des activités de gestion locative, au motif qu'il ne s'agissait pas de cessions de branche complète d'activité, et a rehaussé le résultat de l'exercice 2017 en conséquence. La société a fait part de ses observations le 21 février 2019. Par une décision du 19 avril 2019, le service a admis partiellement les demandes de l'intéressée et a maintenu les rectifications relatives aux cessions de l'activité de gestion locative des agences de Parentis-en-Born et de Mimizan, à hauteur respectivement de 125 000 euros et de 100 000 euros. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie à la demande de l'intéressée, a, lors de sa séance du 6 décembre 2019, considéré que le service avait, à tort, remis en cause l'exonération de la plus-value de cession partielle du fonds de commerce de l'agence de Parentis-en-Born, mais que, s'agissant de l'agence de Mimizan, la cession ne remplissait pas la condition légale tenant au transfert d'une branche complète d'activité si bien que le service avait pu à bon droit remettre en cause l'exonération de la plus-value d'un montant de 100 000 euros. L'administration a suivi l'avis de la commission et, par un avis du 15 janvier 2020, a mis en recouvrement les cotisations supplémentaires correspondantes d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2017, à hauteur de 33 333 euros en droits et de 733 euros d'intérêts de retard. La société a formé une réclamation le 14 février 2020, qui a été rejetée par une décision du 15 juin 2020. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires.

3. Aux termes de l'article 238 quindecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies et réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole à l'occasion de la transmission d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité autres que celles mentionnées au V sont exonérées pour : / 1° La totalité de leur montant lorsque la valeur des éléments transmis servant d'assiette aux droits d'enregistrement mentionnés aux articles 719,720 ou 724 ou des éléments similaires utilisés dans le cadre d'une exploitation agricole est inférieure ou égale à 300 000 € ; / () ".

4. En cas de cession d'une branche complète d'activité, la plus-value n'est exonérée, en application de ces dispositions, que si la branche d'activité cédée est susceptible de faire l'objet d'une exploitation autonome chez la société cédante comme chez la société cessionnaire, sous réserve que cet apport opère un transfert complet des éléments essentiels de cette activité tels qu'ils existaient dans le patrimoine de la société cédante et dans des conditions permettant à la société cessionnaire de disposer durablement de tous ces éléments. Pour l'application de ces dispositions, la transmission d'une branche complète d'activité est, au regard de la finalité poursuivie par le législateur, subordonnée au transfert effectif du personnel nécessaire, eu égard à la nature de l'activité et à la spécificité des emplois requis qui lui sont affectés, à la poursuite d'une exploitation autonome de l'activité. Le transfert des contrats de travail en cours, dans les conditions prévues par l'article L. 1224-1 du code du travail, assure, en principe, un tel transfert effectif du personnel. La seule vente d'une clientèle et des contrats qui lui sont attachés, en l'absence de cession des moyens en matériel et, le cas échéant, en personnel nécessaires à l'exercice de la branche d'activité dont il est le support, ne peut être regardée comme la transmission d'une branche complète d'activité au sens des dispositions précitées, dès lors que la clientèle ainsi que les contrats qui lui sont attachés ne peuvent être regardés comme susceptibles d'avoir fait l'objet d'une exploitation autonome chez le cédant.

5. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 1er octobre 2012, la SAS La Grande Lande a confié à la SAS Espaces Landes immobilier la gestion de son activité de gestion locative annuelle. Par contrat à durée déterminée, du 1er septembre 2016 au 28 février 2017, la SAS Espaces Landes immobilier a recruté une chargée de clientèle détenant l'aptitude nécessaire à l'obtention de la carte professionnelle requise à fin d'exercer l'activité de gestion locative de l'agence de Mimizan. À l'échéance de ce contrat, cette salariée a été recrutée en contrat à durée indéterminée, à compter du 1er mars 2017, par la société par actions unipersonnelle (SASU) Océine immobilier. Le 1er avril 2017, la SAS La Grande Lande a cédé à la SASU Océine immobilier, pour la somme de 100 000 euros, le fonds de commerce de son activité de gestion locative annuelle. Cette cession avait été précédée, le 1er mars 2017, entre les mêmes parties et au prix de 225 000 euros, de la cession de l'activité de transaction sur immeubles et fonds de commerce ainsi que celle de gestion locative saisonnière. Ainsi, lors de la cession de l'activité de gestion locative, la SAS La Grande Lande ne disposait d'aucun salarié dédié à cette activité dont la gestion avait, en tout état de cause, été confiée par convention à la SAS Espace Landes immobilier. Par ailleurs, le 1er novembre 2017, la SASU Océine immobilier a signé avec la société civile immobilière (SCI) Alix, représentée par M. C, son gérant, un avenant au bail commercial des locaux de l'agence de Mimizan, avec effet rétroactif au 1er mars 2017. L'administration fait valoir, sans être sérieusement contredite, que la cession de l'activité de gestion locative annuelle n'a consisté qu'en la cession des fichiers clients. Dès lors que cette cession ne s'est pas accompagnée du transfert du personnel permettant de réaliser cette activité, et qu'au surplus, la cession du bail commercial des locaux de l'agence s'est opérée seulement au mois de novembre 2017, la SAS La Grande Lande ne peut être regardée comme ayant opéré un transfert complet des éléments essentiels de l'activité de gestion locative. Par suite, elle ne pouvait prétendre au bénéfice de l'exonération de plus-value prévu par l'article 238 quindecies du code général des impôts.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SAS La Grande Lande à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2017, ainsi que des intérêts de retard correspondants, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS La Grande Lande est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS La Grande Lande et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Beneteau, première conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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