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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2000143

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2000143

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2000143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2020, Mme B A, représentée par Me Snoeckx, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 15 novembre 2019, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé, et non suspendu, en cas de refus d'une proposition d'hébergement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la vulnérabilité de sa situation n'ayant pas été prise en compte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, nos 428530, 428564, association Cimade et autres ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G E,

- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née en 1990, a présenté le 8 juillet 2019 une demande d'asile qui a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Par la décision en litige, en date du 15 novembre 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de son refus d'accepter l'hébergement qui lui a été proposé le 7 octobre 2019.

2. En premier lieu, par une décision du 2 septembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 16 octobre 2019, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme H C, directrice territoriale à Strasbourg, et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. F D, directeur territorial adjoint, à l'effet de signer tous actes, décisions et correspondances se rapportant aux missions dévolues à la direction de Strasbourg, comprenant les missions en matière d'accueil des demandeurs d'asile. Il n'est ni établi, ni même allégué, que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, signée par M. D, serait entachée du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à compter du 1er janvier 2019 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / () / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article () entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ".

4. Par sa décision nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a accepté l'offre de prise en charge par l'OFII le 8 juillet 2019 et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter de cette date. En outre, il ressort également des pièces du dossier qu'alors qu'elle était hébergée dans une structure d'accueil située dans le Bas-Rhin, l'OFII lui a proposé, le 7 octobre 2019, un hébergement au sein d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile situé à Troyes. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'OFII a pu légalement mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait au motif qu'elle a refusé le second lieu d'hébergement proposé et, par suite, édicter une décision de suspension. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-7 doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis émis le 7 octobre 2019 par le médecin coordinateur de la zone Est de l'OFII, que l'OFII a apprécié la situation particulière de Mme A à la date de refus de la proposition d'hébergement qui lui a été faite. En outre, la requérante n'établit, ni même ne soutient avoir produit des observations ou des pièces suite à la notification d'intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui a été adressée le 30 octobre 2019. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que, faute d'examen de la vulnérabilité de sa situation, la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, Mme A bénéficiait à Strasbourg d'un suivi médical et psychologique de plusieurs pathologies, et qu'elle était enceinte, avec une date de début de grossesse fixée au 20 septembre 2019. Toutefois, elle n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, ni même ne soutient, que la prise en charge requise en raison de son état de santé ne serait pas possible à proximité du lieu d'hébergement qui lui a été proposé à Troyes. Elle ne soutient pas davantage que le changement de praticiens du fait de cette modification de son lieu d'hébergement aurait des conséquences d'une particulière gravité pour son état de santé. Aussi, Mme A n'établit pas la particulière vulnérabilité de sa situation. Par suite, l'OFII n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la vulnérabilité de la situation de la requérante.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

M. Therre, premier conseiller,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

A. E

La présidente,

J. BonifacjLa greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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