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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2005244

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2005244

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2005244
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantHUBLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 août 2020 et 3 novembre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Antway, représentée par Me Hubler, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les éventuels dépens.

Elle soutient que c'est à tort que l'administration a considéré que les rémunérations versées à son gérant, M. C A, étaient d'un niveau excessif et refusé, au titre des exercices 2013 à 2015, la déductibilité de la fraction de rémunération jugée excessive du bénéfice imposable.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2021, l'administratrice générale des finances publiques, chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.

L'administratrice générale des finances publiques, chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est fait valoir que le moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D B,

- les conclusions de Mme Julie Devys, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Hubler, pour la SARL Antway.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Antway, qui a pour gérant M. C A, exerce l'activité de traitement de l'air en milieu hospitalier et dans le domaine de l'industrie pharmaceutique ou agroalimentaire. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 21 janvier 2016 au 15 juin 2016 portant sur la période du 1er juillet 2012 au 31 juillet 2015, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 28 juin 2016 et suivant la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices 2013 à 2015, après avoir remis en cause le caractère déductible du bénéfice imposable d'une fraction jugée excessive des rémunérations versées à M. A. La commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires a émis, le 26 juin 2017, un avis favorable au rehaussement envisagé par l'administration. La SARL Antway demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et intérêts, de ces cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés.

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais ".

3. Pour établir le caractère excessif des rémunérations versées à M. C A, associé majoritaire de la SARL Antway, l'administration a considéré, d'une part, qu'elles n'étaient pas justifiées par l'accroissement du chiffre d'affaires ou du bénéfice de la société ou au regard de l'évolution de la rémunération des salariés, d'autre part, qu'elles apparaissaient très supérieures à celles versées aux dirigeants d'un panel d'entreprises ayant servi de comparaison.

4. En premier lieu, la SARL Antway, à qui incombe la charge d'établir que c'est à tort que l'administration a considéré que les rémunérations litigieuses présentaient un caractère excessif, n'est pas fondée à reprocher à l'administration des erreurs de calcul dès lors, s'agissant de la rémunération afférente à l'exercice social 2014-2015, que l'administration avait bien calculé la rémunération en retenant un exercice comptable de 13 mois et non de 12 mois et que, s'agissant des autres erreurs alléguées, il ressort de la réponse de l'administration aux observations de la contribuable à la proposition de rectification que ces erreurs ponctuelles de calcul ont été reconnues et n'ont ni conduit à augmenter le niveau des rémunérations, ni faussé la lecture de leur évolution sur la période du 1er juin 2006 au 31 juillet 2015. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que l'évolution du chiffre d'affaires de la société est en parfaite cohérence avec la progression de la rémunération de Monsieur C A alors qu'il apparaît que le chiffre d'affaire a diminué de 22 % en 2014 et que la rémunération de M. A a continué d'augmenter. S'il apparaît que, du fait du départ à la retraite en 2007 de l'ancien associé de M. A, ce dernier a dû assumer plus de responsabilités ou s'il est soutenu que les capitaux propres de la société ont augmenté de 246 % entre 2007 et 2015, elle n'apporte aucun élément expliquant l'augmentation de 356 % qu'a connue la rémunération de M. A sur la même période. En particulier, elle ne produit aucun élément pour étayer son allégation selon laquelle la société a connu une importante évolution de son activité et de son chiffre d'affaires à la suite de la conception de filtres de haute qualité.

5. Par ailleurs, s'agissant de la comparaison de l'évolution de la rémunération de M. A avec celle des salariés de la société, il en ressort qu'elle oscille entre 18 % et 20 % de la masse salariale et qu'elle est de 6,7 à 8,41 fois supérieure au salaire le plus élevé de l'entreprise. Elle représente également entre 4,32 % et 6,40 % du chiffre d'affaires et entre 3,78 et 9,93 fois le bénéfice de la société. A cet égard, la société Antway, qui n'apporte pas d'éléments sur les critères de calcul des primes de gérance et de bilan versées à M. A, n'est pas fondée à soutenir qu'il convient de raisonner en coût salarial pour l'entreprise dès lors qu'il convient d'apprécier le caractère excessif ou non de la rémunération de son dirigeant. Si elle soutient que ses salariés sont peu qualifiés et ont peu d'ancienneté pour remettre en cause la pertinence de la comparaison ainsi effectuée par l'administration, le service a toutefois retenu pour tenir compte du taux de renouvellement des effectifs, ainsi que cela ressort de sa réponse aux observations de la contribuable à la proposition de rectification, un échantillon de treize salariés présents dans l'entreprise depuis 2010, dont les moins qualifiés, au nombre de deux, ont la qualité d'ouvriers qualifiés, les autres salariés exerçant les fonctions les plus élevées dans la société Antway, abstraction faite du dirigeant, du directeur de projet et du directeur des réalisations.

6. Si la requérante fait état également de l'importance des missions assumées par M. A, cependant, ainsi que le fait valoir l'administration, la direction et l'encadrement sont exercés également par le fils du gérant, qui exerce les fonctions de directeur des réalisations et par son associé, directeur de projets, tous deux mis à disposition de la société Antway par la société Deactis. Ces deux personnes ont été présentées à l'administration comme polyvalentes et comme disposant d'un haut niveau d'expertise et de responsabilité. S'il est également soutenu que M. A a contribué avec son fils, en 2008, à l'invention d'un procédé breveté de montage de filtres de haute efficacité et activement procédé à sa mise en place et à son développement, la requérante n'apporte toutefois pas d'éléments probants à l'appui de ces allégations.

7. Enfin, la société Antway ne peut utilement soutenir que M. A a souscrit un engagement de caution à hauteur de 240 000 euros auprès d'une banque pour garantir les dettes de la société dès lors que le caractère excessif ou non de la rémunération, au sens de l'article 39 précité du code général des impôts, doit s'apprécier uniquement au regard du travail effectif de la personne qui en bénéficie.

8. En deuxième lieu, alors même que l'administration aurait pu se fonder sur les seuls éléments précédents pour procéder aux rehaussements en litige, la société Antway n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que les six entreprises retenues par l'administration interviennent sur des marchés classiques, alors qu'elle a une compétence et un savoir-faire spécifiques sur le marché du génie climatique, les entreprises retenues apparaissant similaires à la société Antway, laquelle ne saurait exiger qu'elles soient identiques. Ainsi que le fait valoir l'administration, ces entreprises, situées également en Alsace, ayant un chiffre d'affaires et un effectif proches de ceux de la société Antway et disposant, pour certaines, d'un savoir-faire en matière de traitement de l'air dans le milieu médical, se caractérisent par une homogénéité des rémunérations versées à leurs dirigeants, alors même qu'elles peuvent avoir des spécificités différentes. Sans qu'il puisse en tout état de cause être reproché à l'administration un quelconque manquement à son devoir de loyauté dans l'étude comparative, il en ressort que la rémunération moyenne des dirigeants de ces entreprises est de 183 581 euros, soit un niveau de plus de deux fois inférieur à celui de la rémunération moyenne versée à M. A, qui s'établit à 379 786 euros. Il en ressort également que la rémunération moyenne versée aux dirigeants des entreprises du panel représente 2,77 % du chiffre d'affaires de ces entreprises, contre 5,84 % pour M. A ou encore qu'elle représente 1,21 fois le bénéfice moyen de ces entreprises, contre 5,59 fois pour M. A. La requérante ne saurait par ailleurs utilement se prévaloir de ce que les dirigeants de ces sociétés détiennent plusieurs mandats sociaux pour contester la pertinence des entreprises retenues, alors que cette circonstance n'apparaît pas déterminante dans la fixation des revenus des dirigeants. Enfin, à supposer même que l'administration aurait dû retenir le troisième quartile des termes de comparaison, il apparaît que les rémunérations versées à M. A sont largement supérieures à cet indicateur.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Antway n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2013 à 2015. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris en ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens, ces dernières étant au surplus dépourvues d'objet.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SARL Antway est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Antway et à l'administratrice générale des finances publiques, chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Claude Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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