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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2007799

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2007799

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2007799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSNOECKX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 décembre 2020 et 25 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Snoeckx, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 30 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu son bénéfice aux conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de septembre 2020, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sibileau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien né le 19 mai 1988, déclare être entré en France le 23 février 2020. Le 4 mars 2020, sa demande d'asile a été enregistrée et il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par arrêtés en date du 18 mai 2020, la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités norvégiennes et l'a assigné à résidence. Les arrêtés ont été confirmés par un jugement du présent tribunal en date du 24 juillet 2020. Le directeur général de l'OFII l'a informé, par un courrier en date du 24 septembre 2020, de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il est considéré comme étant en fuite. M. A a présenté des observations le 16 octobre 2020. Par une décision en date du 30 octobre 2020, dont M. A demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a suspendu son bénéfice aux conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 744-6 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

3. Le requérant produit un certificat médical en date du 17 juillet 2020 établi par le chef du service de la permanence d'accès aux soins de la santé des hôpitaux universitaires de Strasbourg, mentionnant qu'il est suivi depuis le 3 mars 2020 et qu'il présente des pathologies graves et chroniques nécessitant un suivi médical très régulier. Ce certificat précise encore qu'une rupture des médicaments, même de quelques jours, peut occasionner des complications sérieuses mettant en jeu le pronostic vital. Il est ainsi établi qu'à la date de la décision attaquée, le requérant justifie d'une situation de vulnérabilité élevée. Par suite, le directeur général de l'OFII a commis une erreur d'appréciation en lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision en date du 30 octobre 2020 du directeur général de l'OFII doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation de la décision en litige, l'exécution du présent jugement implique que l'OFII rétablisse M. A dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et lui verse en conséquence l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 30 octobre 2020, et jusqu'à la cessation de ses droits. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder à ce rétablissement dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'OFII une somme au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du directeur général de l'OFII en date du 30 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir M. A dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser en conséquence l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 30 octobre 2020, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Snoeckx et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Messe, présidente,

Mme Milbach, première conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

M.-L. MESSE

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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