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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2008064

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2008064

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2008064
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2020 et un mémoire enregistré le 15 février 2023, M. A, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2020 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé l'admission au séjour, ainsi que la décision du 6 octobre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 avril 2021 et 6 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2020.

Par une ordonnance du 10 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 février 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D H,

- les observations de Me Kling, avocat de M. A.

M. A a produit une note en délibéré le 3 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur A, ressortissant arménien né au Kosovo le 12 novembre 1980, est entré sur le territoire français en 2017. Il a formé une demande d'asile qui a été rejetée par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile des 20 novembre 2017 et 29 mars 2018, notifiées les 13 décembre 2017 et 18 juillet 2018. Par décision du 3 août 2018, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie de la fixation du pays de renvoi et d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Strasbourg par jugement n°1805447 du 8 octobre 2018. Le 22 janvier 2020, il a formé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " auprès du préfet du Haut-Rhin, qui a été rejetée par décision du 18 mai 2020. Il a formé un recours gracieux contre cette dernière décision, qui a été rejeté par décision du 6 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêtés du 2 septembre 2019 et du 1er octobre 2020, publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin du 3 septembre 2019 et du 1er octobre 2020, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. F G, directeur de la réglementation de la préfecture du Haut-Rhin, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. L'insertion dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. A fait valoir qu'il est présent en France depuis 2017, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante étrangère née comme lui au Kosovo, Mme I, en possession d'un titre de séjour valable du 23 mars 2019 au 22 mars 2022, avec laquelle il est marié depuis le 10 septembre 2021 et a un enfant, C, né en 2019, qu'ils élèvent ensemble. En outre, il fait valoir que sa compagne a la garde d'un enfant, B, née d'une précédente union de nationalité serbe. Il soutient enfin qu'il a tenté de suivre des cours de français, qui ont été interrompus en raison de la crise sanitaire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que

M. A n'est entré en France qu'à l'âge de 37 ans et que son maintien sur le territoire français résulte de l'examen de sa demande d'asile et de l'inexécution d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français prononcée en 2018. Il ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, du caractère stable et ancien de sa relation avec sa concubine. En se prévalant de la nationalité serbe de la fille de Mme I née d'une précédente union, le requérant, répondant à une demande du tribunal sur ce point, n'établit pas non plus l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé, avec son épouse, de mener leur vie familiale en dehors du territoire français à la date du refus de titre de séjour, lequel a été demandé en vue de régulariser sa situation. Dans ces conditions et compte tenu également des conditions de séjour du requérant et de la brièveté du concubinage à la date de la décision attaquée, cette dernière n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier et des éléments produits par l'intéressé que l'intérêt supérieur de l'enfant né de sa relation avec Mme I, ni même du premier enfant de Mme I, n'ait pas été suffisamment pris en compte, le requérant n'établissant pas que la vie familiale entamée alors qu'il était en situation irrégulière, ne peut se poursuivre en dehors du territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant un titre de séjour visant à régulariser sa situation, le préfet du Haut-Rhin a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La première assesseure,

L. Kalt

Le président rapporteur,

M. H

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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