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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100338

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100338

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantZERROUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2021, Mme C D, représentée par Me Zerrouki, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Moselle a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de sa fille ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de délivrer à sa fille une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans un délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour valable durant l'attente de ce titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision contestée était incompétent pour l'édicter ;

- la décision contestée est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 18 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née le 13 octobre 1961 et titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au 30 octobre 2028, a présenté le 17 janvier 2020 une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille qui est née le 6 mars 2002. Sa demande a été rejetée par une décision du préfet de la Moselle du 18 octobre 2020 au motif qu'elle ne remplissait pas les conditions de ressources. La requérante demande au tribunal administratif d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 24 août 2020, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme G, cheffe du bureau de l'admission au séjour, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, directrice de l'immigration et de l'intégration, et de M. E, directeur adjoint, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que Mme A et M. E n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme G, signataire de cette décision, ne disposait pas d'une délégation de compétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si Mme D soutient qu'elle est employée par une association depuis le 1er avril 2016, que son revenu annuel s'est élevé à 9 347 euros en 2019, qu'elle perçoit, depuis le mois de janvier 2020, un salaire brut de 1 345 euros et une prime de 201,89 euros, et qu'elle vit seule en France, ces seules circonstances ne sauraient caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors qu'elle est présente sur le territoire national depuis le mois de novembre 2008, selon les indications portées sur sa demande de regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En troisième lieu, à supposer que Mme D ait entendu se prévaloir des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un tel moyen ne peut qu'être écarté, dès lors qu'il est constant qu'elle ne remplit pas la condition de ressources posée par le 1 de cet article.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision du 18 octobre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Zerrouki et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. B

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

J. Devys

Le greffier

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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