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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2102513

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2102513

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2102513
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantKRETZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, respectivement enregistrés les 10 avril 2021, 21 novembre 2021 et 17 mai 2022, la société civile immobilière (SCI) Cepira, représentée par

Me Kretz, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe d'habitation sur les logements vacants à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2020 dans les rôles de la ville de Colmar ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que toutes les impositions litigieuses ont fait l'objet de réclamations et que le logement imposé est insalubre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre 2021 et 6 mai 2022, la directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer s'agissant des années 2019 et 2020 et au rejet du surplus de la requête.

Elle fait valoir que la requête n'est recevable qu'en ce qui concerne les années 2019 et 2020.

Le président du tribunal a désigné M. B A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 mai 2022 le rapport de

M. B A.

Les parties, régulièrement averties du jour de l'audience, n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Cepira a été assujettie à la taxe d'habitation sur les logements vacants au titre des années 2013 à 2020 dans les rôles de la ville de Colmar. Elle sollicite la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 6 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin a prononcé le dégrèvement total des taxes d'habitation sur les logements vacants auxquelles la SCI Cepira a été assujettie au titre des années 2019 et 2020. Les conclusions de la requête de la société requérante relatives à ces impositions sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

3. D'une part, aux termes de l'article 232 du code général des impôts : " I. - La taxe annuelle sur les logements vacants est applicable dans les communes appartenant à une zone d'urbanisation continue de plus de cinquante mille habitants où existe un déséquilibre marqué entre l'offre et la demande de logements, entraînant des difficultés sérieuses d'accès au logement sur l'ensemble du parc résidentiel existant, qui se caractérisent notamment par le niveau élevé des loyers, le niveau élevé des prix d'acquisition des logements anciens ou le nombre élevé de demandes de logement par rapport au nombre d'emménagements annuels dans le parc locatif social () II. - La taxe est due pour chaque logement vacant depuis au moins une année, au 1er janvier de l'année d'imposition () V.-Pour l'application de la taxe, n'est pas considéré comme vacant un logement dont la durée d'occupation est supérieure à quatre-vingt-dix jours consécutifs au cours de la période de référence définie au II. VI. - La taxe n'est pas due en cas de vacance indépendante de la volonté du contribuable () ". Aux termes de l'article 1407 bis de ce code : " Les communes autres que celles visées à l'article 232 peuvent, par une délibération (), assujettir à la taxe d'habitation, pour la part communale et celle revenant aux établissements publics de coopération intercommunale sans fiscalité propre, les logements vacants depuis plus de deux années au 1er janvier de l'année d'imposition. La vacance s'apprécie au sens des V et VI de l'article 232 () ". Aux termes de l'article 1408 du même code : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1407 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions litigieuses : " I. - La taxe d'habitation est due : 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation () ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ". Il résulte de ces dispositions, et des réserves d'interprétation émises par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 98-403 DC du 29 juillet 1998, que les taxes instituées par les articles 232 et 1407 bis précités du code général des impôts ne peuvent frapper que des logements habitables, vacants et dont la vacance tient à la seule volonté de leur détenteur et que ne sauraient être assujettis des logements qui ne pourraient être rendus habitables qu'au prix de travaux importants et dont la charge incomberait nécessairement à leur détenteur. Par ailleurs, il appartient au contribuable d'établir que la vacance de son logement au cours de la période litigieuse est indépendante de sa volonté, eu égard notamment à la nécessité de travaux pour rendre le logement habitable et au coût de tels travaux éventuels compte tenu de ses capacités financières.

5. L'administration fait valoir que les conclusions présentées par la SCI Cepira au titre des années 2013 à 2018 sont irrecevables au seul motif que la réclamation formée par la société requérante le 30 décembre 2020 ne portait que sur les années 2019 et 2020. Toutefois, la SCI Cepira produit, à l'appui de ses dernières écritures, des courriers de réclamation afférents aux années 2013 à 2018, datés des 5 décembre 2014, 30 décembre 2016 et 28 décembre 2018, avec des accusés de réception électroniques pour les deux derniers, et l'administration ne conteste pas les avoir réceptionnés. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que ces réclamations auraient donné lieu à des décisions explicites de rejet qui auraient été notifiées à la société requérante, ce qui fait obstacle à ce que le délai de recours contentieux puisse courir à son encontre, et il est constant que l'immeuble imposé était déjà insalubre le 1er janvier 2013. Dans ces conditions, la SCI Cepira est fondée à demander la décharge de la taxe d'habitation sur les logements vacants à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2018.

Sur les conclusions présentées par SCI Cepira au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SCI Cepira et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SCI Cepira tendant à la décharge des taxes d'habitation sur les logements vacants auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020.

Article 2 : La SCI Cepira est déchargée de la taxe d'habitation sur les logements vacants à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2013 à 2018 inscrite sur les rôles de la ville de Colmar.

Article 3 : L'Etat versera à la SCI Cepira la somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCI Cepira est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Cepira et à la directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. A

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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