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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105183

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105183

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105183
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAARPI FRECHE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 juillet 2021, 17 mai et 30 novembre 2022, un mémoire récapitulatif enregistré le 27 mars 2023 et un mémoire enregistré le 16 mai 2023, l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval, représenté par la SELARL Cheysson Marchadier et associés, demande au tribunal d'annuler la convention d'exploitation de laitier qu'il a conclue le 7 janvier 2016 avec la société Eurovia Alsace Lorraine.

Il soutient, dans l'état récapitulé de ses écritures, que :

- les fins de non-recevoir soulevées par la société Eurovia Alsace Lorraine ne sont pas fondées ;

- en l'absence d'autorisation préalable donnée par son conseil d'administration, la signature de la convention par son directeur général est entachée d'un vice d'une particulière gravité relatif à son consentement ; alors que son conseil d'administration ne l'a pas acceptée ultérieurement, que la convention n'a jamais été normalement exécutée, et que, eu égard à l'illicéité de son objet, il ne peut pas être régularisé, ce vice est de nature à justifier l'annulation de la convention ;

- le contenu de la convention est illicite, dès lors que les redevances de fortage et de remblais qu'elle prévoit sont, eu égard à leurs montants dérisoires, constitutives d'une libéralité prohibée ; ce vice est également de nature à justifier l'annulation de la convention ;

- l'annulation de la convention ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 janvier et 22 juin 2022 et 22 février 2023, et un mémoire en défense récapitulatif enregistré le 24 mars 2023, la société Eurovia Alsace Lorraine, représentée par Me Vignon, demande au tribunal, dans l'état récapitulé de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner la régularisation des éventuels vices affectant la convention par le vote d'une nouvelle délibération du conseil d'administration de l'établissement et la simple réévaluation du montant des redevances stipulées ;

3°) à titre très subsidiaire, de condamner l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval à l'indemniser de tous les préjudices résultant pour elle de l'annulation de la convention ;

4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval la somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans l'état récapitulé de ses écritures, que :

- la requête est irrecevable en raison, d'une part, du défaut de qualité pour agir en justice du directeur général l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval, et d'autre part, du non-respect de la clause de règlement amiable stipulée dans la convention d'exploitation ;

- la convention n'est pas entachée d'un vice du consentement et son contenu n'est pas illicite ;

- les vices allégués sont régularisables ;

- l'annulation de la convention porterait une atteinte excessive à l'intérêt général ;

- en cas d'annulation, l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval doit être condamné à l'indemniser des préjudices en résultant pour elle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2012-327 du 6 mars 2012 portant création de l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rees,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- les observations de Me Simmonet, représentant l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval,

- et les observations de Me Mariet, représentant la société Eurovia Alsace Lorraine.

Considérant ce qui suit :

1. Créé par le décret n° 2012-327 du 6 mars 2012, l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval a pour mission d'aménager et développer le territoire de l'opération d'intérêt national dite d'Alzette-Belval. Le 7 janvier 216, son directeur général a signé avec la société Eurovia Alsace Lorraine une convention d'exploitation de laitier sur l'ancien site sidérurgique de Micheville, situé dans le périmètre de cette opération, sur le territoire des communes de Villerupt, Audun-le-Tiche et Russange en Moselle. La convention autorise cette société, pendant la durée d'exploitation du gisement, estimée à 7 ans, à extraire le laitier pour le commercialiser et à accueillir sur le site des terres de remblais, moyennant le paiement d'une redevance de fortage et d'une redevance de remblais assises sur les volumes traités.

2. L'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval demande au tribunal d'annuler cette convention.

Sur la validité de la convention :

3. Les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie. Il appartient alors au juge, lorsqu'il constate l'existence d'irrégularités, d'en apprécier l'importance et les conséquences, après avoir vérifié que les irrégularités dont se prévalent les parties sont de celles qu'elles peuvent, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de l'illégalité commise et en tenant compte de l'objectif de stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat ou, en raison seulement d'une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, son annulation.

En ce qui concerne la compétence du directeur général de l'établissement, signataire de la convention :

4. L'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval soutient qu'en l'absence de l'autorisation préalable de son conseil d'administration, laquelle était selon lui requise en vertu d'une délibération de ce dernier du 21 juin 2013, de l'article 16.2 de son règlement intérieur et de l'article 187 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, la signature de la convention est entachée d'un vice d'une particulière gravité relatif à son consentement.

S'agissant de l'application de la délibération n° 2013-19 du 21 juin 2013 :

5. La délibération n° 2013-19 du 21 juin 2013 du conseil d'administration de l'établissement indique, notamment, qu'il " délègue au directeur général l'autorisation de percevoir des recettes découlant de : () la vente d'objets mobiliers dans la limite de 20 000 euros HT par bien ".

6. L'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval fait valoir que la convention en litige, dite convention de fortage, entre dans le champ de ces dispositions, dès lors qu'elle s'analyse en une vente de matériaux envisagés dans leur état futur de meuble et que, compte tenu des quantités estimées de laitier à extraire et de remblais à apporter, le montant des redevances à percevoir avoisine 970 000 euros. En signant cette convention, le directeur général a ainsi, selon lui, excédé les limites de sa compétence.

7. Toutefois, les dispositions précitées de la délibération du 21 juin 2013 présentent un caractère réglementaire. Leur entrée en vigueur est donc subordonnée à l'accomplissement des mesures de publicité requises à cette fin.

8. Aux termes de l'article 10 du décret du 6 mars 2012 portant création de l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval : " Les actes à caractère réglementaire pris par délibération du conseil d'administration ou du bureau ou par décision du Directeur général font l'objet des mesures de publication définies par le règlement intérieur sous réserve des dispositions de l'article R. * 321-12 du code de l'urbanisme ".

9. Aux termes de l'article R. 321-12 du code de l'urbanisme, alors applicable : " Les actes à caractère réglementaire pris par délibération du conseil d'administration ou du bureau des établissements publics fonciers de l'Etat, des établissements publics d'aménagement, de l'Agence foncière et technique de la région parisienne ou par le directeur général par délégation du conseil d'administration ou en vertu de ses compétences propres en application des lois et règlements sont publiés dans un recueil tenu par l'établissement dans les conditions fixées par le règlement intérieur ".

10. Aux termes de l'article 21 du règlement intérieur de l'établissement du 26 avril 2012, alors applicable : " Conformément à l'article R 321-12 du code de l'urbanisme, les actes à caractère réglementaire pris par délibération du conseil d'administration ou du bureau de l'établissement ou par le directeur général par délégation du conseil d'administration ou en vertu de ses compétences propres en application des lois et règlements sont publiés dans un recueil tenu par l'établissement. / Les délibérations approuvées par le Préfet de région Lorraine sont consultables aux horaires d'ouverture du bureau à l'adresse suivante : EPFL, rue Robert Blum 54700 Pont à Mousson. / La liste des délibérations approuvées par le Préfet de région sera également : - affichée pendant deux mois dans le hall d'entrée du siège de l'établissement, consultables aux horaires d'ouverture des bureaux / - publiée au recueil des actes administratifs de la Préfecture de Région ".

11. S'il résulte de l'instruction que la délibération du 21 juin 2013, approuvée par le préfet le 11 juillet 2013, est mentionnée dans le recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Lorraine publié le 19 juillet 2013, l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval, à qui il incombe de démontrer que cette délibération dont il se prévaut est entrée en vigueur, et qui est au demeurant seul à même d'en justifier, n'apporte aucun élément permettant de vérifier que les autres formalités de publicité prévues par les dispositions précitées, en particulier la publication dans un recueil tenu par l'établissement, ont été effectuées. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que la délibération du 21 juin 2013 soit entrée en vigueur.

12. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la légalité de cette délibération, qu'elle conteste par ailleurs, la société Eurovia Alsace Lorraine est fondée à soutenir que l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval ne peut pas s'en prévaloir.

S'agissant de l'application de l'article 187 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique :

13. D'une part, aux termes de l'article 11 du décret du 6 mars 2012 portant création de l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval : " Le directeur général est nommé dans les conditions prévues par l'article R. 321-8 du code de l'urbanisme. / Ses compétences et les modalités de leur exercice sont celles précisées aux articles R. 321-9 et R. 321-10 du même code ". Aux termes de l'article R. 321-9 du code de l'urbanisme, alors applicable : " I. - Le directeur général d'un établissement public foncier de l'Etat ou d'un établissement public d'aménagement, le président-directeur général de l'établissement public Grand Paris Aménagement sont ordonnateurs des dépenses et des recettes. / Dans ces établissements publics, le directeur général est compétent pour : 1° Préparer et passer les contrats, les marchés, les actes d'acquisition, d'aliénation, d'échange et de location ; () ".

14. D'autre part, aux termes de l'article 187 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, applicable à l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval en vertu de l'article 12 du décret du 6 mars 2012 susvisé et de l'article R. 321-21 du code de l'urbanisme : " Les conventions ayant pour objet de procurer à l'organisme des recettes relèvent de la compétence de l'ordonnateur. Toutefois, une décision de l'organe délibérant est nécessaire lorsque la recette excède un certain montant ou, le cas échéant, lorsque la convention excède une certaine durée dans les cas suivants : () 4° Vente d'objets mobiliers ; () Le montant et la durée mentionnés au premier alinéa sont fixés par l'organe délibérant ".

15. Il résulte de ces dispositions combinées que la passation et la conclusion des conventions ayant pour objet de procurer à l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval des recettes, notamment par la vente d'objet mobiliers, relèvent de la compétence propre du directeur général, ordonnateur des recettes de l'établissement, et qu'elles ne nécessitent une décision de son organe délibérant, le conseil d'administration, que lorsque, d'une part, ce dernier a préalablement fixé un montant et une durée au-delà desquels cette décision est nécessaire et, d'autre part, la convention excède ce montant ou cette durée.

16. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval, en l'absence d'une délibération de son conseil d'administration fixant un montant et une durée au-delà desquels une décision de sa part est nécessaire, et préalablement entrée en vigueur, son directeur général est, en application des dispositions précitées, seul compétent pour passer et conclure les conventions ayant pour objet de lui procurer des recettes, notamment par la vente d'objet mobiliers.

S'agissant de l'application de l'article 16.2 du règlement intérieur institutionnel approuvé le 26 avril 2012 :

17. Le règlement intérieur institutionnel approuvé le 26 avril 2012 dispose, à son article 16.2, relatif aux " compétences déléguées ", que : " Le conseil d'administration délègue au directeur général : () 4. L'approbation des conventions autres que des protocoles transactionnels, dans la limite de 200.000 euros HT () ".

18. L'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval fait valoir qu'en application de ces dispositions, toute convention portant, comme en l'espèce, sur un montant supérieur à 200 000 euros, en dépenses ou en recettes, doit nécessairement être autorisée par le conseil d'administration.

19. Toutefois, les dispositions de l'article 16.2 précité concernent les compétences pouvant être déléguées au directeur général, et non ses compétences propres, lesquelles sont définies à l'article 16.1 du règlement, aux termes duquel : " Le directeur général dispose des compétences propres prévues à l'article R. 321-9 du code de l'urbanisme ", dont la préparation et la conclusion des contrats et des actes d'aliénation. En outre, elles visent l'approbation des conventions et non leur passation ou leur conclusion. Or, au nombre des compétences dévolues au conseil d'administration par l'article 13 du règlement intérieur institutionnel, ne figure pas l'approbation des conventions autres que les protocoles transactionnels. En admettant, néanmoins, que le terme " approbation " soit synonyme d'autorisation préalable au sens du règlement, la compétence dévolue au conseil d'administration par son article 13 se limite à autoriser " la conclusion des conventions passées avec l'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics intéressés ", et ne s'étend pas aux conventions passées avec d'autres personnes. Le conseil d'administration ne pouvant pas déléguer une compétence qu'il ne possède pas, les dispositions de l'article 16.2 précité ne peuvent raisonnablement se lire que comme se rapportant aux seules conventions passées avec l'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics intéressés. Par conséquent, elles ne sauraient être interprétées comme subordonnant à l'autorisation du conseil d'administration l'exercice, par le directeur général, de sa compétence propre pour conclure des contrats et des actes d'aliénation avec des personnes autres que l'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics intéressés, quel qu'en soit le montant.

20. Il résulte de ce qui précède que l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval n'est pas fondé à soutenir que la signature de la convention est entachée d'un vice d'une particulière gravité relatif à son consentement.

En ce qui concerne la licéité du contenu de la convention :

21. L'article 7 de la convention prévoit que l'exploitation donne lieu au versement de deux redevances par la société Eurovia Alsace Lorraine à l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval : une redevance de fortage, applicable aux volumes de matériaux extraits, d'un montant de 0,88 euro par tonne jusqu'à concurrence de 900 000 tonnes valorisables, et de 1 euro par tonne au-delà de 900 000 tonnes valorisables, et une redevance de remblais, d'un montant de 0,60 euros par m3 apporté et mis en remblais sur le site. L'établissement public d'aménagement Alzette-Belval fait valoir que ces redevances constituent des libéralités prohibées, car leurs montants sont dérisoires par rapport à la valeur réelle des contreparties qu'il offre, et qui selon lui correspond à 3 à 3,5 euros HT par tonne pour la redevance de fortage et 4 euros HT par m3 pour la redevance de remblais. Il se fonde sur les conclusions de deux rapports d'expertise établis les 10 janvier et 24 juillet 2020 à sa demande.

S'agissant de la redevance de fortage :

22. En premier lieu, l'expert a retenu des coûts de production pour l'exploitant, de l'extraction des matériaux à la vente du produit fini, de 6 à 8 euros hors taxes par tonne, et indique avoir constaté, pour le laitier de granulométrie 0/31,5 choisi comme référence, des prix de vente de 11 à 15 euros hors taxes en moyenne par tonne. Son estimation de la valeur réelle de la redevance de fortage, " sur la base d'une comparaison des coûts et recettes ", repose sur l'écart entre le coût de production le plus bas et ces prix de vente, ainsi que sur des considérations générales sur la raréfaction des gisements dans le secteur et les avantages retirés par la société Eurovia Alsace Lorraine de l'exploitation de celui de Micheville.

23. Toutefois, l'expert se borne à justifier les coûts de production sur lesquels il se fonde par un simple " renseignement pris auprès d'un professionnel lorrain ", sans la moindre analyse des coûts de production propres au site de Micheville, ce qui ne saurait suffire à établir que ces derniers se situent dans la fourchette qu'il retient, encore moins qu'ils représentent seulement 6 euros par tonne, comme il le postule.

24. Au surplus, ainsi que l'explique, de manière circonstanciée, la société Eurovia Alsace Lorraine, le montant de la redevance dépend de la taille du gisement exploité, dont découle la durée d'exploitation, laquelle détermine les méthodes d'exploitation économiquement rentables, dont dépendent la qualité et la variété des matériaux commercialisés, et donc leur valeur ajoutée, ainsi que des contraintes propres au site d'exploitation.

25. Quant aux prix de vente, l'expert se fonde là encore sur des " renseignements pris auprès d'un professionnel ", lequel lui a fait part d'un prix de la tonne de laitier dans la région à 9 à 10 euros hors taxes, ainsi que sur des tarifs, de 15,30 à 17,40 euros hors taxes par tonne, pratiqués en France par une autre entreprise, et des tarifs de 15 à 17 euros pratiqués au Luxembourg. De manière inexplicable, l'expert ne se fonde ainsi pas sur les tarifs pratiqués par la société Eurovia Alsace Lorraine pour ses produits issus du site de Micheville, lesquels sont pourtant déterminants pour le raisonnement qu'il indique mettre en œuvre.

26. Il ressort des explications circonstanciées et des éléments fournis par la société Eurovia Alsace Lorraine qu'elle pratique des " prix publics " et des " tarifs entreprises ", nettement moins élevés, mais correspondant à la quasi-totalité de ses ventes, au prix moyen de 9,20 euros hors taxes par tonne facturé aux entreprises pour les produits issus du site de Micheville. Il en va d'ailleurs de même de l'entreprise citée dans l'expertise, qui vend la même tonne de laitier au prix de 17,40 euros hors taxes aux particuliers, et de 9,20 euros hors taxes aux entreprises, ce qui, du reste, correspond aux dires du " professionnel " interrogé par l'expert.

27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de l'expert sur lesquelles se fonde l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval, basées sur une comparaison entre des coûts de production non vérifiés et des prix de vente autres que ceux pratiqués par la société Eurovia Alsace Lorraine pour ses produits issus du site de Micheville, sont dépourvues de valeur probante.

28. En deuxième lieu, l'expert mentionne également des redevances de fortage au tarif de 1,20 euro par tonne au début des années 1990, y compris pour le site de Micheville. L'établissement public d'aménagement Alzette-Belval soutient que la redevance en litige ne peut, dès lors, qu'être supérieure à ce montant. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions d'exploitation du site de Micheville à la date de conclusion de la convention en litige, notamment la taille du gisement, étaient comparables à celles qui prévalaient à l'époque. En outre, un groupe de conventions portant sur l'exploitation des sites de Terville, Homécourt, Micheville et Nilvange, a été conclu à l'époque, et authentifié à la même date par acte notarié, entre le même concédant et le même exploitant. A l'exception de celle du site de Homécourt, ces conventions prévoyaient un même montant de redevance de fortage. Il n'est même pas soutenu que cette identité des montants des redevances ait été fortuite, ce qui, du reste, apparaît fort peu plausible au regard des tailles très différentes des gisements de Terville, Micheville et Nilvange. Dans ces conditions, le montant de la redevance convenu, à l'époque, pour l'exploitation, parmi d'autres sites, de celui de Micheville, ne saurait servir de référence pour le montant de la redevance en litige, établie exclusivement pour l'exploitation de ce seul site.

29. En troisième lieu, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les conditions de leur exploitation, ainsi que les tarifs de vente des produits qui en sont extraits, sont comparables à celles du site de Micheville, l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval n'est pas fondé à se prévaloir du montant des redevances pratiquées pour d'autres sites.

30. En dernier lieu, alors que l'exploitation du site de Micheville se fait aux frais et risques de la société Eurovia Alsace Lorraine et implique, pour elle, la possibilité d'en dégager un bénéfice, la circonstance qu'elle ait proposé à l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval de revaloriser le montant de la redevance de fortage ne saurait, par elle-même, suffire à en démontrer le caractère dérisoire.

S'agissant de la redevance de remblais :

31. Dans son rapport du 24 juillet 2020, l'expert estime à 4 euros hors taxe par tonne de terres et matériaux inertes, soit environ 2,70 euros hors taxe par m3, le montant approximatif de la redevance de remblais " sur la base des références de marché actuelles " et " en raison de la localisation du site à proximité immédiate de la frontière luxembourgeoise ".

32. Toutefois, il ressort du rapport lui-même que les références utilisées par l'expert correspondent à des prix d'acceptation des déblais sur le site par l'exploitant, et non au montant de la redevance versée par ce dernier au concédant. Dès lors que l'acceptation des déblais implique nécessairement une intervention de la part de l'exploitant, ce que l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval lui-même admet, ces références sont dépourvues de toute pertinence.

33. Au demeurant, l'expert ne tient aucunement compte du prix d'acceptation pratiqué par la société Eurovia Alsace, qui pour les entreprises, lesquelles représentent la quasi-totalité des apporteurs de déblais, s'établit à 3,70 euros hors taxes par tonne, soit 2,50 euros hors taxes par m3. Il ne procède pas davantage à une analyse des coûts supportés par la société Eurovia Alsace Lorraine au titre des opérations d'acceptation des déblais et de mise en œuvre des remblais sur le site. Si l'établissement public d'aménagement Alzette-Belval fait valoir qu'ils ne représentent pas une charge significative, aucun élément du dossier de l'instruction ne permet d'étayer cette allégation.

34. Dans ces conditions, et alors qu'elle concourt, avec la redevance de fortage, à l'équilibre économique de la convention en litige, il ne résulte pas de l'instruction que la redevance de fortage en litige est constitutive d'une libéralité.

35. En conclusion de ce qui précède, et alors que toutes deux concourent à l'équilibre économique de la convention en litige, il ne résulte pas de l'instruction que les redevances de fortage et de remblais en litige soient constitutives d'une libéralité.

36. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval n'est pas fondé à contester la validité de la convention en litige. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de cette convention ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

37. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Eurovia Alsace Lorraine, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etablissement public d'aménagement d'Alzette-Belval la somme de 5 000 euros à verser à la société Eurovia Alsace Lorraine en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'Etablissement public d'aménagement Alzette-Belval est rejetée.

Article 2 : L'Etablissement public d'aménagement Alzette-Belval versera à la société Eurovia Alsace Lorraine la somme de 5 000 (cinq mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Etablissement public d'aménagement Alzette-Belval et à la société Eurovia Alsace Lorraine.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

P. Rees

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

D. Merri La greffière,

V. Immelé

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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